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CHAPITRE XV

LE PÉRIL TURC ET LA POLITIQUE PALATLNE. — NEGOCIATIONS RELA- TIVES A LA SUCCESSION AU TRÔNE. — RELATIONS DE LA HESSE AVEC LA FRANCE. 1602.

Pendant que l'Empire se désagrégeait de plus en plus, le péril turc devenait tous les jours pins imminent. Le 20 octobre 1600, Kanisa, dernier rempart de la Styric et de Vienne, tombait au pouvoir de « l'Ennemi héréditaire >). Tandis que le Pape, et toute la Chrétienté avec lui déploraient cet échec si rude, on célébrait à Constantinople quatre jours durant, par des fêtes triomphales, un événement d'une si haute portée *. Au commencement d'avril 1601, Sigismond Bathori, après l'expulsion du gouverneur impérial de la Transylvanie, avait reçu le serment de loi et d'hommage de la population, et cherchait à se rapprocher des Turcs 2. Dans l'armée chrétienne, les Allemands et les Italiens à la solde de l'Empereur vivaient ende perpétuelles querelles, et leur mésintelligence était l'une des principales causes de leurs revers. 11 ne manquait rien moins que trois millions aux contributions garanties par la Diète en 1598 3; aussi Rodolphe se vit-il obligé d'implorer encore une fois les membres d'Empire. Les princes ecc^siastiqucs du cercle du Haut-Rhin s'engagèrent à fournir le double de la somme votée''. L'administrateur de Saxe promit de prêter une somme considérable, et d'envoyer des munitions 3. L'Électeur palatin, au contraire, que Rodolphe, par deux ambassades et trois messages successifs, avait fait supplier, « en termes vraiment émouvants, )) de songer à remplir sa promesse dans le courant de l'année, « fit la sourde oreille •"' »; à la même date, il soutenait les États-

* Voy. HuBER. t. IV, pp. 406 et suiv., et Stauffkr, dans les Miltheilangen d. osteireich. Inslifiit., t. 7 (1886), pp. 265 et suiv.

ä Stieve, Die Polililc Bayerns, t. II, pp. 560, 561.

^ Voy. de nouveaux documeats sur ce sujet dans Stauffer, pp. IZ et suiv.

* HURTER. t. IV, p. 365.

* Stieve, t. II, pp 56^. 565.

'■' RiTTFR, Gesch. der Union, t. I, pp. 23i, 235.

1^2 ASSF.MIil.KK DI': FIUKDBEliC . 16()i2.

Généraux par d'importants envois d'argent, pressait les membres d'Empire protestants de suivre son exemple', et les exhortait à mettre à profit le péril de la patrie pour arracher à l'Empereur les derniers vestiges de son autorité.

Michel Löfenius, l'un des juristes de la cour palatine, dans un mémoire adressé à Frédéric IV, s'efforça de prouver qu'un membre d'Empire, opprimé par l'Empereur, soit juridiquement soit en dehors de la justice, avait le droit d'en appeler à l'Electeur palatin, lequel possédait, en cas d'appel ou de simple procès, un pouvoir supérieur à cehii de Rodolphe. Le juriste concluait en engageant Frédéric à remettre ce droit en exercice, afin de donner satisfaction aux plaintes portées par les Évangéliques-.

Vers le milieu de janvier 1602, l'Électeur palatin invita ceux de son parti à envoyer leurs délégués à Friedberg pour délibérer avec lui sur les nécessités présentes. « Soutenu par le nonce et par l'ambassadeur d'Espagne, l'Empereur, » disait la lettre de convocation, « vise à la domination universelle et absolue. » Il était donc urgent de protéger la liberté allemande; à Friedberg, on verrait s'il était utile, oui ou non, d'en appeler « de l'Empereur insuffisamment éclairé à quelqu'un de mieux averti, et aux membres d'Empire réunis; on conviendrait de la meilleure manière de se conduire dans le cas oîi l'Empereur exigerait l'exécution des arrêts du conseil aulique; on prendrait une détermination quant à l'affaire des Quatre Couvents; enfin on s'entendrait sur la réponse à faire à l'Empereur relativement aux impôts et aux griefs précédemment exposés^. Le duc Jean de Deux-Ponts, répondant, le 9 février, à l'invitation du palatin, exprima le désir que non seulement les conseillers des princes, mais les princes eux-mêmes, vinssent à Friedberg. Quant aux procès intentés par le conseil aulique, on avait, selon lui, une règle toute tracée dans l'exemple des Protestants de Hollande et de France et dans l'histoire du passé. Jamais les Évangéliques n'obtiendraient satisfaction s'ils ne se décidaient à prendre les armes, et la paix de religion ne serait interprétée dans le sens protestant que lorsqu'on se serait enfin décidé à agir *.

' RîTTEK, Gesch. der Union, t. T, p. 2jC. Briefe und Acten, t. I, pp. 304, n.

^ JVtcmoire du 2 janviei- 1603. Voy. Ritter, Briefe und Aden, t. I, p. 3ä1, n" 278. Voy. Londorp, Acta publ.,l. 1, pp. 21, 22. Voy. Nac/itrab Anlialtisclier Cantzleij, ï. c. 2, et Friedbeiig, Newer caluinisticlier Modell, pp. 63,04.

^ RiTTEK, Briefe and Acten, t. I, pp. 301, 30-', voy. Ritter, Gesch. der Union, t. I, pp. 235, 237.

* Ritter, Briefe und Aden, t. I. p. 30o.

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