NOUVKLI.K VIE DANS LES A^T,IK^■S ORDRES RELIGIEUX
pour la piéti' et la science '. Einsiedeln eut aussi toute une série d'Abbés éminents. Lorsque Canisius, devenu vieux, conçut la pensée de raviver dans le peuple allemand, par des écrits populaires, le souvenir des premiers apôtres de la Suisse, il reçut d'Eiiisiedcln un grand nombre do précieux documents '2. A Saint-Gall, l'Abbé Othmar (f lo77) fonda une léproserie et une caisse d'épargne pour les pauvres. Son successeur, Joachim Opser, élève des Jésuites, lisait et écrivait couramment l'allemand, le français, le latin, le grec et l'hébreu, et entretenait un commerce épistolaire avec un grand nombre de savants. Pendant la peste qui sévit à Saint-Gall en ii\9\, l'Abbé, assisté de six prêtres, se dévoua sans réserve aux njalades, et finit par être lui-même atteint par le lléau. Son successeur, Bernard Müller, se fit remar([uer par une grande austérité de mœurs et par sa sollicitude pour les malheureux ^, Ninian Winzel, prieur du couvent des Écossais, à Ratisbonne (lo77-lo9iJ), réussit à faire progresser l'enseignement scolaire ■^ Dans l'antique abbaye de Metten, l'Abbé Jean Nablas était la gloire de son ordre; son zèle pour la discipline et pour la science était célèbre (loOo) 5.
Le décret du Concile de Trente ordonnant que les couvents qui refuseraient de se rattacher à une congrégation cesseraient de jouir du privilège qui les affranchissait de la juridiction épiscopale, donna naissance, dans l'ordre de saint Benoit, à plusieurs congrégations nouvelles, entre autres à celle de Samt-Joseph, dans l'évêché de Constance, et à la congrégation suisse érigée en 1602 par l'Abbé Augustin, à Einsiedeln *"'. La congrégation de Bursfcld élut pour Abbé, en 1601, le savant exégèteet apologiste Léonard Buben, Abbé d'Abdiugkofen, qui s'appliqua avec ardeur à faire revivre dans son monastère l'esprit de son saint fondateur ".
De tous les ordres religieux, celui des Chartreux avait été le moins
* G.Hess, Catalogus abbatum imp. inonaslerii Wein(jartensis{.\.\ïgvislaç.Wnàt\., 1781), pp. 219 et siiiv., 282 et siiiv.
* * (Jhr. Hartmanx, Comment, rerum Hclveticaram, p. 03. Bibl. de l'abbaye d'Einsicdeln.
' Arx, St Gallen, t. III, pp. H 1-122.
* ZiEGELB.vzuER, t. If, p. 14^, et t. III, pp. .'înO-oGl, ** voy. Bellesheim, Gesch. der katholischen, Kirche in 5c/ioi//artf/ (Maycnce, 1883), t. II, pp. 21 et siiiv., et Hist. pol. Bl. (188!)), t. CHI, pp. 27 et suiv. (1891), t. GVII, pp. 704 et suiv.
^ Mittermüller, pp. lol-152.
* Voy. F. Egger, Idea hierarch., lib. 11. pp. 3, 739. Pour les tentatives de réforme dans les monastères autrichiens, où la dépravation était terrible, jerenvoie particulièrement à J. F. Keiblinger, Geschichte des Benedictinerstiftes Melle in Niederösterreich, t. I, Geschichte des Stiftes. Vienne, 1851.
' Ziegelbauer, t. III, pp. 368-369.
2i'8 ^OUVIiLLIî ME DANS LKS ANCIENS OKÜHES HELIGIEUX.
atteint par la corruption du siècle*. A la chartreuse de Mayence, le prieur Candius Gobelinus, à Hildesheim le prieur Théodoric l^oer maintenaient l'ancienne discipline dans toute sa primitive rigueur. Ce dernier publia une grande partie des œuvres du célèbre Dyonisius Rickel (1471 ), et (''crivit la biographie de ce savant. Chez les Chartreux de Wurzbourg et de Tückelhauscn,lcs religieux Winheim Gérard et Braunold Lucas étaient des écrivains ecclésiastiques d'un réel mérite. » Mais la chartreuse de Cologne brillait au milieu de tous ces monastères d'un éclat incomparable. Au xv'siècle comme pendant la tourmente du \\i" sircle,elle garda son antique renom de science et de sainteté. Jean-.Tuste Landsberger, son prieur, était l'admirable modèle du zèle le plus éclairé et le plus pur pour la perfection chrétienne. Il unissait la plus grande rigueur enverslui-mêmeà la plus extrême douceur pour les autres. Les hérétiques étaient l'objet de ses constantes prières. Dans sa vieillesse, Canisius parlait encore avec vénération de ce saint religieux, et dans son Testament spirituel, il se plaît à rappeler que, pendant le long séjour qu'il fit à Cologne dans sa première jeunesse, on lui permettait d'aller et de venir librement à l'intérieur du monastère. Pour affermir l'enseignement catholique, pour ramener les séduits et les égarés, pour encourager les faibles dans la foi, Landsberger publia plus de vingt écrits en latin, et dix-sept en allemand ; parmi ces derniers, ï Introduction à la sainteté compte parmi nos meilleurs ouvrages ascétiques; elle a été souvent comparée à l'Imitation de Jésus-Christ. Landsberger avait composé ce livre pour l'usage journalier des religieuses d'Hensberch, où la règle primitive de Prémontré était fidèlement observée ; la langue latine était familière à toutes les sœurs -. A la chartreuse de Cologne vivait aussi un intime ami de jeunesse de Canisius, le Père Laurent Surius, de Lübeck. Parmi les nombreux écrits de ce Père, une vaste collection de vies des saints était très en faveur parmi les contemporains 3. Le prieur des Chartreux de Cologne, Gérard Kalkbrenner, autrefois avocat et notaire à Aix-la-Chapelle, s'était constitué le
1 ** L'ouvrage, très rare aujourd'hui, intitulé Orationes J. Hessi, prioris Carihusianae in Erphurdia, s. I., 1M89, prouve cependant que, dans les trente premières années du seizième siècle, un grand nombre de carmes avaient adhéré à la nouvelle doctrine.
- IIartziieim, Bibl. .Colon., pp. 183-184. Voy. sur Landsberger le Katholik de Mayence ( 1880,», t. LX, pp. 317 et suiv., et 1892, t. l, pp. Ö54 et suiv. Die Anleitançf zur Gottseligkeit a été plusieurs fois traduite en allemand. La dernière édition a paru à Katisbonnc en 1875. lien existe une traduction l'ranijaise.
5 Voyez-en la liste dans IIautzhlim, pp. 218-222.
APOSTOLAT DES CAPUCINS
défenseur et le conseiller juridique des Jésuites, et Canisius le vénérait comme un père *.
« Ce qui sert le mieux l'Ëglise, ce qui nous presse le plus éloquemment d'acquérir le véritable esprit de pénitence, » écrivait Surius, c< c'est le témoignage des confesseurs et des martyrs de la foi, car ils ont scellé de leur sang leur fidélité à la vérité divine. Dieu merci, même de notre temps, l'Église compte encore dans son sein de semblables héros chrétiens. » A la chartreuse de Cologne, en effet, un Père de Ruremonde, ramené au couvent, tout criblé de blessures avait raconté à ses frères de quelle cruauté raffinée Guillaume d'Orange avait fait preuve envers de pauvres religieux inoffensifs. Le 23 juillet lo72 il avait fait torturer, puis mettre à mort, douze chartreux; d'autres avaient été barbarement mutilés 2.
L'ordre des Franciscains, « fécondé, lui aussi, par un nombre considérable de martyrs » morts pour la foi pendant la révolution des Pays-Bas, travailla avec ardeur, après son retour à l'exacte observance, à la restauration de la vie catholique en Allemagne. Dans la province de Cologne, les Pères Antoine de Stralen (t LdSV), Jean Hage (f lo90) et Nicolas Viger s'appliquèrent spécialement à préparer les frères à l'enseignement du catéchisme et aux missions populaires-^. Le docteur Louis de Gennep,aprrs avoir visité un certain nombre de couvents franciscains réformés en Franconie et en Bavière, écrivait en 1395 : « Puissent les hérétiques se convaincre parleurs propres observations de l'injustice avec laquelle ils ont coutume de juger et de condamner en bloc tous les couvents! » « La vie, la ferveur des Capucins est chose vraiment émouvante, et rappelle les plus beaux temps de l'antiquité chrétienne. » «J'ai appris à les connaître en Suisse et dans le Tyrol ; ils sont pauvres, humbles, pleins d'une charité ardente pour leurs frères; comme Jésus-Christ, leur maître et leur sublime modèle, qui fut pauvre, humble, et tout amour ^. »
La tête rasée, vêtus d'une tunique grossière, les reins ceints d'une corde, les pieds chaussés de sandales, les Capucins, cette noble branche de la famille de saint François d'Assise ^, allaient de ville en ville, de village en village, prêchant l'Evangile aux pauvres. Leur
* Hartzheim, p. 94. Reiffexberg, pp. 10, 24, 30-31. Maxtissa, pp. 12-13, 13-16. Voy. RiEss, t. VIII, pp. 33-36, 31.
- Voy. Reichenlechner, Der Carthäuserorden in Deutschland (Wurzbourg, 1883), pp. li!9-147, 213 et suiv.
^ Voy. Gaudentiüs, t. I, pp. 292-299. 303 et suiv.
' * Lettre datée de Clèves, le 27 octobre 1397, et adressée au licencié Reinhold Vanmeegen, à Louvain. Cette lettre est en nia possession.
'■' Voy. Gal'dentius, t. I, p. 75, note.
230 APOSTOLAT DES CAPUCINS
règle leur prescrivait un jeûne très rigoureux. Il leur était dércndu d'amasser aucune provision dans leurs maisons. Ils coucliaient sur la paille, ou sur la terre nue. Fidèles à l'ancienne coutume des Minorités, ils chantaient matines à minuit; leur journée s'ouvrait par la prière, et était assujettie à un rè^^ement très minutieux. Tout, dans leurs couvents, dans leurs églises, devait rappeler la pauvreté évangélique. Les riches ornements brodés d'or ou d'argent étaient sévèrement proscrits. Leur unique trésor consistait en une loi vive, une conliance inébranlable en la bonté de Dieu, un dévouement sans limites à l'Église, et l'exercice continuel de la charité envers le prochain. A l'époque de leur première apparition en Allemagne, les Capucins, aussi longtemps que le peuple ne fut pas au courant de leur manière de vivre, souffrirent cruellement de la faim. A Lucerne, les Jésuites durent exhorter en chaire leurs auditeurs à ne pas laisser plus longtemps dans un absolu dénuement les pauvres capucins atï'amés i. Mais en peu de temps, partout oii ils exercèrent leur zèle, par leurs prédications, au confessionnal, au chevet des malades, et surtout pendant les épidémies, où leur héroïque courage excitait l'admiration générale, ils surent gagner l'affection populaire. Un grand nombre de novices, appartenant aux classes élevées, ne tardèrent pas à se joindre à eux. Parmi ceux-ci, se distinguait surtout Fidelis (docteur Marc Roy de Sigmaringen). 11 avait étudié le droit à Fribourg en Brisgau, et, à son départ, le recteur de l'Université avait déclaré « qu'il surpassait tous ses condisciples, non moins par ses vertus que par son savoir ». Il avait été avocat à Ensisheim et, après son entrée dans la vie monastique, il travailla sans relâche, comme missionnaire, dans le Vorarlberg et dans les Grisons, où il finit par trouver le martyre 2, « Non moins savant que saint Fidelis, le Père Jean Chrysostôme, issu d'une noble famille, était le modèle de tous ses frères et l'objet de la vénération populaire, par sa piété d'enfant et son ardent amour pour Jésus-Christ. 11 avait pris l'habit en 1601, àRheinfeld. De peur d'être appelée remplir des charges importantes, il n'avait pas voulu pousser très loin ses études en philosophie et en théologie ; néanmoins il fut nommé maître des novices, ses supérieurs jugeant que sa tendre dévotion pour l'Enfant- Jésub le rendrait plus propre qu'aucun autre à former de dignes fils de Saint François, le docteur séraphique, qui, lui aussi, pratiqua toute sa vie, à l'e-vemple de l'Enfant-Dieu, la pauvreté, l'abnégation, l'humilité, la pureté de cœur, l'obéissance, l'esprit de
* Agricola, t. I, p. 2C1.
-ScanEi^h,' D' Marcus Roy. Fribourg, 1877,
APOSTOLAT DES CAPUCINS
prière, et qui les prescrivit à ses frères dans la règle qu'il leur a tracée. » Les cantiques du maître des novices expriment les sentiments de la plus ardente piété, de la joie intérieure la plus touchante, et témoignent de l'esprit dans lequel ce saint religieux se dévouait *.
Altorf, en Suisse, fut, en 1581, le premier champ d'activité des Capucins : l'année suivante, ils fondèrent un couvent à Stans ; en 1583, ils s'établirent à Lucerne; en 1583 à Schwytz ; en 1585, à Appenzell et à Soleure -. Le plus zélé de leurs missionnaires était le Père Louis de Saxe, issu de la dynastie saxonne des Einsicdeln. Au temps de sa turbulente jeunesse, Louis, à diverses reprises, avait insulté la procession de la Passion le Yendredi-Saint. Devenu religieux, il eût voulu, pour expier sa faute, ne prêcher, n'enseigner que la Passion et la mort du Seigneur 3. Parmi les Capucins, il en était qui montaient en chaire « des milliers de fois ». Le Père Philippe, fils du bailli converti d'Appenzell, Conrad Tanner, prêcha plus de 7,000 fois *. En l'espace de quatorze ans, les Capucins fondèrent dix couvents en Suisse, et trois établissements de missions "'.
De la province suisse, l'ordre se répandit en Alsace ^ et dans le Vorarlberg '. Des provinces vénitiennes, il passa dans le Tyrol, puis en Styrie. A Innsbruck, en 1593, l'archiduc Ferdinand et l'archiduchesse sa femme apportèrent de leurs propres mains des pierres pour la construction d'un couvent de Capucins, et en remettant les clefs au Père Gardien, l'archiduc prononça un discours qui émut les assistants jusqu'aux larmes *'. Bientôt d'autres monastères du même
* Ilg, pp. 247-267. Voici une strophe de l'un de ces cantiques :
Lorsque la crainte et Tangoisse
Me tourmentent à cause de mes péchés,
Lorsque leur nombre, leur malice,
Me poussent presque au désespoir.
Je pense au cher Enfant-Jésus,
A son amour sans borne.
Et ma crainte s'évanouit, tandis que je m'ollre
Corps et âme, tout à lui.
Car si je lui appartiens tout entier,
Je ne serai jamais repoussé
Du doux Enfant, de Celui qui a dit avec tant d'amour:
« Je ne veux pas li mort du pécheur. » - Chronica Capucinorurn, pp. 6-2i.
^ Ainsi qu'il le dit lui-même à Louis de Genncp, voy. la p. précédente, note 4-
* Ilg, pp. 14-15.
'" Ilg, p. Sa, Si.NNACHER, Z)/e E inführ iinj der Capuziner, p. 24.Hir.n-, t.I, p. 2o3. '^ Chronica, p. 3ü.
7 ** Voy. N. Paulus, Zar Geschichte der Kapuziner im i^Zsass (Strasbourg, 1889). pp. 13 et suiv. et Gkatlvn von Li>den, Die Kapuziner im Elsass einst und jetzt (Fribourg, 180Û), pp. 53 et suiv.
8 ** La première pierre du couvent de Feldkirch était déjà posée en IGOl ;réghse fut consacrée en ICÜö ; voy. Lunnacher, Die Einfiihrunj der Kapuziner, p. 40.
232 APOSTOLAT DKS CAPUCINS.
ordre se fondèrent à Bozen, Brixen et Meran,où l'apostolat des Pères fut admirablement fécond '. Il semble que, dans ces temps lamentables et dans la corruption presque universelle des ma:'urs, un nouvel ctcélesto esprit se rc'^pande dans les âmes, tant on voit d'apôtres se dépenser sans mesure pour le salut de leurs frères, » écrivait le médecin Guarinoni. Un vénérable capucin ne pouvait se lasser d'admirer le mouvement extraordinaire dont il lui avait été donné d'être le témoin durant sa longue existence. « Dans la province du Tyrol, » disait-il en rappelant le passé, « nous assistions tous les jours à de nouveaux progrès de notre ordre; beaucoup d'excellents jeunes gens venaient se présenter à nous pour entrer dans nos maisons, si bien qu'on fut obligé, à Innsbruck, d'organiser un second noviciat. Malgré cela, il fut impossible de satisfaire les pieux désirs de tous ceux qui venaient s'offrir, de sorte que beaucoup de postulants durent se rendre dans une autre province de notre ordre. Au couvent de Hall, un novice. César de Spire, fils d'un conseiller à la Chambre Impériale, se faisait remarquer par son amour pour la mortification intérieure et extérieure, et ce n'est pas faire de lui un petit éloge, car parmi ses condisciples on estimait si fort la mortification que, pour n'en citer qu'un exemple, seize novices, leurs maîtres et quelques profès mêlaient tous les jours de l'absinthe à leur boisson ordinaire, en mémoire du fiel très amer dont Notre Seigneur fut abreuvé sur la croix. » v Que le monde trouve de telles pratiques singulières, il ne faut pas s'en étonner; mais l'austérité, la pénitence, l'esprit de sacrifice de ces saints religieux qui, jour et nuit, étaient prêts à servir leurs frères, tiraient de leur apathie les laïques et les prêtres du clergé séculier, trop souvent plus corrompus que les gens du peuple. » « Pendant les missions populaires, nos confessionnaux sont assiégés, » écrivait Louis de Gennep, « le bien injustement acquis est restitué, la paix conjugale est restaurée 2. » Au sujet du Père Louis de Saxe, dont les sermons avaient eu, à Graetz comme partout ailleurs, un succès extraordinaire pendant une mission populaire, un contemporain rapportait : « Combien de fois le Père n'a-t-il pas été obligé d'entendre la confession des pauvres pécheurs au milieu des chemins, à ciel ouvert! La foule se pressait autour de lui, le regardait comme un apôtre et comme un oracle, et non seulement les gens du peuple, mais les princes et les seigneurs réclamaient son conseil, et ne se lassaient pas d'entendre sa parole. )> « Avec quel zèle infatigable ce saint
' ** SiNKACHER, pp. 29 et suiv. ; 31 et suiv., 42 et suiv. ' Voy. plus haut p. 230, note 4.
APOSTOLAT DES CAPUCINS. -ly^
homme n'a-t-il pas travaHlé à la vigne du Seigneur ! Que d'àmes plongées dans l'erreur il a converties et fait rentrer dans le giron de notre Mère la sainte Eglise! Que de couvents de religieux et de religieuses il a réformés et ramenés, par son zèle, à la stricte observance *. »
L'œuvre des missions, fondée par les Capucins, avait commencé à Graetz en 1600 ; elle se développa la même année à Vienne, Prague et Munich. L'année suivante, les Fugger, d'Augsbourg, Ih-ent construire un couvent pour les Capucins. En '160!2, les Pères vinrent à Rapperswyl; en 1603, à Constance et à Einsisheim; en 1604, à Sursee; en 1606, à Rosenheim; quelques années plus tard, à Landshut, Neubourg, Ratisbonne, Straubing, Biberach et Rottenbourg-sur-le- Neckar; dans cette dernière ville, ils ramenèrent environ 2o0 protestants à la foi catholique ^. La nouvelle de la conversion de milliers d'àmes dans le canton de Genève et dans le Valais ^ enflammèrent les missionnaires d'une ardeur nouvelle. « Nous faisons tout mesimplement noire devoir, sans nous soucier aucunement des menaces et des violences, » écrivait un capucin de Constance en 1612; « nous prêchons la doctrine de Jésus-Christ, et nous pressons continuellement les âmes de rentrer au giron de la sainte Église. Plaise au Seigneur qu'il nous soit donné à tous de nous dévouer avec une joie continuelle, comme nos frères de Suisse, qui, pendant le fléau de la contagion, ont donné leur vie pour l'amour de Jésus-Christ ^! » En Suisse, entre 1610 et 1611, treize Pères, dévoués aux pestiférés, moururent victimes de leur charité ^.
Animés des mêmes sentiments, du même héroïque amour pour le prochain. Capucins et Jésuites poursuivaient la même œuvre en se donnant la main; les deux ordres étaient unis par des relations constantes et fraternelles, et souvent donnaient ensemble ces admirables missions populaires qu'ils considéraient à bon droit comme l'un des plus puissants moyens de faire revivre la vie chrétienne dans les âmes. Le Père Canisius, qui y prenait souvent part, eût voulu qu'elles ne fussent données que dans les pays catholiques. Il n'était pas d'avis, écrivait-il au Général de l'ordre, Claude Aquaviva,
» Ilg, pp. 290 et siiiv., pp. 23-26.
» Chronica, pp. 39 et suiv., p. 64. Pöckl, Dei Capuziner in Bayern. Sulzbach, 1826, »*- Voy. aussi le remarquable ouvrage de Rocco da Cesinale, Sloria délie missioni dei Cappuccini (Paris, 1867). Ce livre est enrichi de nombreuses pièces inédites, t. I, pp. .329 sqq.
' Voy. Ilg, pp. 44-94.
* Miscellaneen vermischten Inhalts, pp. 113-114.
* Chronica, pp. 54, 56-37.
23 IL APOSTOLAT DES CAPUCINS
que les missionnaires prêfîhassent ailleurs que dans des territoires placés sous des autorités catholiques protestantes. « Agir autrement, » écrit-il, « cest donner lieu aux hérétiques de se plaindre de nous, de prétendre <jue les Jésuites violent la paix de religion, et viennent mettre leur faucille dans une moisson étrangère ^*. );
1 * «... Caclcriim ut ipsi vel cxcurrant vel mittantur ad ca loca, quae ab hereticis magistralibus gubernaiilur. non suaseriin. Ouid enim nisi crabrones irrilabunt, et se velul en aliéna Re])ublica curiosos, immo et scdilioso.s, aul certe quideni suspectus declarabunt daluri eliain ansam bacrelicis nostros accusandi, quod paeem rcligionis ab Imperio sancilani violent, falcemque millant suam in messeni alienam. (Arcbives de la province allemande d'Exaelcn.)