FUNESTES EFFETS DE LA POLITIQUE GONFESSIONNELLE
avant la guerre de Trente ans, » doit, en vérité, sV-tonner qu'un massacre général n'ait pas, depuis longtemps, terminé nos querelles. Nos scribes, que l'on pourrait compter par centaines, se calomnient les uns les autres, se maudissent, s'excommunient, excitent contre leurs adversaires les haines des princes, des grands seigneurs, du peuple, provoquent la guerre, et tout cela avec une violence, une méchanceté dont rien ne saurait donner l'idée. Tout ce qui était saint et respectable aux yeux de nos pères n'est plus rien pour la génération présente ; on ne sait que traîner dans la boue les choses les plus sacrées, que calomnier et que maudire; on attaque impunément les grands chefs, on les exècre. Le premier barbouilleur venu prétend être seul dans le vrai, soutient que sa foi peut seule sauver le monde; tout ce que dit son adversaire vient, selon lui, du démon; il n'hésite pas à envoyer quiconque le contredit « dans le bourbier infect de l'enfer», et répète qu'il est plus pervers, plus haïssable que Béelzébuth en personne. On ne parle plus le langage de la raison, mais celui de la passion; on ne croit plus nécessaire de prouver ce qu'on avance. Pour convaincre le peuple, on trouve suffisant do répéter toujours les mêmes accusations, de les affirmer, de les soutenir avec acrimonie, de les fortifier par quelques exemples, accessibles à l'intelligence la plus simple. »
Ce fut surtout à dater de la seconde moitié du seizième siècle que « le nombre des disputeurs et des scribes s'accrut d'une façon démesurée ». « Qui pourrait compter les ouvrages, grands et petits, sortis de la plume des théologiens, des prédicants, des juristes, des conseillers, des poètes, des gens les moins autorisés? » écrivait le « simple laïque ». « C'est de leurs livres que nous viennent les discordes, les querelles, la malédiction de Dieu. Qui pourrait énumérer tous les contes, sermons, disputes, pamphlets, libelles, feuilles volantes, chansons satiriques, caricatures qui, à chaque foire, sont distribués dans les maisons par les colporteurs ? J {( Les gens sensés, » continuait-il, « assistent au lamentable et déplorable abus de l'art de l'imprimerie, dont Dieu avait accordé aux Allemands l'invention et la découverte ; de sorte qu'ils se sont souvent demandé, en présence des'indicibles maux engendrés par la presse : méfiances croissantes, jalousie, envie, haines, rancunes invétérées, s'il n'aurait pas mieux valu pour le pauvre homme qu'une pareille découverte n'eût jamais été faite'. »
1 Ein Erkleriing der Vater Unsers mitsament kcilsamcn Ermahnungen für ein jeglichen Chrisleiimenscken. Vun einem cinfültigen Lag cur Ehre Gottes gesetzt (1017), f. 7a. 13.