CAMSILS SUR LA SITUATION RELIGIEUSE
sonnées des sectaires me causent une vive douleur, car le clergé lui-même n'est pas à l'abri du poison de l'hérésie. Comme un roseau agité par le vent se penche va et là, beaucoup de nos prêtres déclarent n'èlre pas bien certains de ce qu'ils croient, et ne pas savoir à «juel parti s'allacher. Voici quel est, en général, l'état d'esprit des Catholifjues : Ils trouvent sulüsant d'adhérer de cœur aux principaux articles de la foi, et n'accordent que peu ou point d'attention à l'ûb-servance des commandements de l'Eglise, à l'autorité du Pape, à l'acceptation de beaucoup de points de doctrine qu'ils nomment traditions humaines et que les hérétiques ont eu l'art de leur l'aire délester. Je ne parle pas du vice horrible de l'usure, très en Usage parmi nous, et que des lois nouvelles ont encore fortifié. Je ne veux rien dire non plus de la luxure publique, qui est passée dans les mœurs, et qui est devenue la compagne inséparable des continuelles orgies de nos Allemands. »
Dans un pareil état de choses, Ganisius supplie son supérieur de ne jamais south-ir qu'aucun jésuite, à moins d'une permission spéciale, entreprenne de diriger la conscience d'un évêque ou d'un archevêque. « Très p^u de médecins, » dit-il, « sont propres à guérir de tels malades ; très peu peuvent se flatter d'être assez habiles pour obtenir d'eux un conduite plus régulière. Conduire les consciences des prélats constitue pour notre Compagnie un très grave péril; il y a plus de dommage que de fruits à retirer de ce ministère; si nos Itères exigent de leurs pénitents ce qu'ils doivent exiger, ils se feront détester. Que si l'occasion s'offre à eux de s'entretenir avec les prélats en dehors de' la confession, il faut qu'auparavant ils aient soin de prendre conseil de leurs supérieurs. » Avant tout, Ganisius supplie, insiste pour qu'on recommande aux évêques de faire tout leur possible pour fonder des séminaires dans leurs diocèses, ou du moins pour en établir aussitôt que possible dans une Université Catholique ». « Sans de bons séminaires, les évêques ne parviendront jamais à remédier au mal actuel : le manque de prêtres est cause que continuellement on est obligé de tolérer des pasteurs indignes et de mœurs détestables, parce qu'on est dans l'impossibilité d'en mettre de meilleurs à leur place. C'est ainsi que les évêques, par la force des choses, réchauffent des serpents dans leur sein, et sont incapables, soit par autrui, soit par eux'inêmes, d'empêcher les âmes de se perdre *. »
' * Minutio Minucci déplore aussi le manque de prêtres, dans son mémoire sur l'état de l'Eçlise Catholique en Allemagne (1588). ♦* Xuntialurberichten, t. III, l, pp. 700-765. Sur la dépravation des chanoines allemands à cette époque, voy. aussi pp. 750, 752, 755.