‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 90 sur 630 · CONRAD PEUTINGER A AUGSBOURG. 1 1 Î · texte numérisé non relu

CONRAD PEUTINGER A AUGSBOURG. 1 1 Î

à Nuremberg. C'était une organisation grande et noble, une intelligence vigoureuse. Dès sa première jeunesse il avait étudie aux Universités de Rome, de Padoue et de Bologne, et, mis en rapport avec Pomponius Lsetus, Pic de la Mirandole et Ange Polilianus, avait acquis des connaissances solides dans la jurisprudence, les belles-lettres et les arts. Sur le conseil de Reuchlin, son ami, il s'était mis à apprendre le grec ayant déjà dépassé quarante ans, et était parvenu à le posséder parfaitement. Ulrich Zasius le met au petit nombre de ceux qui ont profondément pénétré la substance du droit romain et réussi à l'entrelacer heureusement au droit national. Il était également très-versé dans la théologie, écrivit sur les antiquités ecclésiastiques, et prépara l'édition d'un commentaire du Livre des Sentences de Pierre Lombard. Il était connu en tous lieux pour sa science profonde cle l'Écriture et des Pères, et fut l'un de ceux dont l'empereur Maximilien demanda l'avis, lorsque, plein de sollicitude pour l'éducation religieuse du peuple, il s'enquit auprès des savants de la méthode la plus courte et la plus claire d'enseigner aux petits et aux simples les vérités révélées.

Peutinger entretint avec Maximilien des rapports bien plus intimes lorsqu'en 1190 il entra au service de sa ville natale en qualité de secrétaire de la municipalité. Homme de cœur, ami enthousiaste de l'art et de l'histoire d'Allemagne, ses goûts, ses tendances, ses désirs, se rapprochaient intimement des vues personnelles de l'Empereur. C'est ce qui explique facilement les rapports mutuels de ces deux hommes, l'attachement profond, l'invariable dévouement de l'un, la pleine confiance de l'autre'. Maximilien chargea Peutinger de plusieurs négociations politiques importantes, et l'attacha toujours davantage à sa personne par les liens de la plus cordiale affection. Pentinger ne s'en servit jamais pour favoriser ses intérêts personnels; il n'était préoccupé que de ce qui pouvait être utile à sa ville natale et ne pensait qu'aux nobles résultats qu'il s'était proposé d'atteindre. Aussi son désintéressement n'a-t-il jamais fait l'objet du moindre soupçon. Il prenait une part vive et respectueuse aux efforts scientifiques des savants contemporains, et se réjouissait de voir ses propres ouvrages complétés et corrigés par des hommes compétents. Jamais on ne vit chez lui la moindre trace de vanité personnelle; il resta toujours étranger à l'orgueil delà fausse science.

Peutinger trouvait a Augsbourg un terrain bien préparé pour les

1 Lorsque l'Empereur vint à Augsbourg en 1504, la fille de Peutinger, Juliane, âgée de quatre ans (un enfant prodige), lui fit en latin, au nom du conseil de la ville, un discours de bienvenue. IIeiuiekgek, p. 30.

études historiques. Depuis une trentaine d'années, surtout dans le monastère des Bénédictins de Saint-Ulrich et Afra, la discipline religieuse et le zèle pour la science florissaient de concert et excitaient un intérêt enthousiaste. Une imprimerie spéciale avait été établie dans l'intérieur du couvent, et ses produits, ainsi que de nombreux achats et échanges de livres, avaient fini par former une riche bibliothèque classique. A la sollicitation du bourgmestre Sigismond Gossembrod1, humaniste zélé, un moine de l'abbaye, Sigismond Meislerlin, composa une histoire d'Augsbourg, et plus tard, sur l'ordre de l'abbé Jean de Giltlingen, une histoire ecclésiastique de la ville et une histoire de l'abbaye, ouvrages remarquables par le judicieux emploi des sources, l'indépendance des jugements et l'exposition vivante et animée des événements dont ce religieux avait été témoin9. Bientôt une société littéraire se forma à Augsbourg, se proposant surtout de faire progresser les recherches historiques. Elle était composée d'ecclésiastiques, de magistrats, de bourgeois ; Peutinger en était l'âme, la cheville ouvrière. C'est grâce à ses efforts et à ses dons que fut fondée une excellente bibliothèque de documents relatifs à l'histoire d'Allemagne3. Il rassembla avec un zèle infatigable des manuscrits précieux, des monnaies, des monuments de l'antiquité, et forma ainsi peu à peu une collection d'inscriptions romaines découvertes dans la ville et dans le diocèse d'Augsbourg, qui est restée unique en ce genre. Sur l'ordre cle l'Empereur et avec le concours delà société historique, il fit imprimer le fac-similé de ces inscriptions, qui contiennent les plus anciens monuments de l'histoire d'Augsbourg. L'année suivante, il fit paraître sous le titre de Propos de table sur les admirables antiquités de l'Allemagne, un ouvrage patriotique chaleureux, auquel il dut de voir s'étendre dans un vaste rayon sa réputation littéraire. En 1507 il le fit suivre de la première édition du Liçjurinus, poème historique qui remonte au temps de Frédéric Barberousse" et que Conrad Celtes avait découvert dans le monastère d'Ebrach. Ce livre fit l'admiration de tous les savants contemporains; il eut. sept éditions en un an. Quelques années plus tard (1514-1515), Peutinger dotait encore la science historique de trois nouveaux ouvrages : la Chronique d'Ursperg, découverte par lui, l'histoire des Goths par Jordanis, et celle des Lombards par le diacre Paul. Maximilien l'avait aussi désigné pour d'autres travaux historiques destinés à seconder dans leur ensemble les glorieux efforts

1 Voy. Wattenbach, p. 3G-69.

■ Voy. Chroniken der deutschen Städte, l. III, p. G-8.

s Voy. Herberger, p. G6.

* Pannenberg, Forschungen zur dcu'schen Geschichte, (. XI, p. 1G1-300. — Voy. BORAWITZ, Geichichte des deutschen Humanismus, p. «S5-8G.

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