ASSOCIATIONS D ÉTUDIANTS DANS LES ECOLES DES JÉSUITES
employa à l'entretien d'étudiants sans fortune *. Peu à peu, on établit, dans presque tous les collèges de Jésuites, des internats pour les séminaristes pauvres.
Mais ce qui parle le plus éloquemment en faveur des fils de saint Ignace, c'est la côntiance que de tout temps les parents leur témoignèrent.
Un discours latin, adressé par un Père de DiUingen aux étudiants du collège de la ville (lo64), caractérise bien l'esprit, la méthode d'enseignement et d'éducation des Pères. Nous y lisons: « Ceux qui s'imaginent bien faire en séparant l'étude des langues de !a pratique de la religion, l'éloquence de la sagesse, les sciences philosophiques de la morale, attirent les plus grandes calamités sur la société chrétienne. Aussi considérons-nous comme de notre devoir de faire tous nos efforts, comme il convient à do fidèles initiateurs à la vertu chrétienne, de consacrer nos labeurs, notre zèle, toute notre vie, au maintien de la pure doctrine, à l'éducation de la jeunesse, à la pureté des mœurs, unissant constamment la science à la vertu, excitant de tout notre pouvoir dans l'àme de nos élèves l'ardeur de s'instruire à la fois dans les sciences divines et humaines. » « Dès leurs premières années d'étude, nos élèves s'exercent en même temps à bien apprendre età bien vivre,afinde devenir un jourd'utiles serviteurs de la patrie et de TEglise, et, ce qui doit primer tout, afin de vivre bons et heureux, pour réternellc gloire de Jésus-Christ 2.»
Les congrégations d'étudiants, fondées et fortement organisées par les Jésuites, prirent rapidement une grande extension. Ces congrégations avaient pour but de fortifier et d'unir dans les àmes l'esprit de foi, le zèle charitable et l'amour de la morale chrétienne. Piéunis sous la bannière de la sainte Vierge, « les étudiants devaient s'adonner aux sciences, s'appliquer à progresser dans la vertu et la piété, entretenir entre eux une cordialité joyeuse et toute fraternelle, fuir les mauvaises sociétés, et tout excès de boisson ». Le règlement de la congrégation prescrivait aussi tout particulièrement la visite des associés malades, leur soulagement spirituel et corporel. Issues des congrégations de la sainte Vierge, en cons-
1 Agricola, t. I, pp. 58-39, 138, 130, 3ÎC, S.vccniNCS, Vita Canisii, p. 164. Yoy. ZiER>GiEBL, pp. 273, 279, 280, 288, 294, 298. Pour Golo-ne, voy. REirFE>BERü, p. 73, notes c et d. Pour Pruntrut, Agricola, t. II, p. 315. ** Pour Ingolstadt, PuANTL, Geschichte der Ladwi(j-Ma.ciinilians Uniuersiiai (Munich, 1872), t. Ii pp. 332 et suiv. Pour Wurzbourij, Bkaln, IleranbildaïKj der Cleriis, pp. 145 et
2 Haut, Gesch. der Slmlienanslalt Dilliiigen (DiUingen, 1864), voy. pp. 36, 39 Hattler, Jacob Rem, p. 37. Nous consacrerons dans notre septième volume un chapitre particulier à l'organisation intci'ieure des écoles et au programme des éludes.
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tante union avec elles, on vit se développer, à partir de 1569, ce que l'on appela les académies, réunions destinées à donner aux élèves les mieux doués l'occasion et le goût d'un développement scientifique plus relové. « Sous le nom d'académies, » lit-on dans le plan d'études tracé par les Pères pour ces associations, « nous entendons la réunion des étudiants les plus avancés de nos collèges, réunions présidées par l'uu de nos Pères, et qui aident singulièrement nos jeunes gens à faire de rapides progrès dans leurs études *. »
En Allemagne; les congrégations de la sainte Vierge s'établirent en premier lieu à Cologne; François Koster, professeur au collège des Jésuites, en fut le fondateur -. Plus tard, ce même Père donna aux membres de la congrégation des règles excellentes sur la manière de traiter avec les hérétiques. L'idée d'encourager un prosé- Ivtisme ardent était bien loin de son esprit. « Les sectaires, » écrivait-il, « proposent constamment de nouvelles doctrines d'erreur; il faut, avec eux, selon le précepte de saint Paul et l'opinion universelle de tous les docteurs de l'Église, ne pas se commettre beaucoup, mais plutôt se retirer de leur compagnie. S'ils mettent sur le tapis un point controversé, il faut leur répondre courtementet simplement; leur orgueil a coutume de tout dénaturer, et ils ne se laisscntpas aisément convaincre. » « Quant aux injures et malédictions qu'ils ont Fhabitude de proférer contre nous, le mieux est de fairela sourdebreille; car de même que celui qui)i'apoint de bonnes raisons à donner à son juge pour défendre une cause mauvaise s'emporte, crie, tempête, de même l'hérétique, désespérant de nous prouver quil a raison, a recours aux injures, et passe vite d'une dispute réglée aune querelle de mots; mais il ne faut attacher aucune importance à tout ce qu'il débite ; il faut le plaindre, plutôt, traiter avec lui avec affabilité et cordialité, et prier pour lui 3. » A Cologne, la nouvelle « confrérie », dans laquelle des hommes faits, de hauts per-
* Inslituium Societatis Jesu, t. II, p. 542. Pour plus de détails sur l'origine et le développement des congrégations , voy. Niedereger, pp. 3-36. Voy. aussi ZiRNGiEBL, pp. 47-49. « Jeunes et vieux, grands seigneurs et petites gens, savants et ignorants, se faisaient recevoir dans ces associations; princes et comtes, simples prêtres ou prélats, patrons et ouvrie rs, professeurs et gens de lettres tenaient à honneur d'en faire partie. » Les Jésuites fondèrent aussi des congrégations pour les femmes et les jeunes filles. ** Je ne suis pas en état de prouver cette assertion par des exemples. Svoboda a traité à fond le sujet de la réforme catholique et des congrégations de la Sainte Vierge en Bohème, et a publié sur ce sujet de curieux documents. Voy. Svoboda (S. J.), 'Kalolickà reformace a marianska Drucina v. Kraloustvi Ceskcin Caskam (Brunn, 1889).
- NiEDEREGKR, p. 20. ** Vov. Nufitia turbericMe, t. III, I, p. 137.
^ Enchiridion controversiaruni fur die Congrcganisicn (1G08), pp. 32-"4. Sur les rapports avec les hérétiques, voy. pp. 35-36.
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sonnages et de petites gens, des prêtres, des laïques de toute condition ne tardèrent pas à entrer, prit un très grand développement; le nombre des étudiants qui en faisaient partie se montait, en 1588, à 2oO i.
Une seconde académie se fonda à Wurzbourg en loTorTévêque, les maîtres de l'Université, un grand nombre de prêtres et de laïques s'y firent admettre. Trois autres congrégations delà sainte Vierge se formèrent dans les cinq écoles d'enseignement secondaire, et parmi la bourgeoisie 2. La « ligue de Marie », fondée en lo77 au collège des Jésuites de Munich, comptait parmi ses membres le nonce Barthélemi de Portia, plusieurs Abbés bénédictins, des conseillers du duc, et le duc Guillaume lui-même; son fils, Maximilien, en fut longtemps président, y reçut son frère, et trois princes de Bade. En 1o64, Maximilien futnommé président de toutes les congrégations d'Allemagne. Une bulle du Pape, datée du o décembre lo8i, donna une forme définitive à cette belle œuvre 3. A Ingolstadt, la ligue de Marie était particulièrement florissante. Le Père Jacques Rem en était l'àme; ce Père avait voué sa vie à l'éducation de la jeunesse des séminaires; pendant quarante ans, il se dévoua à cette tâche avec un zèle infatigable, et les étudiants le vénéraient comme un saint ^ L'archiduc Ferdinand de Styrie, plus tard Empereur, fit longtemps partie de la cong-rég-ation, et se distingua par son zèle et sa piété pendant qu'il faisait ses études à Ingolstadt. En 1554, le vendredi saint il prit part, avec ses condisciples, à la procession publique; lui et les princes de Bavière, Philippe, Ferdinand et Albert, portèrent tour à tour la croix, revêtus, tous quatre, du manteau bleu de la congrégation -*. Dans la congrégation de Dillingen où, dès 1580, deux cents étudiants s'étaient fait inscrire, les associés, conduits par un prince, trois comtes et treize barons, se rendirent, pendant le carnaval, à l'hôpital de la ville, lavèrent les pieds des malades, et firent un présent à chacun d'eux •'. A Innsbruck, les membres de la congrégation (fondée en 1578), organisèrent pendant le carnaval des pèlerinages qui excitèrent l'étonnement général'. Au collège des Jésuites de Gractz, à côté de la con-
' Litterœ annuœ ad a. i588, p. 160.
* Gropp, Wirtzburgische Chronik, t. I, pp. 300.
»NiEDEREGER, pp. 26, 29, 31, 47-50.
< Pour plus de détails, vov. Hattler, Rem, t. III, pp. 53, lOo, liS, 151, 192, 221, 309.
'■> Agricola, t. II, pp. 17-78.
^ Hattler, Rem., p. 71. Flotto, p. 283. Sur une procession pénitentiaire des congréganistes d'Ingolstadt pendant le carnaval de 1S92, voy. Agricola, t. II, pp. 39-40.
' ** HiRX, t. I, p. 27 i.