APOSTOLAT DES « GERMAXIQDES » EX ALLEMAGNE
peau de ces misérables. Ils persuadent de nouveau le peuple simple et crédule de revenir au papisme maudit ^ »
L'Eichsfeld et les vilies dErlurt.dAshatfenbourg, de Mayence, de Goblentz. de Cologne, de Trêves, de "VS'urzbourg. de Spire, d'autres encore, devinrent le théâtre du zèle des « Germaniques - ». Les persécutions ne faisaient qu'augmenter leur ardeur. A Erfurt, les prêtres dont la conduite élait scandaleuse excitaient la haine populaire contre El^rarJ. l'un des plus fervents d'entre eux. « Je m'étonne, » avouait EU'ard à un cardinal. «. que dans ces contrées il y ait encore un seul catholique, tant il y a peu de prêtres dignes du sacerdoce ^. » Malgré les attaques violentes auxquelles il était en butte, Elgard persévéra, et son apostolat fut béni. Dans l'Eichsffld. où l'archevêque de Mayence, DanielBrendel, se fondant sur le droit de réforme que lui reconnaissait la loi comme prince souverain, avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour la restauration du culte catholique, la tâche était ardue, à cause du manque de prêtres, ä 11 faut une véritable abnégation, » écrivait Christophe Weilhammer à ses anciens condisciples du Collège romain, « pour se hâter, les dimanches et jours de fête, de courir à jeun, quelque temps qu'il fasse, par la chaleur, le froid, le vent, la pluie et la neige, dans trois ou quatre îûcâïités différentes, prêcher jusqu'à s'enrouer et ne récolter pour sa peine que des injures. Si. dans la paisible existence que vous vous est faite vous vous efforcez d'acquérir la patience, vous ne savez pourtant pas encore ce que c'est. » « Reconnaissez votre bonheur, » écrivait un autre à ses condisciples; « vous habitez presque le ciel; si nous avions en Allemagne des couvents où l'on put se former à la piété comme chez vous, l'Allemagne serait heureuse, j» Cn troisième, qui avait appris, à Rome, la manière de se préparer à l'apostolat, mais aussi à l'ignominie et à la persécution, encourageait comme il suit les Germaniques ses frères : « Une rude tâche vous est préparée si votre champ de labeur doit être l'Allemagne: mais vous aurez aussi de grandes consolations. L'un des nôtres a été mortellement blessé par une lourde pierre tandis qu'il portait le Saint-Sacrement à un malade ; il voit approcher sa délivrance le cœur rempli de joie. Beaucoup de nos condisciples ont payé de leur vie leur charité envers les pestiférés ; voilà ce qui s'appelle porter vraiment des fruits dans
« Wôlje im Schafspellz, î. 6.
- CoRDARA, pp. 110-147. ** Brao-, HcranhUdang des Clerns, pp. 122 et suiv. Richter. Gesch. der Paderborner Jesuiten (Paderborn, 1892 , t. I, p. 26. Sur les Germaniques dans le Tyrol. Voy. Huts, 1. 1, p. 217.
* CORDARA, p. 108.
ZELE CHARITABLE DES JÉSUITES. gl21
le Christ Notre Seigneur * !» A Duderstadt, où l'opposition protestante était particulièrement violente. Weinreich, ancien élève du Collège romain, soignait nuit et jour les pestiférés ; il finit parêtreluimême atteint par le fléau, et périt victime de son zèle; d'autres lui succédèrent. C'est grâce à la charité persévérante des Germaniques auprès des malades que six villages de TEichsfeld revinrent à rÉglise -. « Les messagers du démon, » disait amèrement un prédicant, « s'empressent de courir dans les chaumières, portant des vivres sou? leur manteau; beaucoup sont à l'œuvre dans TEichsfeld et les pays de Fulde, et par ces faux dehors, ils ont l'art de ramener le commun peuple â leur doctrine trompeuse ^. 3) A Duderstadt, un habitant de la ville lança un jour une pierre à la tête du germanique Herz pendant que celui-ci célébrait le saint sacrifice. A Deune. où le germanique Luc Maurer avait pris possession du presbytère à la place d un prédicant déposé, le peuple s'attroupa, pilla le presbytère, et blessa grièvement le curé' .
Les Jésuites aussi bien que leurs élèves s'étaient fait les infirmiers, les consolateurs des malades, des prisonniers, des pauvres, et leur apostolat était fécond « Lorsque nous servons les déshérités, les souffrants, ceux qui sont abandonnés de tous, n'oublions jamais, » répétait Canisius à ses religieux, « que nous servons le Christ lui-même, ainsi que l'Évangile nous l'enseigne. » C'est dans cet esprit que Canisius, en loC2, servit les pestiférés d'Augsbourg, assisté de deux autres jésuites ^. Pendant l'épidémie de Trêves, six jésuites rivalisèrent de zèle au chevet des malades. Lorsqu'en lo«J7 la peste éclata avec plus de violence encore, cinq Pères, atteints par le fléau, périrent victimes de leur charité. Deux autres eurent le même sort en 1586 ^. Tandis que, pendant les années d'épidémie (entre 1564 et loSij, la plupart des prêtres dlnnsbrùck et de Wilten prenaient la fuite comme tant d'autres, les Jésuites restèrent dans la ville, visitant les lazarets, prodiguant aux victimes du fléau les consolations de la religion, non sans récolter des fruits abondants
* CJlè dans Willemsen, Erinnerungen an Ram, pp. £2-2*. Voy. Cobuara, p. !02.
- CORDARA, pp. iO4-J0T.
* Wolje im Schaßpelis, f. 7.
* Heppe, Resiauraiinn, pp. 102-103.
* Agiugola, t. I, p. 76.
* Stramberg, Metrop. Eccl. Trevir.. t. D, p 269. Ai^egamba, pp. 80-85.
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de conversion, comme ratloslc, en les louant, le compte rendu de leur année, conservé dans les archivesdes Jésuites '.Pendant la peste de Cologne (UJO^), huit Pères et huit frères convers se consacrèrent au service des malades. Un irère fut victime du lléau ^- « Tout le temps qu'a duré l'épidémie, » lit-on dans une chronique de Ilali, « messieurs les Jésuites se sont signalés par leur dévouement au chevet des malades, eur prodiguant leurs consolations, et tous les secours spirituels et temporels. Un Père de Souabc et deux Pères de Bavière sont morts victimes de leur charité pour le prochain ^ ». A Constance, neuf Pères et sept frères convers se dévouèrent aux pestiférés. Deux d'entre eux étaient venus de leur propre mouvement s'offrir pour soigner les malades. Le premier était Jacques Slitz, qui, au début du fléau, se trouvait à Horb, en Souabe, et écrivait de là au recteur du collège de Constance : « Que je serais heureux si je pouvais être à plusieurs endroits à la fois, ou plutôt partout où la peste exerce ses ravages! Si Dieu me donnait, non seulement de me dévouer mais de mourir au service des pauvres pestiférés, je le regarderais comme le plus grand bonheur qui puisse m'arriver. Soyez convaincu, mon Piévérend Père, que tout genre de mort, tout péril, je le considérerai comme un insigne bienfait de Dieu, car dans la milice où nous nous sommes engagés sous la bannière du Christ, notre règlement porte que jamais nous ne devons laisser le prochain dans le péril et dans l'abandon sans courir à son secours. Penser autrement, agir autrement, serait oublier les exemples que nous ont donnés nos Pères. » Après douze jours d'un incessant dévouement au chevet des pestiférés, pour l'entretien desquels il récoltait des aumônes, Stitz fut atteint de la peste, et tomba frappé du iïéau comme un soldat chrétien sur le champ de bataille. Un autre Père, victime comme lui de sa charité pour ses frères, Castulus Agricola, avait instamment supplié qu'on lui permît de venir à Constance : « Quel obstacle pourrait nous arrêter? » avait-il écrit au recteur du collège de cette ville ; « vcnuspourplaireàDieu, avecuneintention pure, quelbonheur pour nous si la mort nous atteignait au service du prochain ^! » Cette mort héroïque fut le partage, en l'espace d'un mois, du Père Christophe Gebhard et de trois frères convers. Entraînés par leur exemple, beaucoup d'habitants de la ville vinrent s'offrir pour servir les malades. « Les ennemis que les Jésuites ont à Constance, »
' **HiRN, t. I, p. 233.
- Reiffenberc!, pp. 41G et suiv.
' Slnnaciier, Zaïn Jahre jGii, t. VIII, p. 153.
* Kropf, t. I, pp.C-8. Lettres de l'année 1611. Aleo.vmbe, pp. 'G6-168.