‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 98 sur 630 · ATELIERS DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

ATELIERS DE CONSTRUCTION

la tradition du passé régna en souveraine. Ce ne fut qu'au commencement de la Renaissance que se fit sentir le besoin de fixer par écrit les règles de l'architecture. C'est ainsi qu'il ne devint nécessaire d'écrire les priucipes du droit national qu'au moment de l'envahissement du droit romain. L'architecte Matthieu Roritzer, de Ratisbonne, sur l'ordre que lui en donna l'évêque Guillaume de Reichenau, grand ami des arts, composa un travail intitulé : Manière de construire exactement les pinacles (1486), petit ouvrage dans lequel, sur un ton de simple et cordiale bonhomie, l'auteur explique le développement de certaines parties d'un édifice gothique. Après lui, Laurent Lacher, architecte du Palatinat, composa une instruction du même genre pour ses fils (1516). Cet écrit prouve bien que les maîtres du quinzième siècle étaient déjà convaincus que l'art véritable, dans son expression extérieure, repose sur une loi intérieure, et que ce n'est que sur le fondement d'une règle précise qu'une œuvre vraiment belle et indépendanle peut être exécutée l.

Unissant une logique rigoureuse à une grande liberté d'inspiration, l'activité féconde de l'architecture germanique marqua de son empreinte le monde chrétien tout entier. Elle avait pris droit de bourgeoisie en Italie par la construction des cathédrales et églises de Milan, Florence, Orvieto, Assise, Sienne, et un grand nombre d'autres d'importance diverse. En 1490, on fit venir des architectes de Strasbourg à Milan, afin d'entendre leur avis quant a la continuation du Dôme. « Les Allemands, disait l'Italien Paul Jovius, produisent les œuvres d'art les plus sublimes, et nous, Italiens endormis, pour avoir de bons architectes, nous sommes obligés d'en envoyer chercher chez eux2. » André Palladio (f l->80), un des maitres les plus influents de l'architecture de la Benaissance, avouait que les monuments les plus remarquables de l'Italie étaient dus aux Allemands3. L'art germanique avait aussi pris possession de l'Angleterre par les cathédrales et églises de Salisbury, Ely, Lincoln, Worcester, Winchester, Glocester, Exeter, Beverley, Bristol et York. En Espagne et en Portugal, on doit aux Allemands les cathédrales de Barcelone, Léon, Oviedo, Tolède, Séville, et les églises abbatiales de Batalha et Belem. Vers le milieu du quinzième siècle, un architecte de Cologne exécuta un des portails les plus admirables de Burgos. Palma, dans les iles Majorques, semble une ville gothique construite d'un seul jet. Au moment de la conquête de file par les Espagnols, il est probable que toute une colonie, composée en grande partie de tailleurs de pierre

1 Pour plus de détails, voy. Reicuensperger, Mélanges, p. 55-71 et 133-155. — Voy. Sighart, p. 443, note.

2 Voy. Springer. Bilder, p. 174-175.

3 Voy. Reicuensperger, Mélanges, p. 173-174.

allemands venus d'Espagne, s'y était établie. La Hongrie tout entière se couvrit aussi d'édifices dus en grande partie à des maîtres allemands; par leur importance ils peuvent soutenir la comparaison avec les plus beaux monuments des autres pays '. Dans la vieille ville polonaise de Cracovie, les plus remarquables édifices dus à l'architecture du moyen âge portent l'empreinte germanique 2.

11 est vrai que dans les édifices gothiques du moyen âge à son déclin, la profusion des ornements de détail ne reste pas toujours dans une juste proportion avec le reste de l'édifice. Ils continuent néanmoins à être conçus et exécutés « d'après le compas et la justice », et dans leurs compositions décoratives, gracieuses et brillantes, on découvre souvent des merveilles d'art 3. En Allemagne aussi bien qu'en Angleterre et en Espagne, et particulièrement dans les cathédrales de Ségovie et de Salamanque 4, le gothique de la dernière époque s'épanouit dans toute la force vitale, la puissance et la beauté de son style. Peu de temps avant qu'il cessât de produire ses chefs-d'œuvre, une princesse allemande, fille de Maximilien, Marguerite d'Autriche, fit construire cette cathédrale de Brou, qui semble réunir, comme dans un faisceau de rayons, toute la splendeur de l'art du moyen âge 5.

L'influence de l'architecture germanique persista encore pendant la première période de ce qu'on a appelé la Renaissance, En effet, dans ses parties essentielles, l'art ogival y est encore guidé par les principes que le moyen âge lui a légués. Les maîtres de l'art nouveau héritèrent de leurs prédécesseurs l'habileté technique, la richesse d'imagination, et aussi longtemps qu'ils vécurent des grandes traditions du passé, on leur a dû des œuvres vraiment dignes de notre admiration.

On ne peut se faire qu une idée approximative de la féconde activité de l'archilecture religieuse au déclin du moyen âge : une quantité incalculable d'églises datant de cette époque ont été rasées

1 Voy. Jahrbuch der Central commission, t. I, p. 95,96, 108, 122-123.— Voy. documents divers, t. VIII, p. 87. Églises ßolb. de la Croatie. — Voy. Renseignements divers, t. I, p. 232-23G.

2 Voy. l'ouvrage illustré d'fvSSENWEiN, Mittelalterlichen Kwistdenkmale der Stadt Crakau. — Sur l'art allemand en Bohême, voy. les Renseignements divers, t. II, p. 232. — Wermcke, Anzeiger für Kunst der deutschen Vorzeit, 1881, p. 141, 144.

VOy Kl GLI a, Raukunst, t. III, p. 303. * Street, Gothic Architecture in Spain, 2e édit., p. 248-432. s Reichen sterger, Mélanges, p. 230-232.

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