‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 102 sur 573 · QUESTION DE LA SUCCESSION A 1/ EMPIRE. 18Ö · texte numérisé non relu

QUESTION DE LA SUCCESSION A 1/ EMPIRE. 18Ö

Or c'était justement sur cette éventualité que le parti révolutionnaire palatin fondait ses espérances, car il était très exactement informé de l'état de l'Empereur*. Aussi s'cttorçait-il d'éloigner du prince toute pensée de désigner d'avance son successeur. Entièrement dévoué à cette politique, Christian d'Anhalt,en février IGOl, précisément à l'époque où son parti mettait tout en œuvre pour ruiner le pouvoir déjà si restreint de Rodolphe, vint entretenir l'Empereur de la vive douleur qu'avait éprouvée l'Electeur palatin à la nouvelle qu'on songeait à élire un nouveau roi romain. Frédéric en était indigné, assurait Christian; l'Empereur était dans toute la force de l'âge; grâce à son intelligence remarquable, jointe à beaucoup d'expérience, il était plus que jamais en état de bien gouverner. Or il était plus aisé de régner seul que de diviser le pouvoir. Rodolphe devait se garder de faire le jeu des personnes malintentionnées qui voulaient non sa grandeur, non la gloire de l'Empire, mais uniquement tout ce qui pourrait rendre sa vie plus dilficile en entravant son gouvernement -.

Ces perfides amis, dont on ne pouvait trop se méfier, n'étaient autres, selon Christian, que le l'ape et le roi d'Espagne.

Depuis longtemps Rodolphe était sujet à des accès positifs de démence^ pendant lesquels il s'en prenait aux gens de son entourage, se jetant sur ceux qui se trouvaient là, et souvent même tourmenté du désir d'attenter à sa propre vie. Dans ces crises affreuses, il se répandait en injures contre l'Église Catholique, il blasphémait, il était en proie à une sorte de délire. L'archiduc Mathias écrivait, le 16 octobre IGOO, que le malheureux prince était hanté par l'idée qu'on voulaitattenter à son trône et à sa vie; il avait congédié tousses conseillers, il ne mangeait plus, il ne dormait pas; tantôt il se croyait empoisonné, tantôt il s'imaginait être sous la puissance du démon 3. Les archiducs Mathias, Maximilien et Ferdi-

Plus tard, elles l'empêchèrent de plus en plus de se décider et d'agir ; de plus en plus, il fut en proie à de sombres anxiétés, à la folie de la persécution, etc. On observa un pro£;Tès sensible dans son mal après que l'archiduc Maximilien eut échoué d'une façon si humiliante dans ses efforts pour obtenir le trône de Pologne. Pendant l'automne de lotfS, la maladie atteignit son apogée. Rodolphe, à partir de ce moment, fut de moins en moins abordable, et quitta de moins en moins son appartement ou les entours de son palais. C'est à peine si, quelquefois, les étrangers pouvaient encore l'entrevoir dans ses écuries, déguisé en palefrenier ; en 1609, les Etats de Bohème en étaient à se demander si, oui ou non, il était encore en vie. » Allgemeine deutsche Biographie, p. 29 (Leipsick, 1889), pp. 496, 497.

' Vo)'. Ritter, Gesch. der Union, t. I, pp. 247, 230.

- Ritter, Briefe und Acten, t. I, pp. 258, 259. Ritter, Gesch. der Union, t. I, p. 233.

' Stieve, Verhandlungen über die Xachfolge, pp. 4b et suiv., 128 et suiv., 140.

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nand craignaient que les princes protestants, profitant d'un si triste état de choses, ne fissent passer la couronne impériale sur la tête du roi de Franco on du roi de Danemark. Aussi, vers la fin de l'année, résolurent-ils de faire parlera Rodolphe parses plus proches alliés, le Pape, l'Espagne et les Electeurs ecclésiastiques, dans l'espoir qu'averti par eux il se déciderait en(in à donner son autorisation à une élection prochaine. Mathias pressait aussi l'administrateur de Saxe de songer à la sécurité de l'Empire. « D'étranges et pernicieux complots, " écrivait Melchior Klesl, « s'ourdissent dans les états de quelques Électeurs et princes protestants. On conspire avec la France, le Danemark, avec d'autres puissances encore. Dans les royaumes et en Autriche, il ne manque pas de gens qui prêtent une oreille complaisante à tout ce qui leur paraît pouvoir porter préjudice à la Maison de Habsbourg; ils veulent à tout prix lui ravir l'Empire, et ne cherchent qu'à lui créer des embarras, et à lui nuire ^ »

Henri IV convoitait depuis longtemps la couronne impériale. En juin 1599, il avait dit, en présence de plusieurs témoins, qu'il ne regardait pas son élection comme impossible -. Cependant, en février 1600,11 chargeait son ambassadeur Bongars d'assurer les princes protestants qu'il ne songeait nullement à l'Empire. L'ambition de l'Espagne était chose connue, disail-il; mais les princes devaient bien se garder de la satisfaire, encore moins d'élire l'archiduc Albert; peut-être pourrait-on découvrir un prétendant dans quelque autre maison princièrede l'Allemagne 3. Consulté sur ce sujet, Ancel, résident français à la cour de Prague, écrivait au roi de France : « L'élévation de Votre Majesté au trône romain lui donnerait infailliblement la prépondérance en Europe, c'est-à-dire dans le monde entier; maisil va peu d'apparence qu'elle y parvienne, aucun des Électeurs n'étant porté pour elle. » Ancel exposait néanmoins les moyens d'aplanir les difficultés; en premier lieu, il fallait empêcher l'élection de Mathias. Dans ce but, on ne pouvait, selon lui, rien faire de plus sage que de persuader à l'Empereur de ne prendre

Voy. HcRTER, I. V, pp. 74, 73. Dès 1593 l'Empereur avait montré pour les .Tésuites une aversion marquée. En 16Û0, il accusa les capucins de Prag'ue de l'avoir ensorcelé ; il entrait en une sorte de délire toutes les fois qu'il entendait sonner la cloche de. la chapelle de leur couvent, situé non loin du château. On prétend que Tycho de Brahé lui avait prédit qu'il serait assassiné par un capucin. Stieve, \'erhandlangen, p. 58.

1 HuRTER, t. V, pp. 71, 7.J, 4iß. ** Voy. Stieve, Verhandlanfjen über die \achfolge, p. 29, note 79.

- Ritter. Briefe und 'Acten, t. I. p. 236, note 138. Voy. Stieve, Verhandlungen über die Nachfolge, p. 73.

3 Ritter, Briefe und Acten, t. I, p. 235, note 138.

MAUP.lCi: DK HESSE'CASSEL RECHERCHE l'aLUA>CE DE LA FRANCE. 1S7

aucune résolution quant à l'élection, afin qu'après sa mort la partie fût d'autant plus belle '.

Pour atteindre son double but près des princes protestants, écarter la maison de Habsbourg du trône impérial et obtenir l'appui des États Généraux contre l'Espagne, Henri désirait vivement la conclusion de l'étroite union de ces princes, entr'eux et avec la France.

Le landgrave Maurice de Hesse-Cassel se fît le docile instrument de ses visées politiques. Sans que personne ait eu vent de son voyage, Maurice partit pour la France pendant l'automne de 1602, et s'ou. vrit au roi et au secrétaire d'État Yilleroi du vif désir qu'il éprouvait de les servir. Dans l'entretien particulier qu'il eut avec Yilleroi, il commença par réclamer l'argent qu'Henri avait jadis emprunté aux princes protestants pour la défense de ses intérêts: « Je vous assure, » lui dit-d. « que notre afléctionpour le roi se ralentirait grandement si nous le voyions stipendier l'Angleterre, les États Généraux, les Suisses, les caresser, les tenir en grand honneur, tandis qu'il nous laisse crier, prier et supplier, et finalement ne nous donne que de bonnes paroles. » Yilleroi l'écoutait « avec une patience enjouée ». Lorsque le landgrave affirma que si les princes ne recevaient point d'argent de France, ils se rattacheraient, bien qu'à contre-cœur, à l'Autriche, Yilleroi répondit que « pour excuser le roi son maître, il ne pouvait dire autre chose sinon que ses conseillers n'avaient pas coutume de prodiguer beaucoup l'argent ».(( Là-dessus,» écrit le landgrave, (( je lui fis cette franche réponse : « Obtenez seulement que le • roi interrompe pendant quelque temps les bâtisses, dans lesquelles il paraît se complaire, et donnez-nous l'argent qu'elles lui coûtent; pour l'en récompenser, nous lui bâtirons un palais qui servira merveilleusement à favoriser ses desseins, et portera jusqu'aux nues sa grandeur et son nom. » Au milieu de cette conversation, le roi survint, conduisit Maurice à l'écart, et lui dit « qu'il souhaitait fort que ies princes allemands se décidassent enfin à une bonne et solide union ». « Je répondis que la chose n'avait pas encore pu se faire, » écrit Maurice, 0 mais que j'avais bonne espérance, pourvu que Sa Majesté daignât poser elle-même les bases de cette union. Le roi dit qu'il était tout prêt à agir, qu'il ne nous abandonnerait pas, qu'il avait îa confiances que nous entendrions les choses comme lui. Là-dessus il demanda les noms de ceux qui feraient partie de la ligue? Je lui nommai : le Palatinat, le Brandebourg, le Brunswick, la Hesse, Bade, Anhalt, disant que de ceux-là on était sûr, ainsi que

' « ... afin qu'après son dccez le jeu en soit d'autant plus beau. » Ritter, Briefe and Acten, t. I, pp. 298-300.

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des comtes de Vetteravie, et que pour le Holstein, le Danemark, le Meck lern bourg et la Poméranie, on avait de bons motifs d'espérer. Quant à la Saxe et au Wurtemberg, je dis que jusqu'ici ils n'avaient voulu entendre parier do rien. Le roi dit alors qu'il ne savait pas que nous fussions si nombreux ; ensuite il me lit beaucoup de questions, et entra dans le détail, s'informantde l'importance de chaque Maison, de ses i-evenus et dos ressources naturelles des pays; sur quoi je lui dis tout ce rpi'il lui était nécessaire de savoir. »

Au sujet de l'élection d'un nouvel Empereur, le landgrave avait déjà confié à Villeroi ce que « certaines rumeurs » lui avaient appris qu'à la cour de Prague, on songeait à l'archiduc Albert, et qu'on le préférerait à Mathias et à Maximilien. Mais, avait-il ajouté, il semble aisé de faire comprendre aux princes allemands que, s'ils font la faute d'élire encore un membre de la Maison d'Auriche, jamais ils ne verront la fin de leurs difficultés, qui deviendraient de jour en jour plus inextricables. « Maurice dit aussi au roi qu'à coup sûr l'Électeur de Cologne voterait pour Albert; qu'il savait de bonne source que ce prince cherchait à recruter pour lui les voix des Électeurs ecclésiastiques, et qu'il était très important que Sa Majesté fit tous ses efforts pour écarter l'archiduc. « Plusieurs princes, » insinua-t-il « sont bien disposés pour le roi de France. » Henri nia d'abord toute pensée d'ambition; mais peu à peu, il sembla se réconcilier avec la perspective que lui ouvrait le landgrave. Maurice lui conseilla d'envoyer une ambassade à tous les Electeurs pour les détourner d'élire un prince de la Maison d'Autriche. Henri promit de soutenir les princes allemands en toutes choses, pourvu qu'ils se missent d'accord sur la religion. En même temps, il protesta de son attachement pour le Calvinisme, et dit qu'il ne mourrait pas avant d'avoir déclaré publiquement son sentiment. Ayant demandé si la Maison de Bavière pouvait être gagnée, si elle avait des attaches à l'Autriche et si elle ambitionnait la couronne, Maurice lui répondit que, pour sa part, il le tenait pour certain; que, quanta la manière de la gagner, les princes protestants n'en connaissaient aucune; qu'ils ne pouvaient rien faire, et que ce devait être l'aHaire de la France.

Cependant Henri hésitait encore à se poser en prétendant. Il n'était pas éloigné de favoriser l'élection du duc Maximilien de Bavière, qui eût augmenté l'inimitié des maisons de Habsbourg et de Wittelsbacli, afi'aibli l'Empire et les Catholiques et fortifié le parti protestant. Il chargea le landgrave de travailler auprès des Électeurs protestants pour Maximilien, et promit de l'aider de tout son pouvoir. Maurice, qui regardait Henri IV comme le souveraiu

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