LES « CENTURIES DE MAGDEBOURG
Chacun sait que saint Pierre ('•tait de basse extraction, qu'il était tout à fait inculte; c'est ainsi qu'ordinairement les Papes sortent des dernières couches sociales, et peu à peu, parleurs ruses, élèvent jusqu'au faîte leur domination tyrannique; la plupart ont été les plus stupides des ânes * ». « De plus, on ne saurait nier que saint Pierre, bien souvent, n'ait été atteint de vaine gloire et d'ambition, car, sans parler des querelles qu'il eut avec les autres Apôtres, au sujet de la première place^ lui seul eut bien le courage de reprocher à Jésus-Christ tous les sacrifices qu'il avait faits pour le suivre. Enfoncé dans sa cupidité toute charnelle, Petrus a cherché à détourner le Sauveur du sacrifice qu'il était sur le point d'offrir pour racheter l'humanité. Aussi voyons-nous le Christ le reprendre, et blâmer sa sottise et son ambition 2; il le nomme Satan et ne lui. adresse plus la parole; tout cela, évidemment, avait trait à l'évêque de Rome, qui devait être un scandale pour l'Église de Dieu, et que le Seigneur Jésus lui-même devait détester et rejeter 3. » C'est en ces termes, et en d'autres plus injurieux encore, que Flacius parle du prince des Apôtres. De tels sentiments trouvaient de Técho chez lesprédicants protestants, et tous s'empressaient d'en tirer parti dans leurs prédications. « Il faut que je confesse, » lit-on dans un sermon du surintendant général de Weimar, Antoine Probus, sermon imprimé en lo90, « que malgré toutes mes lectures, malgré l'expérience personnelle que j'ai acquise de la perversité des Papes, etbien que je fusse absolument persuadé que l'évêque de Rome est l'Antéchrist en personne, cependant, lorsque j'ai lu Flacius, j'ai été singulièrement fortifié dans ma conviction, car le Papisme m'est apparu dix fois plus hideux que je ne l'avais pensé. Je tiens pour certain et pour très véritable ce que les canonistes eux-mêmes ont écrit: les Papes ne sont ni des hommes ni des dieux, mais des démons incarnés, qui surpassent de beaucoup Satan en perversité et en malice. Si l'on voulait écrire l'histoire de tous leurs forfaits, que Dieu nous soit en aide! quel énorme livre cela ferait! Pour le relier on n'aurait pas assez de bœufs, de vaches, d'ânes et de veaux *. »
Un autre ouvrage de F lacius, les Cen/i/?';e5 de Magdebowg, eut une très durable influence sur l'esprit public. Ce Uvre, volumineuse histoire del'Église, devint avec le temps le répertoire favori de tout polémiste protestant. Le premier volume paruten loo9;le dernier,compreuant le xiii*^ siècle, en 1574. Pour l'aider dans la composition de
' Indoctissimi asini.
- C'est le sens exact, en effet, du mot çrec opovïiv.
3 Catalogas, 1-3.
* Voy. Mai\x, Protest. Vredijt, p. 44.