‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 101 sur 573 · LE BRANDEBOURG R0:\1PT AVEC LE PARTI RÉVOLUTIONNAIRE PALATIN · texte numérisé non relu

LE BRANDEBOURG R0:\1PT AVEC LE PARTI RÉVOLUTIONNAIRE PALATIN

Le 20 mars, les représentants du Palatinat, du Brandebourg, de Deux-Ponts, d'Ansbach, de Brunswick, de Lauenbourg, de Bade- Durlach et de quelques autres membres d'Empire, ouvrirent à Fricdberg leurs délibérations. Mais cette assemblée ne répondit en aucune manière à l'attente des palatins. Ils soutinrent dès le début qu'il était légal d'en appeler des arrêts de l'Empereur à la décision des membres d"Empire réunis, et nièrent la compétence, du conseil aulique, même dans les deux cas qu'on n'avait jamais contestés avant 1601, c'est-à-dire dans les questions relatives aux fiefs d'Empire et toutes les fois qu'il s'agissait de quelque violation de la paix publique. Néanmoins la majorité eut peur de donner son assentiment à des propositions aussi hardies. L'établissement de l'union, tant désiré des palatins, ne se réalisa pas davantage. On convint seulement que dans l'affaire des Quatre Couvents tous les membres de l'assemblée de Friedberg maintiendraient une énergique protestation, et qu'on n'accorderait rien à l'Empereur pour l'aider à refouler l'Ennemi héréditaire avant qu'il n'eût cédé sur ce point K

Au grand déplaisir des palatins. l'Électeur du Brandebourg semblait se retirer peu à peu de leur politique. Lorsque la Chambre Impériale, en mai 1602, eut déclaré que tout membre d'Empire qui, dans un délaide quatre mois, n'aurait pas payé l'impôt turc voté en lo98, encourrait le ban d'Empire, Joachim-Frédéric s'empressa de payer quarante mois romains. « Le péril hongrois, » écrivait-il le 19 juin à Frédéric iV, « devient tous les jours plusiraminent. Ou ne peut complètement abandonner l'Empereur au milieu de dangers qui sont ceux mômes de la patrie -. »

Les liaisons du parti révolutionnaire avec l'étranger déplaisaient aussi à Joachim. Comme administrateur de Magdebourg, il avait jadis soutenu avec ardeur la néccssitéd'une alliance avecla France^; mais plus tard, il déclara avec fermeté au margrave d'Ansbach qu'en sa qualité d'Électeur il se sentait doublement engagé envers Rodolphe, et qu'il lui paraissait extrêmement grave d'entrer avec la France dans des négociations où les intérêts de l'Empire pouvaient être compromis ^. 11 promit à l'archiduc Maximilien, qui l'invitait (( à se défier des pièges français dans la question de la suc-

1 Ritter. Briefe und Acten, t. I, pp. 312, 319. Ritter, Gesch. der Union, t. 1, pp. :238, 239. Stieve, t. II, pp. 575, 377.

* Ritter, Briefe und Acten, t. I, p. 322. Le duc de Brunswick, lui aussi, cherchait à se rapprocher de l'Empereur et se déclara prêt à lui offrir« voloatairement » une somme importante à la place de la contribution arriérée pour la guerre turque. Ritter, Briefe und Acten, t. I, p. 327, n' 256.

■* Voy. plus haut, p. 92.

* Ritter, Briefe und Acten, t. 1, p. 222, note 1.

I8i QIRSTION nr. lA SUrCKSSION A I.F.MPinE.

cession au trône », qu'il nahnndonnerait pas la Maison d'Autriche H

dans le cas d'une élection sans des molils ;,M-avrs et l)ien fondi's >. '■

Depuis bien des années, l'Empereur, qui n'était point marié et dont la santé était chancelante, était supplié par sa mère, ses frères, le Pape, le roi d'Espagne, les Électeurs ecclésiastiques et le duc de Bavière de désigner son successeur, de rélléchir à la situation critique où se trouvaient à la l'ois l'Empire et sa Maison ; mais tant d'instances n'avaient encore rien obtenu de lui -. Il n'avait qu'une unique préoccupation : sa propre sécurité, il tremblait sans cesse que ses frères n'ourdissent contre lui quelque complot, et que l'on ne voulût attenter à sa couronne. Aussi se retirait-il de plus en plus des affaires publiques, s'isolant le plus qu'il le pouvait, et se livrant tout entier à sa passion pour les arts et pour les curiosités artistiques. « Quelquefois, » écrit Kehvenhiiller, « il tombait dans une grande mélancolie, et sa bizarrerie était extrême ^. » Il n'y eut bientôt plus aucune illusion à se faire : une maladie mentale se déclara, laissant craindre une prochaine et complète démence, ou la raort^, événements qui eussent livré l'Empire à tous les hasards, à tous les dangers d'un interrégne ^.

> Ritter. Gesch. der Union, t.. I, pp. 253, 236.

s Pour plus de détails, voy. Stieve, Ver-hanclluntjen über die Nachfolge, pp. .3 et suiv. Sur les efforts du duc Guillaume de Bavière pour faire passer dans sa Maison la couronne imperiale, voy. pp. 83 et suiv. ** Voy. aussi les documents, içnorés jusqu'à présent, découverts dans les archives d'Etat de Munich et publiés par Stieve, dans son article intitulé : Herzog Maximilian und die Kaiserkrone (Olidde, Zeitschrift für Geschichtswissenschaft, t. VI (1891), pp. 40 et suiv. Voy. aussi les lettres de Wittelsbach, partie V, pp. 34 et suiv. Un jour que le duc Maximilien causait avec Rodolphe pendant la Diete de 1694, cherchant à lui prouver le peu de fondement du bruit qui attribuait à la Bavière l'ambition d'obtenir la couronne impériale, le camérier impérial, Hans Popp, surnommé « la prunelle des yeux de l'Empereur », s'emporta avec force paroles injurieuses contre les amis du duc, et s'écria avec colère : « L'engeance jésuitique est de nouveau à l'œuvre, outrageant tantôt ici, tantôt là ! Elle veut ravir la couronne au pieux Empereur et à la Maison d'Autriche et la donner à la Bavière! Race de coquins, je le rereconnais là! » Voy. Aretin, Maximilian, pp. 500, 503. Voy. Stieve, Die Politik Bayerns, t. 1, pp. 421. 42:!. Un autre jour, l'Electeur Auguste deSaxe ayant offert la couronne au duc Albert V,celui-ci répondit: « J'aime mieux rester duc de Bavière que vous servir de fou. » Stieve, Verhandlungen, p. 85.

3 Voy. Hurter, t. V, pp. 70 et suiv.

* On a comj)aré avec raison la maladie de Rodolphe à celle du roi Louis II de Bavière. Stitve, qui fait ce rapprochement, ajoute : « La maladie de l'Empereur n'attaquait point la faculté de penser, et jamais Rodolphe ne serait devenu intellectuellement incapable de gouverner si beaucoup d'étranges fantaisies et, dans les dernières années de sa vie. beaucoup de projets insensés, n'eussent obsédé son cerveau malade. Mais ces imaginations ne paralysaient pas, au début, sa volonte.

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