‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 130 sur 573 · APPEL A LA GUERRE DE RELIGION · texte numérisé non relu

APPEL A LA GUERRE DE RELIGION

L'Électeur palatin, de son côté, excitait contre Rome les haines protestantes. Au mois d'avril 1606, il envoyait au duc de Wurtemberg et aux autres princes du Saint-Empire, ainsi qu'aux paroisses protestantes de Pologne, un écrit de Löfenius i, son publiciste habituel, intitulé : Avertissement à tous les potentats chrétiens, afin de les mètre en garde contre les complots de V Antéchrist. « Le Pape, » assurait Löfenius, « prétend se faire obéir de toutes les puissances chrétiennes; il veut imposer sa loi, même dans les questions temporelles, et fonder la monarchie universelle espagnolepapiste. Une fois parvenu à ses fins et soutenu par les Jésuites, il autorisera ses fidèles à exterminer les hérétiques; il fera même un devoir aux sujets de se révolter contre leurs maîtres. Les princes évangéliques vivent au milieu de perpétuels dangers, environnés de sanglants complots ; aussi doivent-ils, unis aux autres nations protestantes, se préparer à la défense, et, malgré leurs dissentiments sur certains articles de foi, s'allier étroitement pour déjouer les desseins perfides du Pape et des Jésuites. » Ces complots, Löfenius en démontrait l'existence à l'aide de phrases habilement séparées de leur contexte, dont il défigurait le sens, et qu'il avait trouvées, disait-il, dans le droit canon et dans les ouvrages de théologiens et conlroversistes catholiques.

Tout ce qu'il avançait, il s'imaginait le prouver. De même qu'il avait cru démontrer, dans le domaine de la politique, que l'Empereur devait se soumettre à la juridiction de l'Électeur palatin -, de même, dans le domaine théologique, il affirmait, s'appuyant sur force citations latines, que l'idolâtrie papiste ne se bornait pas à l'adoration des hosties, des hommes morts, au culte des images ou des statues, mais qu'elle rendait aussi au Pape des honneurs divins, avec prosternations, baisements de pieds et adorations 3. On peut se faire une idée de son argumentation, en examinant ce qu'il avait prétendu découvrir autrefois dans les fameux tableaux des Jésuites de Prague ^, qui, selon lui, prouvaient avec la dernière évidence que l'Empereur, le roi d'Espagne, les archiducs d'Autriche et les ducs de Bavière avaient formé le projet d'attaquer, d'opprimer et de

de l'Université de Wurtemberg et du ciiapelain du comte de Lippe (1604) offrent de nombreux et intéressants détails; voy. Londorp, t. I, pp. 898, 899.

' Ritter, Gesch. der Union, t. I, p. 128, note 3. Cet écrit parut sans nom d'auteur.

' Voy. plus haut, p. 18i.

3 Dans son Antiphilippica (1608), voy. Stieve, t. H, p. 919; voy. Goldast, Politische Reichshandel, p. 633.

* Voy. plus haut, pp. 78 et suiv.

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mettre à mort, par tous les moyens en leur pouvoir, les membres du Saint-Empire, déclarés hérétiques par l'Église romaine i.

« On pourrait compter par centaines les écrits difiamatoires, mensongers, incendiaires, composés à cetteépoquc contre les Jésuites et les Catholiques de toutes les classes. Ces viles calomnies atteignirent leur but, et portèrent au comble l'exaspération du pauvre peuple allemand abusé, contre ceux de l'ancienne religion. »

On publiait des appels au peuple dans le genre de celui-ci :

Chassez de oliez nous les Jésuites,

Celte engeance d'enfer, ces esclaves du diable !

Ou bien, assommez-les, car Dieu le veut !

Un « pieux poète » voulait voir non seulcinent les Jésuites, mais aussi les évêques attachés tous au pilori :

Au pilori toute la race infernale !

C'est ainsi qu'on en use avec les sorciers !

Ne sont-ils pas tous les enfants du démon *?

Un écrit publié à Mulhausen en 1603 invitait la noblesse allemande, dans les termes les plus passioimés, à s'armer contre le Pape et à soulever la guerre de religion. Le salut de la patrie exigeait le massacre de l'Antéchrist, des princes d'Empire ecclésiastiques et de tout le clergé catholique : « Le Pape et ses suppôts sont les seuls riches, en ce monde, » lit-on dans cet opuscule, dédié à un gentilhomme de Rithmanshausen ; «. ils se sont emparés par la violence de tout notre argent, de toutes nos propriétés, à force de tromperies et de mensonges ^ ».

(( 0 pieux chevaliers d'Allemagne, vous voilà donc devenus les esclaves de ces misérables sodomites! vous voilà tous ruinés, dépouillés! Pourquoi ne résistez-vous pas avec énergie à ces loups ravisseurs, à ces scélérats, à ces brigands papistes ? Ouvrez les yeux, il en est temps, si vous ne voulez devenir les vassaux de la prêtraille! ^ » « 0 nobles de l'Allemagne chrétienne, puisse ma plainte l)énétrer jusqu'à votre cœur, car personne ne prend en main la défense de la bonne cause ! » « Malheureusement vous êtes retenus par la peur de perdre vos biens temporels. Voyez, pourtant, quelle exécration la grande bande profefse pour Luther! Les évêques et leurs tondus se sont engagés par serment à combattre Dieu et la vérité. Les villes redoutent l'Empereur Néron. Les princes ont tous des enfants, des frères, des neveux qui attendent des bénéfices, des

* Anliphilippica, voy. Goldast, Politische Reichshandel. p. 635.

^ Nous parlerons ea détails des polémistes de cette époque et de leur influence dans le second livre de ce volume.

' Jesuiler-Spieffel {ily9ü), op. 133, 134.

* HASE^•MÜLLER, IHst. JesuelicL ordinis, trad. ail. de Leporinus, pp. G'^ß, 627.

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