CHAPITRE XXI
PRKLIMINAIRES DE l'UNION
Cepeudant les Électeurs ecclésiastiques attendaient toujours la réponse du message par lequel ils s'étaient efforcés de faire comprendre à l'Empereur qu'en raison des intrigues du parti palatin il était urgent d'organiser la ligue des membres d'Empire catholiques et des membres protestants restés fidèles *. Ce ne fut que le 3 janvier lG06que Rodolphe déclara enfin à l'Électeur de Cologne, venu pour le visiter à Prague, qu'il avait la conviction que jamais un membre catholique ne serait attaqué par un membre protestant; mais que, le cas échéant, il devrait aussitôt en être informé, afin de pouvoir prendre à temps les mesures nécessaires au rétablissement de l'ordre; il ajouta que, pour le moment, il croyait imprudent d'organiser la ligue catholique, parce qu'elle ne servirait qu'à fournir prétexte aux adversaires d'en former une à leur tour. Ses ministres confièrent à l'Électeur qu'il n'était pas impossible que, l'Empereur eût noué des « relations singulières » avec les Protestants, et qu'à la prochaine Diète, si quelque mesure contre les Évangéliques était adoptée, « Sa Majesté ne prît une résolution bizarre et imprévue ^ ».
L'Électeur Ernest fit de vaines démarches auprès de l'archevêque de Mayence au sujet de la ligue catholique, et n'eut pas plus de succès près du duc Maximilien de Bavière. De retour de Prague, il envoya l'un de ses plus intimes confidents à Maximilien pour lui demander comment, à son avis, lesCatholiques pourraient se défendre contre les Turcs et les Hongrois et contre les complots des princes protestants? Un interrègne était probable, puisqu'on ne pouvait rien obtenir de l'Empereur malade, et qu'il refusait absolument de s'occuper delà question de succession au trône. Quel parti le duc comptaitil prendre dans ce dernier cas? « A tous égards, » répondit Maximilien, « une entente solide et sincère entre les princes catholiques me paraît indispensable ; mais il importe d'en bien peser les conditions. 1,'Empereur s'y montre très opposé. Les membres pro-
* Voy. plus haut, p. 273.
» Stieve, Die Polilik Bayerns, t. II, pp. 779, 780, note 2b.
QUESTION DE LA SUCCESSION A l'eMPIRE. 160.0. 289
testants so sont, il est vrai, ligués, et il est plus que probable que leur union n'a pas seulement pour but leur sécurité, mais encore la ruine du Catholicisme en Allemagne; cependant, jusqu'à présent, ils ont tenu leurs plans très secrets; à peine si de loin en loin quelque chose en transpire; si l'on organise une ligue, ils en seront bien vite instruits. Les Catholiques sont toujours lents à se mettre en mouvement ; avant qu'ils n'aient terminé tous leurs arrangements^ les Protestants, informés de leurs desseins, saisiront le prétexte longtemps attendu pour révolutionner l'Empire, et mettre leurs projets à exécution. De plus, on ne peut compter sur le concours de tous les princes ecclésiastiques; l'archevêque de Salzbourg et les évêques de Wurzbourg et de Bamberg se tiendront certainement à l'écart sans aucun motif sérieux: prétextant seulement la dépense trop grande, ils se sont retirés de la ligue de Landsberg. H semble presque impossible de les décider à entrer dans une combinaison nouvelle ^.»
Voilà quelle était la pensée réelle, les sanguinaires complots des princes papistes et « des bourreaux bénits par le Pape ».
Pendant ce temps, le parti palatin travaillait activement à la formation de l'Union protestante, et cherchait à y attirer les souverains étrangers. 11 se préoccupait aussi de la question de succession. En avril IGOo, le conseiller palatin Löfenius écrivait à ce sujet : « Le Pape, le roi d'Espagne et les princes catholiques se sont déjà entendus sur l'élection du futur Empereur. Leur premier soin sera d'attaquer l'Électeur palatin, auquel doit revenir le vicariat d'Empire. Il faut donc prendre une décision immédiate, et convenir d'avance du prétendant (ju'on veut favoriser, car sans cela on marchera toujours dans le brouillard. Il est indispensable de s'entendre à ce sujet avec la Saxe et le Brandebourg ». Löfenius proposait d'élire le roi de Danemark, et voyait eu lui un prétendant très désirable. A coup sûr, le Pape et l'Espagne s'opposeraient de toute leur force à ce choix, et il serait possible qu'un Empereur catholique fût élu; mais pourvu que les trois Électeurs laïques restassent unis, on pourrait triompher de toutes les difficultés, car, auparavant, on verrait à s'assurer l'appui de la Bohème. L'un des Électeurs ecclésiastiques se laisserait peut-être gagner, en réfléchissant que, si les prêtres restaient tous groupés, c'est vers eux, tout d'abord, que serait dirigée la guerre. Si le roi de Danemark refusait la couronne, on penserait à quelque personnage moins en vue, par exemple au frère de l'Électeur de Saxe, et ce ne serait pas la première fois qu'on
1 Stieve, t. II, i)p. T8l-78i.
290 RELATIONS E.NTRK LE PAI-ATINAT KT LA FRANCK DKPUIS 1005.
verrait un comte monter sur le trône imperial. Christian d'Anhalt recommandait le prince calviniste Maurice d'Orange. Mais plusieurs conseillers de rÉIecleur palatin (Haient d'avis qu'il serait impolitique d'élire un protestant. Ils penchaient pour l'archiduc Maximilien, qui, à leur avis, r(''unissail toutes les conditions désirables. Souteim par les membres d'Empire protestants, Maximilien pourrait obtenir la couronne de Bohême et, avant son élection, on exigerait de lui la promesse qu'il remédierait aux « griefs » exposés par le parti révolutionnaire palatin, et donnerait au traité d'Augsbûurg la même interprétation que lui. Frédéric, grâce à son appui, se ilatlait de recouvrer les territoires cédés à Nuremberg, ainsi que le gouvernement d'ilaguenau, et Christian d'Anhalt le pressait de prendre l'initiative de ces négociations avec l'arcbiduc, et de travailler à se rendre d'avance'le futur Empereur favorable *.
Toute l'alfaire de l'élection devait être réglée avec Henri lY, et l'on devait veiller à ce que la France pût conserver en paix les cvêchés détachés de l'Empire.
Cependant 1 archiduc Albert s'était posé en prétendant. Frédéric, au mois de novembre 1605, chargea Maurice de Hesse de s'employer auprès d'Henri IV pour qu'il s'efforçât d'anéantir les espérances du prince de Habsbourg, Maurice avait mission de représenter au roi que, dans le cas de l'élection d'Albert, il faudrait s'attendre à lui voir renouveler d'anciennes querelles entre la Bourgogne et la France; que le serment prêté le jour de son couronnement lui fournirait un excellent prétexte pour reconquérir, au profit de l'Empire, les Trois Évêchés, qu'il réunirait au Luxembourg; qu'il pourrait ainsi se rendre aisément maître du pays de Julliers; que, dans le cas où ces deux événements deviendraient des faits accomplis, le roi ne pourrait plus enrôler en Allemagne de troupes auxiliaires; (ju'une frontière redoutable serait élevée du côté de la France; qu'Albert contraindrait ses sujets à marcher contre la France et contre les Pays-Bas, et qu'ainsi les sommes dépensées pour ce dernier pays seraient entièrement perdues. Maurice devait ajouter que, si le roi comprenait de même la situation, l'Électeur palatin était prêt, ainsi que le landgrave de Hesse et plusieurs autres princes protestants, à entrer avec lui dans des relations confiantes et confidentielles -.
A la fin de décembre, Henri fit savoir aux princes qu'il était dé-
« Ritter, Briefe und Acten, t. I, pp. 439-413, 457, 487.
- Ritter, Briefe und Aden, i. I, pp. 461-462. Voy., pp. 466-469, les propositions faites à Henri IV, à la date du 27 janv. 1606.