‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 92 sur 630 · L'EMPEREUR MAXIMILIEN PROTECTEUR DES SCIENCES ET DES ARTS · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR MAXIMILIEN PROTECTEUR DES SCIENCES ET DES ARTS

avaienl fait autrefois frapper, qu'on découvrait et qu'on venait lui apporter, il les conservait, et les faisait peindre dans un livre, de sorte que souvent un souverain dont le nom sans lui eût été absolument effacé, lui devait comme une vie nouvelle. Il avait fait aussi récrire l'histoire des princes qui avaient régné dans les temps passés, et se plaisait à remettre en mémoire leurs bonnes actions. Quelle noblesse d'âme véritablement royale dans ce jeune et sage roi! Il doit servir d'exemple à tous les souverains futurs, et leur montrer comment ils doivent garder et vénérer la mémoire de leurs prédécesseurs '. ''

Wimpheling écrit de même : « Tout ce qui peut jeter quelque lumière sur le passé du peuple allemand, est l'objet de la vive sympathie du Roi. Il se plonge dans l'étude des vieux chroniqueurs et historiens; il fait recueillir et publier leurs écrits, et pour cela entre en correspondance ou entretient des rapports personnels avec les hommes les plus instruits. » « Il consulte les savants de son entourage sur la composition d'une histoire destinée au peuple, et qui doit paraître sous ce titre : Galerie des ancêtres allemands 2. »

Il avait chargé Peutinger de composer un vaste ouvrage, le Livre des Empereurs. Il préparait également un recueil de documents relatifs à la maison de Habsbourg. « Pour ce livre non-seulement l'Empereur faisait venir de tous côtés des chroniques et des documents, mais encore, il apportait à Peutinger le résultat de ses recherches personnelles, et parfois provoquait les franches critiques de son savant ami 3. Maximilien fit explorer une grande partie de l'Allemagne, de l'Italie et de la France par ses historiographes, Jean Stabius, Ladislas Sunt heim et Jacques Manlius, qui amassèrent dans les monastères de ces pays de nombreux manuscrits. Aidés parla libéralité de l'Empereur, Conrad Celtes et le mathématicien André Sliborius parcoururent l'Allemagne du Nord pour y recueillir les matériaux nécessaires à un grand ouvrage d'histoire, de géographie et de statistique. Wimpheling assure que dans un pressant besoin d'argent, Maximilien mit un jour en gage un joyau qui lui était cher, afin de rendre possible la continuation d'un voyage scientifique entrepris sous ses auspices. C'est lui qui chargea Suntheim de recueillir les matériaux d'une histoire généalogique de la maison de Habsbourg et d'autres maisons princières allemandes; l'historiographe Stabius et le savant médecin et archiviste impérial Jean Spieshaimer, surnommé Cuspinianus, préparèrent par son ordre la première édition d'Otto de Fraising et de son continuateur Hadévicus.

1 Weîukunig, p. 68-69

5 De arle impressoria. fol. 12.

3 Voy. I1i:ubei\gf.h, p. 64-67.

Ce que faisait l'Empereur pour la science était conçu d'après un plan si suivi; tous ses efforts se rattachaient si bien les uns aux autres pour atteindre la même fin, qu'il semblait être le chef dune vaste confrérie de savants réunissant tous leurs efforts pour le progrès de l'histoire des antiquités nationales. Au prix de beaucoup de peines et de sacrifices l'Empereur eut enfin la joie de réaliser le but qu'il avait toujours poursuivi avec tant d'ardeur : il donna vie et chaleur au sentiment patriotique et * rendit plus cher à chacun le sol de la patrie ' ».

Maximilien sauva de l'oubli un grand nombre de monuments historiques et littéraires; légendes, chants populaires furent, grâce à lui, conservés à la postérité. On lui doit entre autres la préservation d'une des plus précieuses perles de la poésie allemande au moyen âge, un poème d'une aussi grande valeur, peut-être, que les Nibelungen : le Gudrun*, qu'il fit insérer dans le recueil des parchemins conservés au château d' Ambras, en Tyrol.

Comme écrivain, l'Empereur s'est fait connaître par le Theuerdank et le Weisskunig. Il conçut lui-même l'idée du TheuerdanJi , poème allégorique dont sa vie privée fait tout le sujet. Il est l'auteur de la plus grande partie des chants qui y sont mêlés et qui furent revus et retouchés par son secrétaire Melchior Pfinzing, prévôt de Saint- Alban à Mayence. L'ouvrage, dont la première édition appartient aux plus étonnantes créations de la typographie, rencontra chez les contemporains la sympathie la plus vive, parce qu'ils y voyaient retracée dans une brillante lumière la personnalité chevaleresque et noble de l'Empereur. Au point de vue poétique, cet ouvrage est assez pauvre et dénué d'invention; mais le langage en est sérieux, mesuré; il manque, il est vrai, d'énergie et d'ampleur, mais non de pureté de style ni de choix d'expression. Le poète royal a voulu démontrer que dans fous les combats imaginables de la vie, un esprit résolu et une ferme confiance en Dieu finissent toujours par remporter la victoire. En effet, son héros parvient au but. Au milieu d'épreuves et de souffrances sans nombre, il se dirige vers lui avec grandeur d'âme et sans effort. Sa conscience loyale et pure lui sert de guide. Sa foi inébranlable lui donne le courage et l'énergie nécessaires; il triomphe, il obtient sa récompense malgré la nuée d'ennemis qui lui font obstacle, et en dépit de toutes les tempôtes imaginables3. On se souvient involontairement en lisant le

1 Voy. Wattenbach, Deuichlands GeschichUquellen, p. 2-3. — Horawitz, Nationale Geichichlichreibung, p. 09-70, et notre article intitulé : Maximilians Bedeutung für Deutschland, dans le Catholique. 1869; p. .r>28-534.

9 Voy. PFEiFFnn, Germanie, t. XL p. 381-384; t. IX, p. 381-384.

3 Voy. HaltaüS, p. 34, 9C, 109-110. — Dans un ouvrage intitulé : Freydal, l'Empereur voulut poétiser et glorifier par l'art ses fiançailles avec Marie de Bourgogne, et lis tournois et divertissements qui les suivirent. Ce splendide

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