‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 89 sur 630 · VIE INTELLECTUELLE A NUREMBERG · texte numérisé non relu

VIE INTELLECTUELLE A NUREMBERG

(d'après un exemplaire de sa riche bibliothèque) par Thomas Venatorius, élève de Schoner.

Wimpheling affirme que le zèle de Régïomontan fit aussi progresser les belles-lettres à Nuremberg; qu'il encouragea particulièrement l'étude de la langue grecque et les études historiques. Il fut, selon toute apparence, l'un des premiers savants allemands qui apprirent le grec et se perfectionnèrent dans cette langue par leurs rapports avec les savants grecs établis en Italie. Rien que pour l'ouvrage qu'il se proposait de publier, le tracé des cartes des différents pays de l'Europe accompagné de notes historiques et géographiques tirées des sources les plus authentiques, il est clair qu'il lui avait fallu se livrer à une étude très-approfondie de l'histoire.

Le riche patricien Jean Löffelholz, Jean Pirkheimer (père de Willibald) et Sebald Schreyer se montrèrent à Nuremberg les protecteurs éclairés et zélés du progrès scientifique. Ils créèrent des bibliothèques, donnèrent l'hospitalité à déjeunes savants, et se chargèrent même de l'impression de leurs ouvrages. C'est la libérali'é de Schreyer qui permit au médecin Hartmann Schedel la publication de son magnifique livre des Chroniques, illustré de plus de 2200 gravures sur bois '. Ce même médecin, mettant â profit les manuscrits, les livres, les documents rassemblés par lui à Padoue lorsqu'il y était étudiant, composa un grand ouvrage sur l'histoire er les antiquités nationales; il y a mêlé aussi ses souvenirs personnels, et rapporte les choses dignes de remarque qu'il a vues en Italie, surtout à Rome et à Padoue. Il analyse avec un soin particulier les inscriptions qu'il a recueillies. « Je souhaite, dit-il, que les généralions futures puissent connaître ces monuments du passé, vraiment faits pour les récréer et les améliorer. » Son ami Willibald Pirkheimer lui fournit un grand nombre de notices, de copies et de dessins pour une autre collection d'antiquités et d'épigrammes qu'il publia à la gloire de l'Allemagne2. Sigismond Meisterlin, moine bénédictin, était ami de Schreyer et de Schedel; c'est à lui qu'on doit la première histoire de Nuremberg depuis ses origines; elle est digne d'intérêt, et écrite avec clarté.

Nuremberg comptait tant d'amis et de protecteurs des belles-lettres qu'on la considérait avec raison comme la ville de l'Allemagne où la littérature classique était cultivée avec le plus d'ardeur3.

Willibald Pirkheimer (né en 1470) fut à Nuremberg le plus généreux

1 Voy. Hase, p. 28-35.

- Voyez sur les études et les voyages de Schedtd, le travail de Wattenfucii dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. XI, p. 351-374. — Voy. aussi Jahn, .lus der rUterthumsicissenschnfl. p. 348. — Voy. liossi, Rcperlorium fur Kunstwissenschaft, 1879, t. II, p. 301. 303.

3 Voy. Il igen, 1, 17!).

Mécène des sciences et des arts. A la fois distingué comme homme d'État, philologue, écrivain et orateur, il fut même général d'armée, servit Maximilien, et s'acquit en Allemagne et à l'étranger un grand renom militaire. II était comme le prince de tous les savants d'alors; ses relations littéraires s'étendaient jusqu'en France, en Italie, en Angleterre. A Nuremberg, sa riche bibliothèque, sa maison ornée des chefs-d'œuvre de l'art, était pour l'Allemagne un véritable foyer intellectuel, et le centre commun de tous les humanistes.

Il est vrai que dans sa conduite il n'était point irréprochable, et bien loin de ressembler à ses amis, Wimpheling, Geiler de Kaisersberg et Brant. Il n'avait pas su se tenir assez en garde contre les idées matérialistes des auteurs de l'antiquité qu'il étudiait avec tant d'ardeur, et son caractère était passionné et caustique. Les lettres qu'Albert Durer lui adressait ' font allusion à des choses peu édifiantes de sa vie, bien faites pour jeter parfois du discrédit sur son nom. Sa manière d'envisapTer les auteurs païens se rapprochait déjà un peu des erreurs qui plus tard devaient si malheureusement se manifester dans la guerre entreprise par l'humanisme moderne contre le christianisme révélé. Comme Érasme, il attaqua à plusieurs reprises, en ses fondements mêmes, la science religieuse du moyen âge; il ne réprouve pas seulement la forme de son langage, il en rejette l'esprit, précurseur dangereux de la génération naissante des philosophes hostiles à l'Église. Quelquefois cependant il se montra dévoué à la littérature ecclésiastique; il édita et traduisit certains ouvrages des Pères de l'Église et d'autres écrivains du christianisme primitif, et dans les préfaces ou les dédicaces dont il accompagnait ces éditions, on entend encore le noble accent d'une âme religieuse2. Mais c'est surtout dans les rapports qu'il entretenait avec sa sœur Charité, abbesse de Sainte-Claire, que sa personnalité nous apparaît sous son aspect le plus élevé et le plus pur. Les lettres échangées entre le frère et la sœur, aussi bien que les « souvenirs » personnels de Charité, forment un précieux trésor de sagesse, de piété, de sentiments élevés : au point de vue historique, elles sont d'un inestimable prix3.

L'ami de Willibald Pirkheimer, Conrad Peutinger4 (né en 1465), exerçait à Augsbourg la même influence intellectuelle que Pirkheimer

1 Tbausing, .'i, p. 23.

9 Voy. Binder, p. 44-51.

1 Pour plus de détails, voy. Binder, p. 51-101.

4 Voy. Herbbrgeii, p 31-62. — ERHARD, t. III, p. 394-411. — IIagi.n, t. I, p. 211- 213. — D0LLINGER, Iteformation, t. I, p. 517-519.

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