‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 140 sur 573 · LES ÉVÉNEMENTS DE DONAWERTH · texte numérisé non relu

LES ÉVÉNEMENTS DE DONAWERTH

de l'assemblée de Nordlingen, qui avait nié la compétence du Conseil aulique, amenèrent enfin la solution désirée : Le 3 août, le ban d'Empire fut prononcé contre la ville rebelle, et le héraut impérial se préparait à en remettre l'acte au duc, lorsque arriva de Donawerth l'annonce de la soumission du conseil : «L'émeute, »écrivait le bourgmestre, « avait été excitée d'une manière criminelle par la populace surexcitée, mais il n'en était pas responsable. A partir de ce moment, les conseillers avaient été en continuel péril de mort. Déjà deux insurgés avaient été jetés en prison; c'était contre les excitateurs populaires et contre leurs complices que l'Empereur devait sévir. » Rodolphe résolut alors d'user d'indulgence et se déclara satisfait, pourvu que le conseil garantit, par une promesse écrite, la liberté et la sécurité du culte catholique, et promit de traiter les coupables avec une juste sévérité.

Se conformant au désir de Rodolphe, Maximilien envoya à plusieurs reprises des commissaires à Donawerth. Ceux-ci, après six jours de pourparlers, reçurent enfin du petit conseil les garanties demandées. Le duc, considérant alors que sa mission était terminée, expédia à l'Empereur la lettre d«^ garantie du conseil *.

Mais dès le 10 septembre, la paix fut troublée. Le grand conseil des vingt et les corporations refusèrent de confirmer la lettre de garantie. Un comité, élu par les corporations, s'empara des clefs de la v'Ue; les ouvriers, quittant leurs ateliers, passaient les jours et les nuits dans les tavernes; la populace, surexcitée par un prédicant fanatique, proférait des menaces de mort contre « l'engeance des moines ;), et parlait de marcher sur le monastère de Sainte-Croix. Le petit conseil avait livré au duc les deux prisonniers les plus compromis; il le priait maintenant d'attendre quelque temps avant de commencer l'interrogatoire et le procès des autres inculpés. Maximilien promit d'appuyer cette requête auprès de l'Empereur, pourvu que le libre exercice du culte catholique fût garanti, et que la loi édictée par l'autorité, portant qu'aucun catholique ne pourrait être admis au conseil, fût abrogée. Ces réclamations étaient modérées, et de tout point conformes à la paix de religion. Les commissaires, chargés de les faire accepter par le grand et le petit conseil et par le comité des corporations, furent avertis, avant leur départ, de se montrer conciliants quant à la question de l'exercice public du culte, et de ne pas user d'un zèle intempestif, de crainte de réveiller les passions populaires ^.

Tout travail avait cessé à Donawerth lorsque les commissaires y

> WoLF, t. Il, pp. 218-221.

Stiëve, Ursprung, p. 1^3.

302 I>ES KVKNEMENTS DK DONAWFJtTlI. 1G07.

arrivèrent; presque toute la ville était ivre. « Dès neuf heures du matin, » écrivirent-ils au duc, « le conseil parlait de répondre innnédiatcineiit à notre message, et cependant, à cin(j heures du soir, nous n'avions encore rien reçu. Le bourgmestre Wurm était à moitié ivre, le syndic l'était complètement. Tous deux nous prièrent, puisque tout le monde était hors d'état de s'occuper d'affaire, de prendre patience jusc^u'au lendemain. Un tonnelier, deux gardiens de la ville et quelques jeunes garçons, tous ivres à ne pouvoir se tenir debout, nous honorèrent d'un plat de poisson, d'écrevisscs, et de (juelques canettes de vin. » « Comme, en de telles occasions, le bourgmestre et deux ou trois de ses collègues ont coutume de recevoir les délégués, nous ne pûmes regarder leur absence que comme une oiïense envers Votre Grâce et envers nous. Toute la nuit nous avons été gardés à vue. Les conseillers semblaient beaucoup s'égayer de nous tenir ainsi entre leurs mains; ils se livraient à toutes sortes de plaisanteries inconvenantes, d'allées, de venues sans raison, allumant des mèches, chargeant des mousquets, ferraillant avec des fourchettes ou des broches. A la porte de nos chambres, ils entonnèrent le cantique : Zoue /e5e/i7/îeur, ô mon ebne! Sur la tour de la ville, le veilleur de nuit chanta: « Maintiens-nous, Seigneur, dans ta sainte parole/ » Le lendemain, comme aucune réponse n'avait encore été donnée, les commissaires se retirèrent. Le duc, le 9 octobre, envoya à l'Empereur un rapport circonstancié sur tous ces faits, ajoutant qu'à son avis il croyait le moment venu d'agir, parce qu'avec ces entêtés les voies de la douceur ne faisaient qu'engendrer « toutes sortes de mutineries scandaleuses et perfides ». Ou la ville devait confirmer la lettre de garantie et accorder aux Catholiques l'entrée au conseil, ou le ban devait être prononcé. L'Empereur semblait pencher vers ce dernier parti, mais il espérait toujours éviter les mesures de rigueur au moyen de« négociations amicales ». Le duc envoya donc une dernière fois des commissaires à Donawerth; et, après cinq jours de pourparlers avec les délégués des deux conseils et des corporations, satisfaction entière fut donnée à l'Empereur. Le matin du 10 novembre, les corporations apportèrent l'une après l'autre leur adhésion, et la longue querelle sembla définitivement apaisée.

Mais ce jour-là même, le docteur Roth, mandataire du Palatinat- Neubourg, arriva à Dona"\verlh, porteur d'un message pour le conseil. Quelques membres d'Empire protestants, qui s'étaient réunis à Ulm, encourageaient la commune à persister dans sa résistance. La ville, disait Roth, n'avait qu'une chose à faire : laisser l'Empereur prononcer le ban; aussitôt les princes protestants accourraient à

LA BAVIÈtlK PREiND POSSESSION DE DONAWERTH. 1C07. 303

son secours, car il ne s'agissait pas seulement de la liberté civile, mais aussi de la foi et du salut des âmes. Enhardis par cet appui inattendu, la commune rétracta aussitôt ses déclarations précédentes, et rendit aux commissaires une réponse que le duc fut bien obligé de considérer comme un refus formel d'obéissance. Il n'y avait plus d'illusions à se faire, et le héraut d'Empire prononça le ban contre la cité rebelle (12 novembre 1607).

A tout événement^ Maximilian, pendant les négociations, avait pris ses précautions, et, le 8 décembre, une armée de G, 000 fantassins et de 600 cavaliers s'était mise en marche vers Donawerth. Des forces si considérables étaient plus que suffisantes pour réduire hi petite cité; mais le duc avait agi dans la crainte que le Palatinat- Neubourg, le Wurtemberg et Ulm ne vinssent à son secours. Personne ne parut. Les membres d'Empire s'en tinrent à de grands mots. La ville, abandonnée de ses prétendus amis, se vit forcée de capituler. Le 17 décembre, elle fut occupée par 300 cavaliers et 600 lansquenets. Le général bavarois, Haslang, avait promis que les propriétés et les biens des citoyens seraient respectés, et tint parole. On fut aussi d'une grande tolérance quant à la religion.

Le duc, à Munich, avait posé cette question à son conseil : « Ai-je le droit d'établir la religion catholique dans la ville frappée du ban? Ai-jc le droit d'y détruire les sectes? » La réponse avait été négative. « Non seulement, » répondirent ses conseillers, « la mission impériale ne donne pas le droit d'expulser les prédicants et d'interdire l'exercice du culte luthérien, mais une pareille mesure serait une violation manifeste de la paix de religion, puisque le traité d'Augsbourg déclare que, dans les villes de confession mixte, aucune des deux religions autorisées ne doit contraindre l'autre à embrasser sa foi. Le duc ne doit pas encourir le reproche que ceux de Donawerth se sont attirés. Ce n'est pas à lui à violer la paix, seul lien qui réunisse encore en un seul faisceau tous les membres d'Empire. A moins qu'on ne veuille bouleverser la société, il faut respecter le traité d'Augsbourg; agir autrement serait perdre les Catholiques, s'exposer aux récriminations, aux reproches, comme si nous ne voulions qu'opprimer, qu'extirper le Protestantisme, comme si nous étions d'avis qu'envers des hérétiques on n'est pas obligé de tenir sa parole. Une telle pensée est bien loin de notre esprit ; parmi nous, on enseigne et on pratique une doctrine tout opposée, et nos théologiens eux-mêmes disent expressément qu'on doit tenir les engagements pris envers les hérétiques dans la question religieuse, et qu'il faut leur accorder la liberté de leur culte quand on ne voit pas le moyen d'agir autrement sans s'exposer à de graves inconvénients.

Page 1