NOUVELLE VIE UA.XS LES ANCIENS ORDRES RELIGIEUX
qu'ils avaient recueilli quelques fruits de leurs longues années d'études*.
Une vie nouvelle, stimulée par la nécessité de lutter sans trêve contre le Protestantisme, se manifestait aussi dans les anciens ordres. Durant les six premières années de la scission religieuse, les Dominicains et les Fi'anciscains avaient été les premiers à combattre les idées nouvelles, aussi bien dans le domaine littéraire et scientifique que dans le domaine religieux. En Bavière et en Franconie, vers la tin du siècle, le nonce Félicien Ninguarda, dominicain, travailla avec succès à la réforme des monastères -. « Ce saint religieux s'était dévoué à cette tâche avec un admirable zèle, n'épargnant ni temps, ni santé, ni peines. Accoutumé à un autre ciel, à un climat plus doux, il ne se laissa jamais détourner de son but par la rude température du nord. L'hiver, par les plus mauvais temps, il allait d'abbaye en abbaye, de diocèse en diocèse; » à des maux qui semblaient incurables il appliquait des remèdes énergiques, châtiait les coupables, publiait des ordonnances, signalait les abus, déposait les indignes, insistait pour la mise en vigueur des décrets du Concile de Trente ^. La Bavière doit beaucoup à son zèle, et l'on y vit bientôt refleurir en une ferveur nouvelle. Les écoles des Pères Jésuites étaient remplies de religieux de différents ordres.
' * Une copie de cette lettre est conservée au collèçe des Jésuites d'Exacten. Epuisé physiquement, Cauisius voulut du moins aider par un pieux livre les soldats allemands. En 1590, par conséquent peu de temps avant sa mort, il fit paraître à Fribourg son Miroir des soldats {Kriegsleut Spiegrel). C'est une histoire populaire de la vie de saint Maurice et de ses compagnons, « destiné à encourager tous les pieux chrétiens, mais particulièrement les généraux, les capitaines, les supérieurs et les simples soldats, à combattre comme de bons chevaliers l'Ennemi du Christ. Voy. RiEss, pp. 487-4S8. Sur les diverses éditions de cet écrit, voy. de Bäcker, t. I, p. 1051.
' D'après la liste dressée par Ouétif et Echard [Scriptt. Ord, Praedicatorum. Lutetiae Parisiorum, 1719-1721, t, II, pp. 938-959), trente-cinej dominicains allemands et hollandais réfutèrent les erreurs protestantes dans des ouvrages de controverse à dater de la révolte de Luther jusqu'au commencement de la guerre de Trente ans. Ce chiffre est encore loin de la vérité. ** Il y manque, entre autres, le nom du convers Barthelemi Kleindiensl, dont l'Exhortation à mes bien-aimés Al. leniands,\>\ih\\èe. en lo60,off're le plus grand intérêt. Voy. Hist. pol. Blätter (1892). t. CIX, pp. 485 et suiv.. 493 et suiv., puis t. CV, cahiers I et II, sur le dominicain Ambroise Pelargus et son apostolat. Disons pour compléter l'intéressant article de N. Paulus, que Pelargus, d'après le nécrologe des archives de l'ordre, conservé au couvent de Francfort, mourut le »juillet 1561. Voy. Koch, Das Dominikanerkloster zu Frankfurt am Main (Fribourg, 1892), pp. 124, 1,34.
* Voy. le curieux travail de Schlecht, intitulé : F. Niguarda und seine Visitationsthatijkeit im Eiclislättiscken.
226 nouvkm.p: vir dans lf.s anciens ordres religieux.
A Dillingen,par cxomplo.il n'était pas rare que leur nombre s'élevât tous les ans à 100 ot même à 150. !"]n KJ81,les Abbés et prévôts des prieurés bénédictins, prémontrés, cisterciens, ainsique les chanoines de saint Augustin, n'solurent de fonder à Ingolstadt un séminaire spécial pour les religieux, dans l'espoir de relever dans les monastères, la discipline, la piété et la science; ce séminaire fut établi peu de temps après, grâce aux libéralités de Guillaume V *.
Dans les couvents bénédictins, où s'était conservé l'amour des études et des sciences, le savant Nicolas Ellenbog, d'Ottobeuern, s'acquit des titres nombreux àla reconnaissance d'un grand nombie d'abbayes -. A Benedictbeuern, le Père Florian Treuer (7 lobo)> philologue et botaniste distingué, était, de plus, un controversislo éminent. Ses discours latins ont été plusieurs fois réédités ^. Le bénédictin Woifgang Sedelius, intime ami du Père Canisius, prêchait et enseignait dans toute la cojitrée '*. A Saint-Blaisc, dans la Forêt Noire, l'Abbé Gaspard Müller (7 1571) rétablit la discipline monastique, restaura l'hôpital pour les malades et les pauvres, et s'appliqua à relever renseignement supérieur et secondaire. A dater de 1596, l'Abbé Martin Meister fut le véritable réformateur de l'enseignement scolaire 2. Non seulement l'école de son abbaye tirait tous ses professeurs de Saint-Biaise, mais Saint-Biaise élaiten mesure de fournir des maîtres aux écoles de Schuttern, de Schvvarzach et de beaucoup d'autres monastères. Plus tard, lorsque l'archevêque Marx Sittich fonda l'Université de Salzbourg, il demanda cinq professeurs à Saint-Biaise, et l'un deux, Martin Stcinegg, en fut le premier recteur 6, A Weingarten, les Abbés Gerwig Blarer, de Wartensee, et Jean Hablizel (7 1575) se distinguèrent par leur zèle
1 Voy. Flotto, t. I, pp. 201, 385. Litlnrae, Annuae, ad a. i6o5, p. 618.
' M1TTERS1ÜLLER, pp. 140-141.
•■' Ziegelbauer, t. II, pp. 338-.339. Voy. L. Geiger, li. EUenbog, ein Ilamanist und Theologe des 16. Jahrhunderts, nach handschriftlichen Quellen. Vienne,
• ZrEGELBAUER, t. III, p. 333. Meiciielbeck, t.I, pp. 227-230. ** Kaiholilc, 1892, t. I, pp. 560 et suiv.
= Ziegelbauer, t. ÏI, p. 144. Sur l'activité des Bénédictins dans d'autres abbayes, voy. loc. cit., t. II, pp. 145, 146, et t. IV, p. 128. La bibliothèque nationale de Rlunicli conserve de nombreux traités et sermons autographes de W. Sedelius. Voy. le Katholik de 1892, t. I, p. 539. Vo}-. aussi des documents sur plusieurs bénédictins distingués de ce temps, entr'autres, sur Nicolas Büchner, Abbé de Zwiefalten, pp. 548 et suiv.; sur Jean-Chrysostome Hirschbeck, Abbé de Sclieyru. p. 533; sur l'Abbé de Murbach, Rodolphe Stor, religieux savant et éclairé qui oniretcnait des rapporls avec tous les savants et écrivains de l'époque, voy. l'excellente monog-rapliic de RI. Paulus, ßtr Aiif/uslinirinoncli Joh. I/nftneistcr. p|). 117 et suiv.
" Voy. l'article de König sur Saint-Biaise dans la 2« édition du Kirchenlexicons DE Wetzer et Welte, t. il, pp. 906-915.