‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 115 sur 573 · ZELE CHARITABLE DES JESUITES · texte numérisé non relu

ZELE CHARITABLE DES JESUITES

écrivait à cotte date le prédicant Henri Lauber^ « ne peuvent nier qu'au temps de la contagion, quand tout le monde avait presque perdu Tesprit, lorsque tous les cœurs étaient en proie à l'épouvante, les Pères se sont offerts courageusement pour secourir les misérables, en quoi il faut les louer, bien qu'en dehors do cela on fasse bien de les combattre *, »

Pendantles épidémies, à Linz,àCoblentz, à Heiligenstadt, à Worms, à \yurzbourg, à Vienne, à Prague, à Brunn, les Pères firent preuve du même généreux dévouement. Jusqu'au commencement de la guerre de Trente ans, les registres de leur ordre portent les noms des victimes du fléau, désignent les lieux, Tannée de la mort de 121 Jésuites « auxquels il a été donné de mourir au service des pestiférés avec un dévouement conforme à leur vocation'- ». « Les magistrats, les corps civils sont unanimes à les louer. » « Ce sont, » répètent-ils, « d'infatigables infirmiers, pleins d'une sollicitude toute paternelle pour ceux qui souffrent. » « En vérité, » écrit en iü97 le conseil de Lucerne, « on ne saurait penser à leur dévouement sans sentir monter à ses yeux des larmes de reconnaissance ^ ^». D'Innsbrück, où trois Pères, parmi lesquels Gaspard Melchior de Kestlarn, tombèrent victimes du fléau, le bourgmestre écrivait au princeévêque de Brixen : « Pondant la contagion dont nous avons été affligés, le P. Kestlarn nous a donné beaucoup de joie et de consolation par sa ferveur, et aussi par son assistance chevaleresque et fidèle 4. »

Les Jésuites prodiguaient aussi leurs soins aux pauvres et aux prisonniers. En temps de guerre, ils se faisaient aumoniersde campagne, surtout pendant les expéditions contre les Turcs. « Partout, ^) remarquent à ce sujet leurs adversaires,« les Jésuites ont l'art de se nicher. Dans les chaires, ils séduisent les populations et les ramènent à l'idolâtrie ; dans les écoles, ils sacrifient la pauvre jeunesse à Moloch ; ils renient le Christ dans leurs écrits ; ils entraînent les chrétiens dans des complots sanguinaires ; ils se glissent dans nos maisons, attachent à eux de hauts personnages, distribuent du pain,

* Von Werken christlicher Barmherzigkeit (1612), f. 9 b.

' On trouvera tous les documents à l'appui dans Alegambe; dans Agricola, dans Kropf, Flotto, Schmidt, Socher et dans les Litterae annuse. On y verra que le zèle des Jésuites, comme on l'a prétendu, ne s'exerça pas uniquement dans les premiers temps de leur apostolat en Allemagne, comme s'ils eussent voulu seulement pousser de fortes racines dans le sol. Qu'on examine encore les documentsdonnés par Alegambe sur Vienne, en 1597, 1606, 1613,1617 et 1618, pp. 98 1 232. 233, les Litterae annuse de 1606, pp. 466 et suiv., de 1613 et 1614, p. 11, et Tanner, S. J. Apostol. Imitatrix, p. 448.

' Giftige Anklagen wider den Orden der Gesellschaft Jhesu (1604), p. 9.

* 8 avril 1612. Slnnacher, t. YIII, pp. 150-152. Voy. Kropf, t. I, p. 11.

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desalimenls dans la classe indigente pour la séduire; ils gagnent les geôliers, les prisonniers, et s'efForcent, dans les camps, de décider les soldats, par leurs arlilices magiques, à prendre part à leurs sornettes idolâtres ; iissont altérés du sang dcsÉvangéliques. En un mot, là où il y a quelque chose à capter, à soutirer, tu rencontreras à chaque occasion, sous chaque habit, un Jésuite ^ » Le Général de l'ordre, François deMendoza,|rérutanlles calomnies dont les Pères étaient l'objet, écrivait à l'évêque de Paderborn : « Les Jésuites cherchent à empêcher les soldats de jurer et de blasphémer; ils les détournent autant qu'ils le peuvent du pillage et du vol ; leurs remontrances empêchent beaucoup de crimes ; ils visitent assidûment les malades, assistent les blessés. C'est grâce à leurs humbles supplicationsque bien souvent des villes prises d'assaut ont été incomparablement plus doucement traitées par les soldats en furie qu'elles ne l'eussent élé sans leur intervention 2. » En 1595,Canisius, qui prétendaitalorsn'êtreplus qu'un pauvre vieillard inutile, exhortait les jeunes religieux, dans une lettre datée de Fribourg, à visiter assidûment les malades pendant la campagne turqueàlaquellc ilsallaient prendre pari: « Je me réjouis de tout cœur, » écrivait-il le 8 octobre de cette année à un jeune religieux nommé Michel Eber, alors àDillingen, « d'apprendre que les nôtres sont arrivés bien portants en Transylvanie; au milieu des soldats, ils ont unemagnifiqueoccasion d'exercer la vertu, surtout la patience, qu'il s'agisse delà nourriture, du coucher ou du gîte. Ce n'est pas pour leur avantage, c'est pour celui des autres qu'ils travaillent jour et nuit.Ilsportentsur eux tout leur avoir et tout leur trésor; ils se préoccupent peu du lendemain. Pour prix de leur charité, ils récoltent souvent l'injure, et pourtant ils ne cessent de prodiguer leurs bienfaits à ceux qui îescalomnient. Aussi sommes-nous bien fondés à dire qu'une école de philosophie et de vertu chrétienne s'ouvre en ce moment pour nous dans les camps. Apprenons à aimer Jésus-Christ dans ces pauvres gens, qui trop souvent sont ennemis de sa croix. Regardons comme une grande faveur d'être employés à leur service et d'être pour eux exposés aux balles et aux glaives des Turcs. Malheureusement, mon âge ne me permet pas d'être envoyé à cette moisson riche et lointaine, et de me joindre à ceux des nôtres qui combattent dans les guerres hongroises. » Cauisius encourageait les jeunes religieux à solliciter leur départ pour la Hongrie , alin de prouver ainsi

' \Yolfe im Schaf spelfc, f. 3.

- Stru.\ck, t. III, p. CÜ2. Reiffenberg, p. 331. Sur le zèle des Jésuites pendant la guerre turque par l'archiduc Mathias, voy. Litfcrae annuae ad a. j6oi, pp. 685 et suiv.

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