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VICTOIRE REMPORTER PAR LE PARTI REVOLUTIONNAIRE PALATIN

les questions religieuses, contrairement aux constitutions de l'Empire, ont outrepassé leurs droits *. »

Ainsi donc les Catholiques devaient se résifjner à voir tous leurs appels à la justice soumis à Tappréciation de la Diète; de la Diète, dont tous les membres étaient divisés de sentiments; de la Dicte, où, depuis quelque temps, les palatins et leurs alliés refusaient de se soumettre aux décisions de la majorité; ils devaient concéder de bonne grâce aux Protestants le droit de confisquer par la violence les biens ecclésiastiques, puisque, d'après leur propre déclaration, ils n'avaient nulle intention de se contenter de ce qu'ils avaient obtenu jusque-là.

La résistance des Catholiques était facile à prévoir.

Ce que demandaient les princes était tellement inique que la majorité des députés protestants refusa de voter avant d'avoir encore mûrement réfléchi. Elle insista pour que la question fût ajournée jusqu'au moment où, suivant le cours régulier des choses et dans l'ordre des trente-sept procès à réviser, l'affaire des Quatre Couvents arriverait en son rang, et cette proposition fut adoptée à l'unanimité; seuls, les ambassadeurs des trois princes protestèrent; sur quoi les palatins déclarèrent « que. puisqu'il en était ainsi, chacun était libre de s'en retourner chez soi ». Les autres députés décidèrent qu'une nouvelle assemblée aurait lieu vers la fin de juillet; ils espéraient que d'ici là l'Empereur trouverait moyen de décider les princes à accepter la révision -.

Le tribunal d'Empire avait cessé d'exister.

L'assemblée était dissoute; l'autorité de la Chambre lra{>ériale était alfaiblie et paralysée; la révolution était 'imminente ■''.

Frédéric-Guillaume de Saxe écrivait le 25 septembre 1601 à l'Électeur palatin qu'il avait appris avec douleur que les révisions n'avaient pu avoir lieu, et qu'on s'était séparé sans qu'aucune sentence eût été prononcée. Les réclamations hardies qu'on avait osé faire allaient, disait-il, supprimer dans l'Empire toute possibilité d'obtenir justice; grâce à l'ancien pouvoir judiciaire, les membres d'Empire des deux religions s'étaient maintenus jusque-là en bonne intelligence dans des temps si difficiles; mais on pouvait maintenant s'attendre à de graves conHits,et enfin à des maux irréparables. Frédéric-Guillaume engageait l'Électeur palatin à réfléchir sérieusement aux conséquences de ses actes, aux iniquités qui allaient im-

• Archiviiirn, App., pp. 179, 182.

- Ritter, Gesch. der Union, t. I, pp. 230, 233. Senkexberg, t. XXII, pp. 20, 22. Stieve, Die Politik Bayerns, t. II, pp. 5i2, 346. s Voy. Stieve, t. II, pp. 546, 547.

VICTOIRK REMPORTEE PAR LE PARTI REVOLUTIONNAIRE PALATIN', jyy

punéraenf, se commettre si les arrêts de la Chambre Impériale n'étaient plus exécutés, si la majesté etla souveraine autorité de l'Empereur étaient foulées aux pieds, et si les membres d'Empire détestés du parti vainqueur devenaient l'objet d'injustes violences i.

Les événements de Spire eurent une grande influence sur la résolution impériale communiquée aux ambassadeurs protestantsrelativement aux procès intentés parle tribunal d'Empire. A la profonde douleur et grande amertume de l'Empereur, les princes avaient osé nier son pouvoir juridique, dont cependant dépendait le leur, puisque, sans l'un, l'autre n'avait plus de raison d'être. Il n'était pas au pouvoir de l'Empereur de renoncer à ce qui lui appartenait de droit; il ferait examiner séparément chaque grief, et s'il en trouvait quelqu'un de fondé, il verrait à le faire disparaître ; mais il attendait des membres d'Empire qu'ils reconnussent les droits de son tribunal et ne le contraignissent pas à avoir recours aux mesures rigoureuses que son devoir pourrait lui prescrire -.

« Si, à Prague, » rapporte Léonard Schug, l'un des délégués palatin?, « la réponse de Rodolphe a éié si imperative, c'est, à ce que j'ai entendu dire, parce que l'Empereur est profondément blessé de ce que la révision ail été rejotée à Spire. » Les conseillers de Rodolphe ne cachaient point leurs alarmes : « Voilà que les grands membres d'Empire n'admettent plus l'autorité de la Chambre Impériale, » disaient -ils ; « et qu'arrivera-t-il si l'Empereur abandonne encore les droits de son tribunal ? Ce jour-là, la justice aura péri dans l'Empire -^ ».

Le -J6 août, les ambassadeurs déposèrent une protestation contre la réponse impériale. Leurs maîtres, dirent-ils, étaient décidés à ne

^ Arckiviuin, App., pp. 18'5, 18G. « Les membres d'Empicexqiii veulent lé reaversement de la constitution, » disait Gaspard Schoppc, « ne veulent pas en revenir à la pureté et à l'austérité de l'ancien droit ; ils ne cherchent qu'à satisfaire leurs propres caprices et convoitises ; le plaisir, la jouissance sont l'unique règle de leurs actions. Si on les cite devant l'Empereur, ils prétendent qu'il n'a ni autorité ni juridiction sur les membres d'Empire, si ce n'est en deux occasions, in causis tarbatae paris piiblicœ, et in feudis i/lustriuin, bien qu'ils refusent de reconnaître l'Empereur comme juge souverain à moins qu'il n'appelle en son conseil quelques juges impartiaux, c'est-à-dire, ineffectu, les princes quisontde leur parti- Si on les cite devant la Chambre Impériale, ils demandent la révision; quand vient la révision, ils nient la juridiction delà Chambre Impériale; ils prétendent, ou bien qu'il s'agit d'afl'aires religieuses, ou bien que la Chambre est trop partiale. Si l'affaire vient, pendant la Diète, en présence des membres d'Empire réunis, ils déclarent qu'ils ne sont liés par aucun recez d'Empire, et se vantent que bientôt ils imposeront par la force leur manière de voir aux autres » . Friedberg, Neiver calvinistischer Modell, p. 104.

ä RiTTEH, Brief e und Acten, t, I, pp. 294, 295.

3 Ritter, Briefe und Aden, t. I, p. 29G, note 1.

180 VICTOIIŒ REMl'OUTKIi; l'AR IJ-: l'AHTI IIKVOLL'I'IONNAIRE PALATIN.

plus tolérer les procès de la cour suprême daus la forme où ils avaient été conduits jusqu'à ce jour suprême.

Léonard Schug, lui aussi, signa celte déclaration ; mais peu de temps après, il se sentit pressé par sa conscience d'avouer au vicechancelier palatin (|u"à son avis le procédé des princes était par trop injurieux pour l'Empereur; qu'il avait semblé, à Prague, que quelques membres d'Empire s'appliquaiejit particulièrement à censurer l'Enjpercur dans tous ses actes, et que l'opinion générale était que cette opposition systématique était tout spécialement le but et le constant oH'ort des conseillers palatins. C'était d'Heidelberg que venait toujours le mot d'ordre; c'était là que tout se préparait pour être ensuite inculqué à d'autres : « Par leur conduite dans l'attaire de la révision des Quatre Couvents, Messieurs les délégués ont presque tous attiré sur eux une grande haine, et selon toute probabilité, nous autres, fidèles Évangéliques, nous pourrons bientôt convenir, avec les papistes, que nous a\ons eu tort, (jue nous nous sommes imaginé des choses qui n'étaient pas. »

Léonard était obsédé de noirs pressentiments : « Le trésor du Palatinat est épuisé, » disait-il, « les propriétés sont vendues, les impôts dont on accable les sujets ne so)it jamais appliqués à la lin qu'un s'était proposée^ et ces impôts iniques vont devenir lacause d'un effroyable orage, tout prêta éclater. » « Les sujets, qui, jusqu'à présent, ont fourni à contre-cœur les contributions énormes qu'on exige d'eux, ne se tairont pasdevantles faits, surtout si on les charge de nouveaux fardeaux, ou si quelque émeute survient, ce qui n'est pas du tout improbable. » Comme il était impossible de dire librement son sentiment à l'Électeur, Schug s'attendait à ce que, d'un jour à l'autre, à propos de quelque parole qu'il laisserait par hasard échapper, « on le mît à la porte ». Au reste, il ne s'en affectait point : « J'aimerais mieux, » disait-il, « offrir mes services à un paysan, ou toucher un maigre salaire au tribunal d'Empire que de rester exposé à de si grands périls, surtout pour me conformer à une politique qui me semble funeste à ma patrie ^. »

1 Dépêche du l6/2t5 novembre 1601. Archiv., App., pp. 201-20o.

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