‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 118 sur 573 · RETOUR DE QUELQUES TEHRITOIRES A L'ANCIENNE FOI · texte numérisé non relu

RETOUR DE QUELQUES TEHRITOIRES A L'ANCIENNE FOI

La résistance énergique opposée par les autorités catholiques à l'afîermissement des nouveautés religieuses s'affirmait davantage à mesure que l'ancienne religion renaissait et se lortitiait dans leurs territoires. Plus les princes se pénétrèrent du sentiment de leurs devoirs envers l'Église fondée par Jésus-Glirist. plus aussi ils mirent de Icrmelé à maintenir leurs sujets dans l'antique foi. Au reste, pour y réussir, ils n'avaient qu'à invoquer la paix d'Augsbourg et qu'à se diriger d'après l'exemple des princes et des conseils protestants, puisque ceux-ci n'avaient jamais toléré chez eux l'exercice du culte catholique *. Dans l'œuvre de la restauration de l'ancienne foi, les Jésuites firent preuve d'un infatigable zèle, et les princes spirituels et t'iraporels élevés dans leurs établissements les secondèrent de tout leur pouvoir.

Pour la basse Allemagne, la première chose à faire semblait être de fortifier le Catholicisme dans le duclié de Julliers-Clèves. Le duc Guillaume IV, par le traité de Yanloo, avait pris autrefois l'engagement, en présence de Charles-Quint, de maintenir la religion catholique dans ses états; mais il n'avait montré qu'hésitation et mobilité dans l'exécution de cette promesse. Tantôt il assistait publiquement à la messe, tantôt il disait tout haut « que l'hostie élevée par le prêtre pendant le saint sacrifice n'était autre chose que le démon » ; tantôt le Saint-Siège louait son dévouement à l'Église, tantôt les membres d'Empire protestants croyaient avoir de justes motifs d'espérer sa prochaine abjuration -. Parmi ses conseillers se trouvaient de bons catholiques, de zélés luthériens, des calvinistes, des Érasmiens. La duchesse de Julliers-Clèves, sœur de l'Empereur

' Voy. notre troisième vol. pp. 357 et suiv.

2 Kellek, ÜigenrestauraLion, t. i, pp. S et suiv., p. 23. Voyez sur l'ouvra/^e de Keller l'article du Kàlkolik de Mayeace intitulé : Zar Kirçheiujeschickle der Clevischen Länder, déc. 1883, janv. 1884, ** Voy. aussi Koch, Die Refonnalion im Herzojlkain Jülich. Frauclort, 1883-1888, pp. 14 et suiv., pp. 70 et suiv.

23r> SITUATION RELIGIEUSE DANS LE DUCHE DE JULIJERS-CLÈVES-BERG.

Maximilien II, faisait élever ses filles dans le Luthéranisme; ses doux fils, au contraire, Charles-Frédéric et Jean-Guillaume, grandissaient sous la direction d'un gouverneur catholique. En l.o51, le duc interdit sous peine de mort le « fonctionnement de toute juridiction ecclésiastique émanant d'un pouvoir étranger ». A Duisbourg et ailleurs, on suspendit des sacs aux portes de la ville, avec menace d'y enfermer, pour être jetés dans la rivière, tous ceux qui oseraient transgresser cette défense en publiant une bulle ou une lettre d'excommunication. A Wesel, longtemps auparavant, un arrêt ducal avait condamné « quiconque aurait l'audace de publier des indulgences à avoir le nez et les oreilles coupés ^ ». Dans le comté de la Mark plus que partout ailleurs, le nombre des protestants avait grandi d'année en année, et presque dans tout le pays, depuis la révolution des Pays-Bas et le gouvernement du duc d'Albe, les réfugiés hollandais avaient activement travaillé à opérer un changement radical dans la situation religieuse. En 1568, un synode calviniste se réunit à Wesel. Ses articles furent adoptés par G2 signataires, prédicants, nobles et bourgeois 2. « Si nous pouvions seulement nous débarrasser de l'engeance jésuitique, »disaitl'année suivante un des calvinistes les plus influents de Wesel,« notre pays deviendrait bientôt comme la citadelle du véritable Evangile, et l'idolâtrie papisteen serait à jaraaisbannie.» «Jelui ai moi-même entendu tenir ce propos, » écrivait le médecin Guillaume Peters 3. Mais dès l'année 1562 le prédicant réformé, Jean Pollius, disait au sujet des résultats obtenus par les Jésuites dans le duché deClèves : a La secte des Jésuites, sous les dehors d'unepiété peu commune, et grâce à une science variée et profonde, est très dangereuse pour un grand nombre de gens inexpérimentés et imprudents. Un certain Canisius, neveu du grand Canisius, a, pour ainsi dire, au milieu de ses frères le rang d'un prince ; sous l'apparence trompeuse d'une vertu hypocrite, il est possédé d'un zèle extravagant pour la prédication. Ce Canisius séduit beaucoup d'àmes, il entraîne, la plus grande partie des conseillers, qu'il réussit à persuader de ses erreurs ^. » Les brisements d'images qui eurent lieu à cette époque en beaucoup de localités, jalouses d'imiter les actes sauvages des fanatiques des Pays-Bas, servirent puissamment la cause catholique, car ces abominations scandalisèrent le peuple, qui comprit dès lors ce qu'on avait à attendre des sectaires. « J'ai vu de mes yeux, » écrit le médecin Guillaume Peters, « les débris

1 Recklikghausen, t. 1, p. Fi4; t. III, p. 39.

' Keller, t. III, pp. 31 et suiv.

^ * LeUre du 19 mars 1569. Cette lettre est en ma possession.

* Zeilschrift des Berjischen Geschichlsverein, t. IX, pp. 171-172.

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