‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 120 sur 573 · RESTAURATION CATHOLIQUE EN WESTPHALIE · texte numérisé non relu

RESTAURATION CATHOLIQUE EN WESTPHALIE

Le jeune duc Jean-Guillaume, autrefois titulaire de l'évêché de Munster, puis déclaré prince héritier du pays de Clèves après la mort de son frère Charles-Frédéric, avait épousé, en 1583, Jacobée de Baden-Baden. Les Calvinistes lui reprochaient « un esprit tout jésuitique, un attachement passionné pour les cérémonies idolâtres du papisme ».Les députés protestants réclamèrent à maintes reprises sans pouvoir l'obtenir le libre exercice de leur culte i. Cependant, « grâce à des réunions secrètes, aux efforts des prédicants, surtout à l'appui des États-Généraux, le Calvinisme fit de grands progrès dans le duché, bien que la majeure partie de la population demeurât fermement attachée à la foi catholique ^. Lorsqu'on 1593 il fut question d'ouvrir à Emmerich un collège de Jésuites, les troupes hollandaises se présentèrent aux portes de la ville, menaçant de la bombarder, de chasser les Jésuites et de rétablir un prédicant réformé, autrefois chassé d'Emmerich pour avoir excité le peuple contre les Pères. La ville dut payer une forte contribution pour obtenir que les troupes battissent en retraite ■'. A l'ouverture de l'école, 140 écoliers se présentèrent; en 1598 leur nombre s'élevait déjà à 340; en 160G ils étaient 400. Un certain nombre de parents protestants confièrent aux Jésuites l'éducation de leurs enfants *.

Dans le duché de Westphalie, dépendant de l'Electorat de Cologne s, la religion catholique et le pouvoir civil avaient été rétablis en même temps, sous l'Electeur Ernest de Bavière, aussitôt après la défaite de Gebhard ïrucbsess « selon les anciennes traditions et coutumes du pays ». Les prêtres catholiques chassés par Gebhard avaient repris leurs fonctions-, à dater de 1595, les Jésuites donnèrent des missions populaires dans les villes et bourgades, A Munster, après des luttes acharnées qui n'avaient pas duré moins de dix ans, on ne s'était pas encore entendu sur la question desavoir s'il fallait confier le gouvernement à un évêque catholique ou à un évêque

* Voy. Stieve, Jacobe von Jülich, pp. iO et suiv. Voy. aussi Keller, Gejenreformation, t. JI, })p. 11 et suiv., pp. 25 et suiv.

^ * Guillaume Peters au curé Rader, à Louvain, 2 mars lo9o. Voy. plus haut, p. 236, note 3.

3 Voy. plus haut pp. 159-160. Köhler, Enlwicklançf des hohem Schulwesens in Emmerich (Emmerich, 1882), pp. bü-51 ** Keller, Gegenreformation, i. ll,p. 42.

* Litterae annuae, ad a. IGOO, p. 454. Voy. Köhler, p. 52. ' Voy. plus haut, pp. 69-70.

242 UliSlAL'UATlO.N CATIIULIQLK F.N WESTl'HALlE.

prolcstaut. Après qu'en loSo le parti catholique l'eut emporté *, les Jésuites rendirent « des services si exceptionnels à rÉylise que les Catholiques ne pouvaient assez leur en témoigner leur reconnaissance ». « Les Pères de la Compagnie de Jésus ont travaillé avec un grand zèle dans le pays de Munster, » écrivait un polémiste protestant en lo93, « et tous les jours ils attirent le peuple dans leur idolâtrie par renseignement et la prédication ^ ». En do88, un collège de Jésuites s'ouvrit à Munster; le lycée qui lui fut adjoint comptait^ au début, près de 300 élèves; en lo9l2, plus de 1100; peu de temps avant que n'éclatât la guerre de Trente ans, ordinairement J3Ü0 -. Dans l'évêclié de Paderborn, la restauration catholique rencontra une résistance assez vive. En 1580, du vivant même de l'évèque protestant Henri de Saxe Lauenbourg, les premiers Pères Jésuites avaient été appelés à Paderborn par le chapitre ■^. Ils eurent à lutter, dans la bourgeoisie prolestante, contre les préjugés les plus enracinés, la méfiance et l'antipathie générales, et devinrent même l'objet d'une haine furieuse. Ce ne fut qu'à grand'peine qu'ils échappèrent à toutes sortes de périls ; on avait répandu tant de calomnies sur leur compte que, dans le peuple, on était sérieusement persuadé que leurs mains se terminaient par des griffes et qu'ils avaient des pieds de bouc^.Leurs premières prédications eurent très peu d'auditeurs; le jour de Noël, douze personnes seulement s'approchèrent de la sainte table ^. Après un apostolat de huit ans, le nombre des communiants s'élevait à 7S0 *^. En lo87, le lycée municipal fut conlié aux Pères, événement important pour le succès de leur apostolat. Ce lycée, qui comptait à ses débuts 140 élèveS;, en avait, l'année suivante, près de 400. Le nouvel établissement exerça bientôt

* Pour plus de détails, voy. Husinu, pp. 02-140. Kelleh, 1. 1, pp. 293-34^. Voy. plus haut, p. 221), nute 1.

-Voy. SoKELAMt, Geschichte des Gi/iiinasiuins' s:u Münster, pp. 62, C5, 69; ZinNGiEL, pp. 314-3iî). ** Keller, Gcjenreformation, t. II, pp. 268 et sulv., pp. 277 et suiv.

'^ Lettre du chapitre au recteur des Jésuites, à Fuldc, 19 févr. liiSO. Stkl.nck, t. m, p. 463.

■• « J'ai entendu hien souvent affirmer le l'ait de mes propres oreilles, » écrit en 1535 Charles Haber, dans la préface de sa Courte explication delasuinle Messe, Voy. ShL'Nck, t. III, pp. o21 et suiv. Les Jésuites vinrent aussi à Corvey. Connue c'était justement l'époque de la foire, une grande aftluence de marchands et chalands venus de la Hesse, de Brunswick, de Lippe, se trouvaient réunis, eise montraient curieux de voir et d'entendre un jésuite; il y avait là environ cinquante prédicants, qu'il était aisé de reconnaître à leur habit. !\Iais le jésuite prêcha si moralement qu'un surintendant prétendit que ce ne pouvait être un vrai Jésuite, car il savait de source certaine que les Pères Jésuites prêchaient une tout autre doctrine. » v. LöHEu, p. 42. Voy. Reiffenbeug, p. 184.

■' Voy. SïRUNCK, t. III, p. 464.

" « Octennali sudoro, » dit Stuu.nck, t. 111, p. ü33.

RESTAURATION CATÜÜLIOUE DANS L EVECUü DE WURZBOURG. 243

une très lieureuse iriflaence*. Bientôt on on vit sortir des relij^ieux de mœurs rigides, des prêtres fervents, des recteurs de collèges éclairés et capables, et, dans tous les emplois civils, des hommes non seulement attachés h l'ancienne loi, mais en état de la défendre par leur parole ou par leurs écrits 2. Le prince-évêque Théodore de Furstembcrg, élu en 1583, à la mort d'Henri de Saxe-Lauenbourg, protégeait et chérissait les Jésuites, et travaillait avec ardeur à la restauration de la foi catholi(jue. Le bourgmestre protestant de Paderborn défendit aux habitants, sous des peines sévères, d'assister aux prédications des Pères; mais en dépit de tout ce qu'il put dire, ceux-ci voyaient se former autour d'eux un groupe d'amis dévoués et fidèles, et leur charitable zèle les faisait aimer de tout le monde. Lorsque la peste sévit, en 1598, les chanoines s'enfuirent, et les Jésuites s'installèrent au clievet des malades, s'acquittant auprès de leurs frères de tous les offices de la charité. Ils se chargèrent aussi avec empressement et amour du servive des lépreux qui, dans leur lazaret, situé à un quart d'heure de la ville, languissaient dans le plus triste abandon ^. C'est par un semblable dévouement qu'ils parvinrent à changer l'opinion publique. Les habitants, d'abord si opposés à l'érection de leur collège, cessèrent de les voir avec défiance. Le prince-évêque, dans la lettre de fondation du nouvel établissement, déclare « que Dieu veut le rétablissement de l'Église Catholique dans cette partie de la Weslphalie; qu'avant même d'être évêque il a reconnu que personne ne réussissait mieux à ramener les dissidents que les Jésuites, et que leur ordre doit être considéré comme un secours providentiel de Dieu ^ ». En 1(304, l'évoque interdit définitivement l'exercice public du culte protestant ^.

' Reh-1'enberg. p. 237. Lilterae annaae, ad a. 1086, 1387, p. 294. «l.e grand atlacliement et la sollicitude des Jésuites pour leurs élèves paraissaient une chose extraordinaire et uni.jue en sou g-eiire. En effet, les Pères voyaient dans les enfants qui leur étaient conliés des vases précieux, destinés à recevoir la grâce divine; ils combattaient pour eux, comme un père lutte pour ses enfants ; ils étaient sans cesse à la recherche des ég'arés,etles reconduisaient à la Maison Paternelle, comme le Bon Pasteur, qui porte avec tendresse l'agneau perdu sur son cœur >>. v. Löheb, pp. 96-4 ** Voy. Keller, Gegenreformation, i. II, pp. 424 et suiv., et W. Richter, Gesch. der Paderborner Jesuilen, i'" partie, 158U-1Ü18, Paderborn, 1892,

» ** Voy. Richter, p. 37.

' v. LöHER, pp. 106, 300. Sügenheim, Geschichte der Jesuiten, t. I, pp. 81-82.

■' V, LöHER, p. ol . Strunck, t. III, p. 058. « Rien ne fait mieux comprendre la profondeur ardente de la conviction des Jésuites, la force indomptable de leur volonté, que l'espoir, qu'ils n'abandonnèrent jamais, de triompher un jour de toutes les résistances de ceux parmi lesquels s'exerçait leur zèle; à toute heure du jour et de la nuit, année après année, ils sacrifiaient joyeusement à leur vocation jusqu'au dernier effort de leur énergie physique et intellectuelle. » « Sans relâche ils poursuivaient les âmes pour les ramener à rÉjjlisc Catholique, ou du moins à une vie honorable. » v. Löher, pp. 297-299.

■' Voy. SïiEVE, Die Politi/: Bayerns, t. II, pp. 707-7 OS.

244 RESTAÜRATIO.N CATlIOLIQLi: DANS l'ÉVÊCHÉ DE WURZBOURG.

Le Catholicisme se fortifiait aussi dans la Haute-Allemagne, surtout dans l'évèché de Wurzbourg, gouverné par le prince-évêque Jules Echter de Mespelbiunn. Ce prélat avait été élevé au collège allemand de Rome. Amis et ennemis le regardaient comme « l'un des plus vaillants champions de la Papauté ».Les Jésuites, qui, avant son élection, avaient déjà gagné un solide terrain dans lévêché, devinrent bientôt, comme Jules se plaisait plus tard à la reconnaître dans les termes de la plus vive gratitude, ses plus utiles et plus persévérants collaborateurs. Les anciens ordres le secondèrent aussi dans sa tâche dil'ticile. Le franciscain Martin Digasser, célèbre par ses écrits et son talent oratoire, plus tard aumônier de l'archiduc Mathias, lui fut particulièrement dévoué *.

Jules, en L^82, commença par rétablir l'Université de Wurzbourg, avec ses trois collèges; là se forma peu à peu « une pépinière de prêtres vraiment dignes du sacerdoce ». Ensuite il déclara que sa volonté ferme et inébranlable, en vertu de sa charge épiscopale et du droit de réforme que lui reconnaissait la paix de religion, était d'interdire à l'avenir, dans son évêché, l'exercice du culte protestant. En vain, en 1582, « l'honorable chevalerie du pays de Franconie » réclama-t-elle, dans les articles qu'elle présenta à l'évêque le jour de la chaire de St Pierre, le renvoi des conseillers ecclésiastiques et des Jésuites, la cession d'une des églises de Wurzbourg aux prédicants luthériens, et le mariage des prêtres "^ : Jules fut inilexible. En l'espace de peu d'années, plus de cent prédicants luthériens avaient quitté l'évèché, et les habitants avaient été placés dans l'alternative ou de demeurer dans la foi catholique, ou de s'expatrier 3. « C'est là, sans doute, une mesure bien rigoureuse, » écrivait Weinhold, curé d'AschalFenbourg; « personne ne devrait être contraint dans les choses de la conscience; mais les exemples que nous ont donnés les autorités protestantes ne sont-ils pas cause de ce qui se passe? Que celui qui Llàme l'évêque considère ce que les princes et les conseils protestants ont fait subir jusqu'à ce jour

1 ** Voy. K. El-bel, Gcschiclite der oberdeutschen Minoritenprovinc (Wurzbourg, 1886). p. 124.

* Ghmel, Ilaiulschrijten, t. I, p. 368. Sur la restauration de la Haute-Ecole de Wurzbourg et sur son organisation intérieure du vivant de l'évêque Jules, voy. Wegele, Gesch. der Uniuersität Warzhoarg (Warzhonv^, 1882), t. I, pp. 128 et suiv., pp. 215 et suiv., t. II, pp. 127 et suiv. Voy. aussi Buaux, Heranbildung des Clerus, pp. 171 et suiv.

3 Blchinger, pp. 169 et suiv, ** KrnEu, Deutsche Gesch., t. I, pp. 626 et suiv.

RESTAURATION CATHOLIQUE DANS L i:Vi:CIIE DF! WURZBOURfi. 2'j5

aux Catholiques. Do plus, et cela est connu de tout le monde, dès que la Confession d'Augsbourg est tolérée par une autorité catholique, les Protestants ne se contentent jamais de ce qu'on leur accorde; ils veulent avoir le livre à eux tous seuls entre les mains, et prescrire à l'autorité tout ce qu'elledoit faire; ils ne lui permettent même pas d'élire ses serviteurs et ses conseillers ; ils oppriment les Catholiques, et autorisent les prédicants, lorsqu'ils ne le leur ordonnent pas, à les décrier, à les injurier en chaire, à les représenter comme des idolâtres et des adorateurs d'hommes. Qui oserait nier qu'il n'en soit ainsi? Nommez-moi un pays ou une ville où ceci ne se pratique pas! Or il est clair qu'un pouvoir catholique bien constitué ne saurait tolérer un tel état de choses. Maintenant que les prédicants sont dehors, il faut que le peuple accepte les curés qui viennent d'être installés par révêque,son véritable et légitime pasteur. Il faut qu'il fasse baptiser les enfants par des prêtres catholiques, que ce soient ces mêmes prêtres qui enseignent le catéchisme, et que tous les habitants assistent à l'office divin et aux exercices religieux; en un mot il faut que le souverain agisse comme les autorités protestantes ont elles-mêmes agi envers leurs sujets, et qu'ils publient, comme elles, des édits rigoureux contre les récalcitrants K >; Pour les mêmes motifs le jésuite Georges Scherer.en irJSS, soutenait la légitimité des mesures adoptées par l'évêque : « Lesmembresd'Empire etles princes attachés à la Confession d'Augsbourg, » écrivait-il, (( comprennent et pratiquent la paix de religion de manière à en tirer tout le parti possible pour leur foi; dans leurs territoires, leur Confession seule doit dominer, et si leurs sujets veulent revenir à l'ancienne religion, s'ils désirent faire célébrer la messe ou entendre prêcher la doctrine catholique, ils n'y sont pas autorisés ; on les force à s'expatrier avec leurs femmes et leurs enfants. Celte même liberté, ces mêmes privilèges garantis aux princes luthériens par la paix de religion, les autorités et les membres d'Empire catholiques peuvent, eux aussi, en faire usage dans leurs domaines ; n'y souffrir que la religion et les cérémonies catholiques, se débarrasser des prédicants luthériens, ou de ceux qui leur tiennent de près, faire prévaloir partout leur doctrine et leur culte, car ce qui est juste pour les uns ne saurait être inique pour les autres ». « Les Protestants, » demandait Scherer, « ont-ils accordé la liberté de religion aux Catholiques de l'évêché? On n'a pas encore oublié comment ils se sont comportés envers nous dans l'évêché de Wurzbourg. Partout où ils exercent le pouvoir, ils ont accaparé les cures et les juridictions sans en avoir

' Dans la dédicace de l'écrit intiliilc : Courte explication de la doctrine el des cérémonies cat/ioiiques (lo87), f. 2.

2;C RKSTAIRATIOX CATIIOMQUE DANS l. KVKCCI". ni". MUnznOURG.

aucunement le droit, afin de forcer tout le monde à abandonner la vieille et coutumière religion. Lorsqu'un enfant naissait dans une famille catholique, les prédicants empêchaient ses parents de le faire baptiser, exigeant qu'auparavant ils abjurassent leur foi et se fissent luthériens. Quelqu'un mourait-il? les prédicants refusaient de faire la levée du corps avant que ceux de la maison eussent renié et apostasie leur religion. Cela s"appelle-t-il laisser chacun libre d'agir selon sa conscience ? » « Répondez franchement: les consciences catholiques jouissent-elles, chez vous, d'une autre liberté? Si les prédicants avaient en main la puissance, voilà comment ils entendraient la liberté de religion : Mange, oiaeau, ou meurs! Un habitant des villes ou bourgs placés sous l'autorité d'un prince catholique se présentet-il chez les Protestants pour obtenir droit de bourgeoisie? on refuse de l'admettre s'il avoue qu'il professe la foi de son souverain; est-il déjà établi dans ses droits de bourgeoisie? on le tourmente, on le persécute de mille manières, par toutes sortes de vexations, tellement que je ne sais comment on a le courage de vivre parmi de tels loups! Outre cela, les Protestants ne cessent de se quereller. On entend et l'on voit, chez eux, de belles choses! Ils se persécutent, se destituent, s'exilent les uns les autres. Les Flaciniens etlesSubstantialistes, qui se donnent pour les plus purs Luthériens de l'Empire, charüent de mille reproches les Accidentalistes et les Ubiquistes. » « Que de pieux confesseurs de la foi, » disait Cyriacus Spangenberg dans une lettre adressée aux habitants de Wurzbourg, « ont été exilés en une seule année par les Accidentalistes i ! »

L'évêque Jules, assisté de quelques Pérès Jésuites, procéda luimême à la visite de toutes les paroisses de son diocèse. « xMû par un 7.cle ardent et vraiment apostolique, il parcourt la contrée, » écrivait un contemporain; « il expose sa santé, sa vie, il visite ses sujets, il les dirige, les console, les instruit, les encourage. » « L'un d'eux estil éprouvé ou opprimé? il le fait venir, et s'entretient amicalement avec lui ; dans les pays où la peste sévit, il fait entrer dans sa propre chambre, tout commeles autres, les malheureux atteints parle terrible fléau: il leur donne de paternels avis et les instruit dans notre chrétienne religion.» « En plus d'une localité, il a donné la communion, en un seul jour, de sa propre main, à 200, 400 ou 500 personnes -. » A une époque où les mœurs et les habitudes delà plupart des évêques arrachaient des plaintes si éloquentes au Cardinal Otto Truchsess ^,

1 ScHERER, Veranivorliinj, etc., dans l'cdilion de ses œuvres publiée à Miuiich , t. I, pp. 381, 450.

* ScHERER, Veranworlunq, loc. cit.

s Yoy. plus haut, p. 202.

RESTAURATION CATIIOMOIR DANS L KVECHK DE WURZBOURP,. 247

ce zèle pastoral était considén' comme quelque chose de très extraordinaire, et les protestants impartiaux ne pouvaient s'empêcher de dire : « Bien que l'évêque de Wurzbourgait traité durement les Évangéliques de son évèché, on ne peut s'empêcher de faire son éloge ; il se dépense sans mesure pour sa foi, chose dont on n'avait guère eu d'exemple depuis longtemps, car nous ne connaissions depuis nombre d'années que des prélats grands seigneurs, passionnés pour le faste, et pleins d'orgueil * ». On était en effet si peu habitué à tant de zèle, à un sentiment si consciencieux du devoir chez les évêqnes, qu'on citait comme un fait digne de passer à la postérité et témoignant d'une extraordinaire piété, que l'archevêque de Mayence, Daniel Brendel, eût, en un seul jour, donné la confirmation à plus de loO enfants ou adultes, et distribué la communion à un nombre encore plus considérable de fidèles. Tant de ferveur, croyait-on, était le résultat des leçons des Jésuites; on prétendait raême que l'archevêque, désireux de prouver aux Pères sa reconnaissance, leur avait fait don de 20,000 llorins pour la fondation d'un collège ".

Parmi les Jésuites qui, sous les ordres de l'évêque, travaillaient avec le plus de zèle h la restauration de l'ancienne foi, Gérard Weiler se faisait particulièrement remarquer. Sans s'embarrasser d'aucun bagage, toujours à pied, il allait de ville en ville, de village en village pour prêcher et enseigner le catéchisme; les comédies du temps le tournaient en ridicule, ses ennemis disaient de lui «que ce n'était pas un homme, mais un démon, et qu'il avait un pied de bouc 3 »; mais il se souciait fort peu de tout ce qu'on débitait sur son compte. Entre 1585 et 1586, plus de GO, 000 protestants furent ramenés à l'Églige Catholique par le zèle decetinfatigable apôtre. Au bout de cinq ans, très peu de dissidents habitaient encore l'évêché '^ Le prédicant de Smalkalde, Utzinger, auteur de deux libelles remplis des plus violentes injures contre les papistes et les princes catholiques, demandait à grands cris l'expulsion do l'évêque Jules, et se montrait inconsolable de ce que ses coreligionnaires abandonnassent si aisément l'Évangile, bien qu'ils n'eussent à redouter, en restant fidèles, que l'exil. « C'est vraiment chose surprenante, » écrivait-il, « que l'apostasie effroyable et insensée à laquelle nous assistons en Franconie! Et cependant, ceux qui restent inébranlables

* Cité dans la Courte expUcalion (Voy, plus haut), f. 3.

* Voir la note précédente.

* E. Sakg, Triomphus Franconiae (Wirceburgi, 1618), voy. Gropp, Coll. script. , t. I, p. 641, voy. BccHiNGEn, p. 171.

* Sacchinus, Hist. Soc. Jesu, pars 3, lib. 5, n° 114. Voy. Hlber, Der Jesuitenorden, pp. 133-184.

248 nESTAURATION CATHOLIQUE DANS L KVKCHi: DR WURZBOURG.

n'ont à craindre que des peines légères. La conduite de ces renégats n'en est que plus honteuse et plus criminelle, car ils apostasient sans une nécessité urgente, légèrement, sans avoir été tourmentés ni persécutés. En vérité, quels mauvais traitements peuvent-ils invoquer pour excuser leur conduite? On les a tout simplement invités à se rendre en un autre pays ^ ! » Dans plusieurs localités, cependant, un assez grand nombre de protestants refusèrent de revenir au Catholicisme. Environ quatre-vingts ps-rsonncs s'expatrièrent 2. De Garlstadl, soixante-dix habitants, au moins, furent proscrits 3; plus tard, un lycée catholique fut fondé par l'évéque à Miinnerstadt ''.

Jules travaillait avec ardeur au relèvement des écoles populaires; mais ce qu'il avait surtout à cœur, c'était la réforme si urgente du clergé. Ce clergé, comme il l'avouait avec douleur, était responsable de tous les maux qui avaient fondu sur l'Église. Ses mœurs détestables, scandale de tous, sa grossière insouciance de tout ce qui touchait au culte, avaient déshonoré l'Église Catholique. Aussi e'xigeaitil que les prêtres apportassent le plus grand soin à la célébration du saint sacrifice et des cérémonises religieuses. Les anciennes dévotions, les processions, les pèlerinages furent partout rétablis; de nouveaux couvents s'élevèrent; on pourvut aux besoins des monastères pauvres; un grand nombre de nouvelles paroisses furent érigées, plus do 300 églises bâties ou restaurées ^. Un témoin oculaire de ces faits, le belge Daniel Eremita, très à même d'apprécier le mouvement auquel il assistait, ne peut assez admirer le zèle pastoral de l'évéque *"'.

Pour les pauvres et les malades, Jules avait un vrai cœur de père. « C'est par la miséricorde envers les malheureux,» disait-il au docteur Louis de Gennep, « que le Christianisme a conquis le monde; c'est avant tout par l'amour envers nos frères que nous devons, dans notre temps si froid, si égoïste, réchauffer dans le cœur du peuple l'attachement pour notre sainte foi '' . » « Je ne me rappelle pas avoir jamais lu, » s'écriait-il, un jour qu'il sollicitait la charité des fidèles pour la fondation d'un hôpital, « qu'un homme adonné

* Voy. ScHERER, Verantwortung, t. I, pp. 382 et suiv. Nous reviendrons plus tard sur Utzinger.

' BucHTNGER, p. 177. Reiniger, Männerstadt und seine nächste Umgebung (Wurzbourg, 1852), p. i87. La P. Weller prescrivit lassistance à la messe du dimanche sous peine d'une amende de cinq thalers.

3 Heppe, Restauration, p. 169.

* BUCHINGER, pp. 164-166.

s BucHixGER, pp. 181-207.

« Eremita, pp. 350-351 (1609).

' Voy. plus haut, p. 229, note 4.

RESTAURATION CATIIOMOUE DANS L EVKGHE DE WURZBOURG. 240

aux œuvres de miséricorde pendant sa vie ait fait une mauvaise mort ; un chrétien charitable a beaucoup d'intercesseurs auprès de Dieu ; or il est impossible que les prières d'un si grand nombre; d'âmes ne soient pas exaucées *. » L'évêque visitait lui-même les hôpitaux, les établissements de charité; il leur donnait de nouveaux statuts, faisant tous ses efforts pour recouvrer le bien perdu ou pour en trouver l'équivalent ; il fondait de nouvelles bourses, élevait à ses frais des bâtiments destinés à abriter les nécessiteux, les infirmes; il n'appelait les pauvres que « nos frrrcs en Jésus- Christ ». Les hôpitaux d'Arnstein, de Carlstadt, de Dettelbach, d'Ebern, deCeroIzhofen, de Hassfurt, de Heidingsfeld, d'Iphofen,dc Königsbofen, de Mellrichstadt, de Milnncrstadt, de Neustadt, de Röttingen et de Volkach sont autant de monuments admirables de sa charité généreuse 2. « L'évêque Jules, )i écrivait le docteur de Gennep en I.jOo, au retour d'un voyage en F rançon ie, « est vénéré dans son pays comme le père des pauvres et des malades; sa libéralité envers les établissements fondés pour l'adoucissement des misères humaines lui a conquis tous les cœurs. Il visite souvent les infirmes, il les console, les encourage, il est présent partout, il préside atout; beaucoup de malheureux ont été soignés de ses propres mains; c'est par sa charité qu'il ramrne les cœurs à la foi catholique. Sa plus noble et plus importante création, c'est le magnifique hôpital de Wurzbourg, capitale de l'évêché. Peu d'établissements de ce genre peuvent lui être comparés ^. C'est l'hôpital général du pays; il a été fondé pour recevoir toutes sortes de pauvres, de malades, de gens sans ressources, de nécessiteux. Là, on leur prodigue des soins assidus, on leur donne gratuitement les remèdes; là sont admis les orphelins abandonnés, les pèlerins, les délaissés de toute sorte. L'hôpital leur fournit de quoi s'entretenir. » Tout y était gratuit; les malades qui avaient quelques moyens d'existence n'y étaient pas admis, de peur que le soin des pauvres ne fût négligé '•:

' BUCHINGER, p. 246.

* BucHiNGER, pp. 243-247.

' Voy. plus haut, p. 229, note 4.

* BucniNGER, pp. 247-256.** L'hùpital Saint-Jules estencore aujourd'hui un des plus beaux établissements de charité de l'Allemagne. Depuis trois cents ans qu'il existe, il n'a cessé de répandre d'innombrables bienfaits dans la ville et dans tout l'évtché. Les grandes choses accomplies par son fondateur pendant un règne de quarante-quatre ans sont maintenant admirées par tout le monde. Des représentants de toutes les opinions ont loué dans le prince-évêque Jules « le courage, la persévérance inébranlable et l'indomptable fermeté de caractère, aussi bien que son talent pour l'administration, son large esprit et sa culture universelle. Ces grandes qualités ont fait de lui le plus illustre prince qui ait jamais gouverné le duché de Franconie. Son attachement à 1 Église Catholique, « le zèle qu'il déploya dans sa lutte contre la réforme et sa volonté ouvertement déclarée de remédier

2jO l\ rkformI': CrvriroMijuF. d.vns l R\txnK. u augsrourg.

A Fulde, le Gatholicismo, grâce au zèle infatigable des Jt'suites, avait lait de notables progrès.

En i.jüo, lorsque TAbbc Balthasar, après vingt-six ans d'exil, était rentré en possession de ses états en vertu d'un arrêt dn tribunal d'Empire, il s'était hûté d'y reprendre l'œuvre de la restauration catholique^ 11 commença par ordonner une enquête générale, fit donner des missions populaires, éloigna tous les prédicants, et obligea ceux de ses sujets qui refusaient de rentrer dans le giron de l'Église, à s'expatrier. A Hammelbourg seulement, il se heurta, au début, à de grandes difficultés, mais sa fermeté ne tarda pas à triompher de tous les obstacles. La plus grande partie des habitants abjura le Protestantisme. Cent personnes environ s'expatrièrent-. Pour le soulagement de la misère physique, l'Abbé fonda un hôpital pour les femmes, et soutint par de riches donations l'hôpital des hommes, qui existait déjà avant lui; mais sa sollicitude s'appliqua surtout à relever les établissements d'enseignement. Pendant son exil, il s'était beaucoup occupé d'un séminaire fondé par Grégoire XIII à Fulde pour l'éducation de quarante jeunes gens de la noblesse. Les dons de Sixte-Quint lui permirent de doter cet établissement àc 60 bourses, destinées aux étudiants sans fortune de la classe bourgeoise. Un nouveau bâtiment s'éleva bientôt à côté du premier, et 130 étudiants y furent reçus ^. L'école des Jésuites, attenante au séminaire, comptait à dater de IGOl, 500 élèves*.

lY

Depuis 1557, Canisius avait assidûment travaillé à la réforme catholique dans l'évêché d'Augsbourg par ses prédications à la cathédrale, l'enseignement du catéchisme, et les œuvres multiples d'un

aux abus trop réels qui deshonoraient l'Église, aussi bien dans le clergé que parmi les laKjues, font dire de lui avec raison qu'il a été le plus grand évcque qui se soit assis sur le siege de saint Burkhard. » W. Burkhard, dans l'Allegemeine Zpïtungr, iS^-2, app. 6-1, p. 91o.

1 Voy. KoMP, Fiirstaht Ball/iasar, pp. lOG-133, ** Egloffsteix, Balthasar von Dernbach, pp. 38 et suiv.

* ** Voy. Heppe. Entstehiinij, Kämpfe und Unierganrj evangelischer Gemeinden in Deutschand, iirlciindl. dargestellt, 1'' cahier, hammelburg und Fulda- (Wiesbaden, 1862), pp. 117 et suiv. Komp, Fürstabt Balthasar, pp. 293 et suiv. Egloffstein, Balthasar von Dernbach, pp. 77 et suiv

^ KoMP, Fürstabt Balthasar, pp. 288-299, Komp, Zweite Schule, p. 2S. ** Voy. l'article intitulé -.Zur Gesch. der Jesuitenschulen, dans les Ilist. pol. Blätter (1878), t. LXXI, pp. 235 et suiv.

* Litferae annuae, ad a. i6o5, p. 629, et a. iGoG, p. 385.

RESTAURATIO.X CATIIOLIQUR DANS L ICVECfli: D AUGSROURG. 231

zèle incessant dans la ville comme dans les campagnes *. Plusieurs Jésuites avaient secondé ses efIorts,s'attirant l'estime et la reconnaissance de tous, aussi bien comme guides dosâmes quo comme consolateurs et soutiens des pauvres et des malades. En 1582, grâce à la libéralité des Fugger, les Pères ouvrirent un lycée et une école à Augsboufg. La construction et l'organisation de ces établissements ne coûta pas moins de 96,000 florins 2. Les chanoines de mauvaises mœurs, les prêtres indignes du sacerdoce, redoutant dans les Pères de sévères censeurs de leur conduite, s'étaient opposés de toutes leurs forces à la venue des Jésuites à Augsbourg, et avaient répandu contre eux toutes les calomnies imaginables. « Nous pouvons aflirmer, » avaient écrit les Fugger à Grégoire XIII dix ans auparavant, «• qu'à l'exception do quelques misérables il n'y a pas, dans toute la ville, un seul laïque catholique qui ne regarde les Jésuites comme des modèles de vertu, qui ne tienne en grande vénération leur piété solide, et ne s'estime heureux de jouir de leur commerce et de leur bienveillance. Le clergé, il est vrai, pense différemment, mais leur antipathie n'est que trop facile à comprendre. En Allemagne, un grand nombre de chanoines et de prêtres surpassent les lansquenets les plus grossiers par leurs excès de toutes sortes, le luxe de leurs habits, les blasphèmes qu'il ont sans cesse à la bouche-'. » C'étaient précisément ces scandales qui avaient décidé les ducs Abert et Guillaume de Bavière, secondés par les Fugger, à fonder à Augsbourg un collège de Jésuites: comme eux, tous les bons catholiques ne comptaient que sur les Pères pour combattre les hérésies, pour former des caractères, des âmes fortement trempées; comme eux, ils comprenaient les services qu'ils pouvaient rendre, non seulement dans le diocèse d'Augsbourg, mais dans tout l'Empire, à cause de l'importance exceptionnelle qu'avait Augsbourg en Allemagne '^ Avec l'assentiment de leur Général, les Jésuites prirent l'engagement de respecter tous les articles de la paix de religion, et leurs élèves firent la même promesse 2. Le Conseil se montra assez tolérant à leur égard. L'évêque Henri de Knöringen, dans les rapports qu'il envoyait à Rome, loue à plusieurs reprises les égards dont les Catholiques sont l'objet de la part de la municipalité, sans que, pourtant, les Protestants aient aucun sujet de se plaindre *^.

* Voyez notre quatrième vo'iime, pp. 417 et suiv.

' Pour plus de détails, voy.Bit.vu.v, Gesch. des CiUleqiums der Jexiiiien in Augsburg, pp. 4-3G. Lettre des Fugg-er à Grégoire XIII, 3 janv. 1563, dans Theiner, t. lïl, p. 414.

ä Steichele, Beiträge, t. I, pp. 50-53.

♦ * Voy. Theiner, Annales, t. 1, p. 89.

^ Voy. ces lettres dans Theixek, t. I, pp. 31, 39, 84 et suiv. ' Voy. Br.yun, pp. 26-27.

252 RESTARUATION CATIIOLIQUR DANS l'ÉVICCHÉ D'aUCSBOURG.

Jacques Spanmiller, surnommé Ponlan, l'un des plus grands pédagogues du siècle, exerçait au lycée catholique la charge de préfet des études; jusqu'en löO.j, le nombre des élèves fut de 380; l'année suivante, il atteignit le chilïVe de 400 '.

A partir de 1580, les Jésuites instituèrent à Augshourg quatre congrégations d'étudiants et d'hommes fails^. Ils donnaient de fréquentes missions dans les villages environnants-'. En 1001, vingt et un villages, tombés dans le plus lamentable état moraipar suite du manque absolu de prêtres, revinrent à la foi catholique '*. La plupart des habitants firent une confession générale. A Augsbourg, où Ganisius, au commencement de son apostolat, voyait à peiue cinquante auditeurs autour de sa chaire; où, à Pâques, 800 personnes tout au plus recevaient la sainte communion, on comptait, en JoOo, ii,oOO communions pascales ^; en IGOO, 4,000; dix ans après 0,700 '^.

L'école de Dillingen, plus tard élevée au rang dUniversité et fondée par Otto de Truchsess, avait mérité des contemporains le surnom de «perle de l'évêché ». C'est là qu'en loG4 les Jésuites avaient, pour la première fois, donné des preuves de leur rare talent pour l'éducation de la jeunesse. En ITiSo, Grégoire XIII constitua 3,000 écus de rente à la ville pour la fondation d'un séminaire ".En 1600, cet établissement comptait déjà 230 élèves; l'Université inscrivait annuellement GoO étudiants sur ses registres, et parmi eux, beaucoup déjeunes gentilshommes venus de diverses contréesde l'Allemagne. Six ans plus tard, le nombre des étudiants s'élevait à 730 ^. « Les Jésuites de Dillingen, » disait un polémiste protestant, « peuventà juste titre être considérés comme les êtres les plus dangereux, car ils sont extrêmement instruits, ils prêchent, ils enseignent avec une infatigable ardeur, et semblent, plus encore que tous les autres papistes, agir sous l'inspiration du démon; ils ont l'art de persuader aux enfants et auxadultes de revenir à l'idolâtrie papiste. Dans ce but, ils emploient tous les moyens, tous les artifices imaginables, etravissent à l'Évangile un nombre incalculable d'âmes. Eux et tous les partisans qu'ils se sont faits dansla noblessesont, pour le dire en un

' Litterœ annuac, ad a. iG05, p. 629; ad a. iGoC, p. 305.

* Voy. Braun, pp. 127 et suiv.

' Voy. BR.\itN, pp. 138 et siiiv.

* Flotto, pp. 34 et suiv. Voy. Steichele, Beiträge, pp. 49-o0. ' Rapporte van Gennep dans la lettre citée p. 229, note 4.

•■' Steichele, Deitr'ïffe,t. 1, p. Ö3.

" Hausmann, Gesch. des chenwliffen päpf fliehen Alumnates in Dillingen (Dillinçen, 1883) et ** Duim, dans VU ist. Jahrbuch, 188C, p. 7, pp. 309 et suiv.

^ Voy. Steichele, Beitröge, t. I, pp. 14-15, pp. 55-C3. Litterae a}inuae, ad a. iGoG, p. 380. Voy. aussi la chronique de Zimmerich.

SITUATION I'.RLIGIEUSE DAiNS L EVEGHi-: DE BAMBERG. 2S3

mot, d'exécrables scélérats, et malheureusemeat il n'est pas aisé de se débarrasser d'eux ^ »

Grâce au zèle et aux écrits des Pères, un grand nombre de conversions s'opérèrent dans la noblesse. Le comte Ulrich de Helfensteim de Wiesensteig, autrefois entraîné vers les nouvelles doctrines par le prévôt de ïubingue, Jaccjues Andrea, avait sécularisé la collégiale de Wiesensteig : le Père Jean Rabenstein, de Dillingen, le convertit à l'ancienne religion-. Le comte Schweickart d'Elfenstein et sa femme Marie, comtesse de Hohenzoilern, tous deux issus de la branche alsacienne de cette illustre famille, rentrèrent aussi dans le giron de l'Église, et le comte fonda à Landsberg un collège où quarante-cinq jésuites donnaient l'enseignement à la jeunesse (1001)3. Le comté et le domaine seigneurial de Bissingen firent aussi retour à l'ancienne foi.

Dans l'évêché de Bamberg, au commencement du xvii" siècle, la situation religieuse semblait désespérée. L'évéque Reidliard de Thüngen (1591-lo38), docile aux conseils du duc Guillaume de Bavière et de l'évéque de Wurzbourg, avait travaillé avec ardeur à la restauration catholique ; il avait même annoncél'intention de fonder un collège de Jésuites à Bamberg '^ Mais, après sa mort, le chapitre, en grande partie protestant, réussit à faire élire le doyen Philippe de Gebsattel (loOD). Pour obtenir la sanction papale, le nouvel évèque prêta serment à la confession de foi du Concile de Trente, protesta de son dévouement pour la cause catholique, et promit au Saint-Siège une soumission entière. Mais à peine eut-il obtenu ce qu'il souhaitait, qu'il leva le masque, refusa de recevoir les ordres et de se faire sacrer, autorisa les prêtres de son diocèse à se marier, et s'entoura de femmes de mauvaise vie. « Il faut que je vous confesse en grande confidence, » écrivait l'évéque Jules au duc Maximilien de Bavière le 23 mai 1603, « que les choses marchent bien mal à Bamberg; l'évéque, aussi bien que plusieurs prêtres de son entourage, mènent la vie la plus scandaleuse qu'on puisse imaginer. Le clergé n'est astreint à aucune règle. Le doyen, dans lequel nous avions une si grande confiance, entretient une concubine; il n'y a pas longtemps qu'il a célébré publiquement un baptême, et prié le frère de l'évéque d'être parrain. Celui-ci a envoyé à la cérémonie ses conseillers et gentilshommes. Tout le jour s'est passé dans l'orgie et dans la dé-

* Wölfe im Schafspeltc, feuille 13-17.

» Le 24 avril 1567. Sacchinus. F/toCo/ifSiï, pp. 237-239. Riess, 359-360. Document notarié de la conversion du comte, communiqué par Baumaan; archives diocésaines de Fribourg, t. X, pp. 115-119.

' Lllterae annuae , ad a. i6oi,p. 501.

* Pour plus de détails, voy. Sïieve, Die Putiti/i Bayerns, t. I, pp. 387-394.

2o4 SITUATION lŒLIGlKUSK DANS L ARGMEVKCHK DE SAI.ZBOUUG.

bauche. L'évêque a plutôt les mœurs d'un seigneur licencieux que celles d'un prèlre. Sa conduite scandalise extrêmement les gens du peuple; enîia on en est veim à croire et à répéter qu'il n'existe peutêtre pas un seul prêtre catholique de mœurs irréprochables. » « La maison de l'évêque est sur un très grand pied; à sa cour, les charges sont toutes occupées par des protestants. Deux gentilshomme calvinistes sont ses plus intimes confidents. 11 professe une extrême aversion pour les Jésuites ; il ne parle du Pape qu'avec mépris; il montre la plus vive antipathie pour les dévotions catholiques, la messe quotidienne, les jeûnes, les pèlerinages; il se moque delà doctrine du purgatoire et du culte des saints ^. »

Ce ne fut qu'après la mort de Gebsattcl (1609) que, sous le gouvernement de l'évêque Jean Gottfried d'Aslihausen, prélat d'une conduite exeniplan'e et d'une science étendue, un lieureux changement se produisit. Gottfried confia aux Jésuites la chaire de la cathédrale et la direction du séminaire, et bâtit un collège pour les Pères, qu'il chargea de l'inspection des treize écoles de la ville, de la direction de cinq hospices et de deux léproseries 2. Son vicaire général, Frédéric Forner, évêque consacré, avait été très persécuté sous le précédent évêque à cause de son zèle pour la religion; aussi mettait-il beaucoup d'ardeur à combattre le Protestantisme '^.

Dans larchevêché de Salzbourg, les choses s'étaient passées à peu près de même. A Georges de Khuenberg avait succédé Wolf Dietrich de Raittenau (1587 1612). Georges, d'abord coadjuteur, puis archevêque, avait énergiquement travaillé à la restauration de la foi catholique : sa conduite édifiante, sa sollicitude pour les pauvres et les orphelins, son zèle pour la science et le progrès des études l'avaient fait aimer et respecter de tout le monde '^. Wolf Dietrich, au contraire, n'était pieux qu'en apparence. Peu de temps après son élection (1588), il publia une ordonnance portant que quiconque refuserait do se faire catholique dans un délai de quinze jours devrait, sans retard, quitter le pays; mais tous ceux qui le connaissaient à fond savaient bien qu'il n'agissait que par politique, et qu'en réalité il se souciait fort peu des prescriptions de l'Église; il vivait

» Stieve, Die Politik Bayerns, t. I, pp. 396-40(5, t. II, p. 920. C. A. Stumpf, Zeitschrift jur Bayern und die anyrenzenden Lander (Munich, 1846), t. I, pp. 1(3-35. ** Voy. Mayh.Dkeisi>üeu, Wolf Dietrich von Raittenau, p. 183, nole 128.

- Weber, Gesch. der Gelehrten Schulen in Bamberg, p. 94. '^* Voy. la inonog'i'aphie de Weber., Joh. Gott fr. von Aschhausen, Fürstbischof von Bambery und Ilersoj SU Franken, Wurzboiir^-, 1889.

' Voyez sur lui l'arlicle publié dans les Ilist, Polit. BldUer, t. LXXXVI, pp. 563-582, 656-(w-J.

' AV'oLF, Geschichtliche liilder, p. 180.

SITUATION REMÜiEUSE DANS L ARCHEVÊCHÉ DE SALZBOURO. 250

avcclii ülle d'un bourgeois de Salzbourg dans un concubinage connu de tout le monde, et dépensait pour sa maîtresse et ses enfants (trois fils et sept tilles) des sommes considérables. La vie qu'on menait à sa cour était tellement licencieuse que beaucoup en avaient horreur. Les Jésuites lui ayant fait un jour de sérieuses représentations sur sa conduite, Wolf Dietrich les traita de coquins, de valets du diable, menaça de les expulser de son évèché, et de ne jamais les rappeler ^. Il dit un jour à un délégué du prince calviniste Christian d'Anhalt, qu'il était prêt à accorder à ses sujets la liberté de religion; que lui et ses pareils n'avaient rien à voir dans ce qui se passait au fond des consciences ; qu'il n'appartenait pas aux princes de traiter les choses du ciel, que tous les hommes n'avaient qu'un Dieu, qu'un Rédempteur, sur lequel reposait l'édifice du Christianisme; que chez les juifs de l'ancienne loijl y avait eu aussi des sectaires, des pharisiens, des sadducécns, desesséniens,que pourtant ils n'avaienteu qu'une synagogue, (|u'un temple, et que leurs divergences ne les avaient pas empêchés de vivre en paix '^.

Sous le gouvernement de Wolf Dietrich, le Protestantisme eut donc toute liberté de s'étendre et de s'atTerrair. Ce ne fut que sous son successeur, Marx Sittich, comte d'Hoheuhembs (1612-1617), quo de sérieuses mesures furent adoptées pour le rétablissement de l'unité de la foi; environ 600 protestants furent contraints de s'expatrier^. Même du côté catholique, on blâma l'excessive rigueur de l'archevêque; la nouvelle doctrine avait poussé dans le pays de profondes racines depuis nombre d'années et le comte, disait-on, aurait pu montrer plus de patience. Cette sévérité fut d'un effet d'autant plus fâcheux que Marx Sittich ue se distinguait nullement, comme Jules de Mespelbrunn ou Balthasar de Dernbach, par une vie exemplaire et apostolique, par un zèle sincère, par la charité et la sollicitude envers les pauvres et les malades; au contraire, il vivait en prince temporel, dans le luxe et le faste; entouré d'une cour brillante, il aimait avec passion les divertissements, les fêtes, le théâtre ; il se plaisait à faire représenter des pastorales et des opéras ;

* Lettre d'un coasciller "«ecclésiastique de SalziiourjÇ, datée du 2 oct. 1606, dans les Theologischen Miscellen, cahier l'^''. pp. 21-28. ** Voy. Mayr Deisi^üek, Wolf Dietrich von Raittenaa. L'auteur établit que dans ses etforts de « contre-réforme » Wolf n'était nullement dirigé par les convictions religieuses, mais purement poussé par le désir égoïste d'obtenir des voix à Rome au moment de l'élection cardinalice. Ucçu dans cet espoir, il ne songea plus jamais à mettre obstacle, dans son territoire, au développement du Luthéranisme.

* Ritter, Briefe und Acten, t. Il, pp. 203-203.

' En d613 et 1014. Pour plus de détails, voy. les rapports envoyés par le secrétaire de l'archevêque Jean Steinhauser, dans Wolf, Geschichtliche Bilder, pp. 187-227.

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