MAURICE DE IIESSE-CASSEL RECHERCHE L ALLIANCE DE LA IP.ANCE
arbitre des intérêts de rAlIemagne, mandait à un ambassadeur palatin« que tout le désir du roi de France était que la dignité impériale fût transférée à la -Maison de Bavière; qu'il ne changerait point de politique, et qu'il désirait fort voir se conclure le plus tôt possible rUnion protestante depuis si longtemps attendue^ ».
Avant que Maurice, très satisfait du résultat de son vovaije, fût reparti pour lAlleinagne, il reçut du roi une marque de faveur dont il se montra très glorieux. Henri, le 20 octobre 1(502, le nomma général en chef des troupes allemandes à la solde delà France, et lui assura de plus, en temps de guerre comme en temps de paix, une pension de 36,000 livres -. Maurice avait sollicité ce commandement, écrivait le roi le 27 octobre à Bongars, etil le lui avait confié dans l'espoir de se l'attacher davantage. En l'etour, le landgrave s'était engagé à veiller « lidèlement et consciencieusement » à tous ses intérêts d'outre-Rhin.
Le roi regardait PUnion prolestante comme très utile aux intérêts français , aussi pressait-il Maurice de travailler à sa conclusion, l'assurant qu'il soutiendrait de tout son pouvoir ses bons amis d'Allemagne, surtout l'Électeur palatin et le margrave d'Ansbach ■'.
La première chose à faire, selon lui, c'était d'empêcher que l'administrateur protestant de Strasbourg ne fût complètement supplanté par le cardinal Charles de Lorraine ^. Heiu'i promettait de soutenir l'administrateur, mais à la condition que les princes allemands s'engageassent à l'y aider. Il comptait aussi pour cette affaire sur l'appui des États Généraux. « Ce qui importe avant tout dans la question do Strasbourg, » écrivait le prince Christian d'Anhalt, « c'est de bien établir que les membres d'Empire évangéliques ont tout autant de droits aux évêchés que les papis'es -K »
Le 5 décembre 1602, Maurice pressa vivement l'Électeur palatin et les autres princes protestants de prendre une résolution énergique, et de déclarer hautement, à la Diète qui allait s'ouvrir, « qu'aussi longtemps que l'atiaire de Strasbourg ne serait pas réglée dans le sens où l'entendaient les Protestants, » il serait impossible de consentir ou de payer« aucune contribution ancienne ou nouvelle, contestée ou déjà accordée », quand bien même le plus extrême péril serait allégué. Maurice insistait également pour que l'Union fût
^ Voy. les notes ccrilcs par le landgrave sur ses négociations, dans Ro-m.mel, Xeuere Gesch., t. III, pp. 4o'J-467. Voy. aussi Ritter, Gesch. der Union, t. I, p. 278, note 2.
- Ro.MMZL, Neuere Gesch., t. III, p. 266.
3 Ritter, Briefe und Acten, t. l, pp. 33o-334.
* Voy. plus haut, p. i23.
* Ritter, Briefe und Acten, t. I, pp. 337-341.
iOO NOUVKLLES TKNTATIVES POUR l'ûRGAMSATION DE l'uMO.X. 1602.
enfin conclue. Il conseillait aux princes de faire connaitre leurrésolution au roi de France, d'entrer en négociation avecles États Génél'aux, de solliciler, dans le plus grand secret, le secours de TAngleterrc et de l'Ecosse, enfin de s'efforcer de gagner le Danemark. Si Strasbourg devenait un prétexte de guej-re, il faudrait, disait-il. s'efforcer d'obtenir des Etats Généraux une armée de secours et s'emparer des places fortes de la frontière française. La guerre, selon lui, ne devait pas être conduite dans l'évêché même, mais plutôt dirigée vers la Lorraine K
Au sujet de Strasbourg, Henri IV ne tint pas la promesse qu'il avait faite au landgrave. Avant tout]préoccupé de ses intérêts, il se rapprocha de Charles de Lorraine 2. Ce que le duc de Wurtemberg écrivait le 8 janvier 1603 sur le caractère des Français trouva donc une fois de plus son application : « Ils sont mobiles et inconstants comme le vent, mais lorsqu'on leur a promis et accordé quelque chose, ils veulent que cela soit tenu aussitôt^ et exécuté de point en point ^. »
En février i603, on tenta de nouveau, à Heidelberg, d'organiser l'Union, mais sans y réussir, à cause de la jalousie et delà méfiance qui existaient entre les palatins et Maurice ^. L'Électeur Frédéric et Henri l'y étaient en relations tendues depuis que Frédéric avait pris parti pour son beau-frère, le duc de Bouillon, lequel avait conspiré contre le roi ■'. Frédéric fit savoir à l'Einpereur, par l'entremise de Christian d'Anhalt, qu'il ignorait totalement ce qui s'était tramé en France relativement à Strasbourg, et qu'il ne serait pas surpris que les hommes d'État français n'eussent des vues sur l'Alsace et sur l'Empire f'.
L'Electeur avait alors de bonnes raisons pour feindre de se rapprocher de l'Empereur. A la suite d'excès de toute sorte, il était continuellement malade; sa vie était menacée. Son fils n'avait que six ans, et la régence, conformément à la Bulle d'Or et à la tradition, devait revenir au comte palatin Philippe-Louis de Neubourg. Or ce prince était un zélé luthérien, aussi pouvait-on craindre que, dans l'intérêt de sa foi, le tuteur ne se comportât envers son pupille Jean de la même manière qu'autrefois Casimir envers son neveu. Casimir avait contraint son pupille luthérien, et avec
1 Ritter, Briefe und Aden, tome I, pp. 337-3il. ' Ritter, Gesch. der Unijii, t. I, pp. iSl et suiv. 3 Ritter, Briefe und Aden, t. I, p. 3ol, n° 279. * Ritter, Briefe und Aden, t. I, pp. 360 -Sßo. ■> Ritter, Gesch. der Union, t. II, pp. 7-16.
^ Instruction de Frédéric IV pour Cliristiau, S mar.î 1603. Voy. Ritter, Briefe und Aden, t. I, pp. 377-378.
NOUVELLES TENTATIVES POUR L'ORGANISATION DE l'lNION. 1602. ]9i
lui tout lÉlectorat, à embrasser le Calvinisme ; sous Philippe, linverse pouvait arriver. Pour prévenir ce revirement, Frédéric, dans un testament daté du mois de décembre 1602. avait donné de nouveaux tuteurs à son fils, et pour obtenir de l'Empereur la sanction de ce testament, il lui offrait, au lieu des contributions en argent qu'il n'avaitpas encore fournies, une armée toute prête à combattre, lui promettant aussi de soutenir ses intérêts à la Diète lorsqu'il serait question des impôts. Mais, « suivant l'usage, ce n'étaient là que paroles en l'air ^ ».
' RiTTEB, Gesch. der Union, t. II, pp. i7 et suiv. Stieve, t. II, pp. .580 et suiy.