LES ÉVÉNEMENTS DE DOXAWERTH
tation contre la procession annoncée. Il rappelait Temeute de l'année précédente, la qualifiant simplement do « tumulte regrettable », et, quant à la procession, déclarait se réserver « les droits qui appartiennent ù l'autorité en présence de manifestations illégales * ». Le bourgmestre dit aux commissaires qui, le 23 avril, se présentèrent au nom de Maximilien, « que l'affaire était grave, qu'il ne pouvait rien faire sans l'assentiment des habitants; qu'on allait rassembler toutes les corporations, mais le lendemain seulement, l'heure étant trop avancée; que la plupart des habitants étaient sans doute ivres, et qu'ils étaient d'ailleurs « d'humeur difficile et turbulente ».«Le jour suivant, comme nous nous disposions à nous rendre au couvent de Sainte-Croix pour y entendre la Messe, » écrivirent les commissaires au duc, « la rumeur publique nous apprit qu'une partie des habitants, armés de mousquets, de massues, d'arquebuses, s'étaient portés en foule vers l'Hôtel de ville, criant qu'ils châtieraient quiconque ne prendrait pas sa meilleure arme pour assommer les commissaires et les serviteurs de prêtres, et qu'ils les feraient périr de leurs propres mains. » « Deux cents hommes environ se dirigèrent vers le couvent, dans l'intention de le piller, et peut-être de mettre à mort l'Abbé et les religieux ; tous, dans le chemin, avaient à la bouche de sinistres menaces. Nous voyant exposés à un danger si extrême et si imminent, nous avons, du mieux que nous avons pu, barricadé les issues du monastère et verrouillé les portes ».
Bien que le conseil fût, au fond, avec les insurgés, il fit semblant de vouloir rétablir l'ordre; mais en même temps il déclara aux commissaires qu'il ne pouvait répondre de rien, qu'il n'était pas maître de la population.
Les commissaires cédèrent à la force et se retirèrent, non sans avoir signifié au conseil que, dans un délai de six semaines, il serait mis en demeure de se prononcer et de déclarer nettement si, oui ou non, il avait l'intention de se soumettre.
« Du reste, » lit-on dans le rapport des commissaires, (( nous ne cacherons pas à Yotre Grâce que ce sont ceux qui ne possèdent rien, gens déclassés, sans aveu, sans ressource, désespérés, dépravés, qui ont engagé et entraîné les autres dans cette grave et inquiétante aventure. 11 paraît qu'un joaillier nommé Schenk a été le principal fauteur de tout le désordre. C'est lui qui a appelé le premier la population aux armes, criant qu'il fallait assommer tous les Catlioliques, et aussi les commissaires. » En présence de plu-
' LossEN, p. 11, IMberlin, t. XXU, p. 444.
LES KVÉ.XEMENTS DE DOXAWERTH. 1607. 200
sieurs de nos serviteurs, il a dit que les habitants de Donawerth se souciaient fort peu de l'Empereur ou du prince de Bavière, que ces grands personnages n'avaient qu'à se présenter, qu'on les jetterait dans le Danube, ou bien qu'on les pendrait haut et court aux murailles de la ville, la langue transpercée d'un fer rouge. L'un des bourgmestres, boucher de son état^ a supplié les habitants de rester calmes, de laisser les Catholiques libres de faire leur procession; mais ils lui ont répondu : « Vous avez mis les cloches en branle avec nous, maintenant qu'il s'agit de se mettre en train, la peur vous fait reculer! Puisqu'il en est ainsi, nous nous chargeons de faire nous-mêmes la besogne, que cela vous soit agréable ou non, car nous ne pourrions abandonner ce qui est commencé sans nous exposer à la risée de toutes les villes d'Empire ^. »
A dater de ce moment, l'affaire de Donawerth prit un caractère grave, et menaça d'allumer en Allemagne un vaste incendie.
Le comte palatin Philippe-Louis deNeubourg, et la cité d'Ulm, auxquels le conseil de Donawerth avait expédié une demande de secours, invitèrent un certain nombre de membres d'Empire luthériens à se réunir à Nordlingen pour délibérer sur ce que la situation commandait de faire. Les ambassadeurs de Neubonrg, d'Ansbach, du Wurtemberg et de plusieurs autres cités libres, firent, au mois de mai 1687, la déclaration suivante : « Le conseil de Donawerth est dans son droit vis-à-vis de l'Abbé et de l'évêque d'Augsbourg ». Bien que la ville eût reconnu la compétence et l'autorité du Conseil aulique, l'assemblée déclara nul l'arrêt porté contre elle, niant que le tribunal suprême eût le droit de le rendre. Elle déclarait illégale l'intervention de Maximilien, prétendant que, d'après la constitution de l'Empire, l'exécution des arrêts de la Chambre Impériale ne devait être confiée qu'au chef du cercle, et que le duc de Bavière n'appartenait pas à ce cercle. La même assemblée adressa aussi un message à Rodolphe, le suppliant d'ordonner à Maximilien et à l'évêque d'Augsbourg de cesser leurs poursuites. Les princes protestants espéraient retarder le cours de la justice jusqu'à la prochaine Diète, et trouver alors quelque moyen d'empêcher l'exécution du ban "-. Se fiant à ses alliés, le conseil de Donawerth prolesta de nouveau contre l'arrêt porté contre lui et contre les prétentions de Maximilien. Six semaines se passèrent
' Voy. WoLF, t. II. pp. 109-204. Le petit conseil, dans lequelles membres des familles les plus considérés étaient élus de préférence, avaient cédé aux instances des commissaires ; mais il n'en avait pas été ainsi au grand conseil, dont les membres appartenaient aux corporations. Voy, Lossex, Donauwörth, p. iO,BjTTER, Gesch. der Union, t. II, pp. 196-197.
* LobSEX, pp. 12-14, Stizve, pp. 85-92.
300 I-ES KVIÎNEMENTS DR DONAW'ERTH. 1607.
sans qu'il se mît on nnesure d'obéir. Penriantce tfmp«, les religieux et les Catholiques restèrent en butte à toutes sortes d'outrages et de vexations K
Mais le duc de Bavière n'était pas homme à subir patiemment un affront. Le ^(5 avril, il envoya à IKmpereur par l'un de ses agents le compte rendu de tout ce qui s'était passé, etil y ajouta ces mots : « Votre Majesté pourra se convaincre par elle-même que le conseil a non seulement agi contrairement à la paix civile et religieuse, et cela d'une manière très répréhensible, mais encore qu'il affecte, à l'égard de Votre Majesté, une arrogance dont aucun membre d'Empire n'a jusqu'ici jamais donné l'exemple. 11 a congédié, sans lui témoigner aucun égard, la commission que, dans sa bonté, Votre Majesté lui avait envoyée ; il a continué ses attentats contre le droit et la justice-, non seulement mes délégués ont été sur le point d'être jetés en prison, mais les conseillers ont tenu des propos insultants sur Votre Majesté et sur moi » «. Si l'Empereur laisse impunie une pareille insolence, il doit s'attendre à bien autre chose, car les conseils des villes libres, dans lesquelles notre foi seule véritable et justifiante subsiste encore, et qui suivent les événements d'un œil attentif, voyant l'indulgence dont on userait envers Donawerth, oseraient très certainement, à leur tour, contraindre et entraver tellement les Catholiques dans l'exercice de leur culte qu'enfin notre religion serait totalement et partout abolie. Aussi semble-t-il indispensable de montrer de l'énergie. » Le duc se déclarait prêt à exécuter les ordres de l'Empereur dans tout ce qu'il lui ordonnerait, « car, » disait-il, « si l'injure faite à votre commission et à moi restait impunie, nous verrions bientôt, et l'un après l'autre, les membres d'Empire suivre l'exemple donnée refuser l'obéissance sous un prétexte ou sous un autre, et mépriser les commissaires de Votre Majesté 2 ».
Mais de la cour de Prague il était impossible d'attendre une résolution prompte et sage. L'Empereur, toujours malade, continuait à prendre peu d'intérêt aux affaires publiques; se? conseillers, divisés d'intérêt, étaient, en grande partie, faciles à corrompre. Un message expédié au duc le 13 juin fit comprendre à Munich « que du côté de l'Empereur, on n'était pas d'avis d'exécuter le ban ».Leduc pria alors Rodolphe, s'il n'était pas décidé à le prononcer de suite, de vouloir bien le dispenserde s'occuper davantage de cette affaire-^. La fermeté de Maximilien, le mécontentement excité par l'attitude
' LossEN, pp. 14-15, Stiea'e, p. 109.
ä Voy. WoLF, t. II, pp. 205-207.
' WûLF, t. II, pp. 213-215.