‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 152 sur 573 · LES (( CENTURIES DE MAGDEBOURG · texte numérisé non relu

LES (( CENTURIES DE MAGDEBOURG

son ouvrage, Flacius avait fondé à Magdebourg une société «d'historiens, dont il était lui-même le président, le capitaine ouïe pilote ». Sa capacité de travail était prodigieuse. Son héritage littéraire, qu'on peut encore voir à Wolfenbüttel, prouve surabondamment que, pirate habile des bibliothèques de son temps, il savait manier avec science et adresse le « poinçon du diffamateur * ». Ses principaux

* C'est l'opinion exprimé par le bibliothécaire Ebert après une étude consciencieuse. Voy. Archiv, der Gesellschaft für ältere deutsche Geschichtskunde, t. VI, p. 2. « Lorsque Flacius entreprit d'écrire les Centuries », il commença à aller et venir de tous côtés, » écrit Salig {Hist. der Augsburgische Confession, t. III, p. 279) ; le plus souvent il voyageait sous un déguisement; il faisait des re. cherches dans les bibliothèques des couvents, et lorsqu'il y découvrait quelque chose qui lui semblait précieux, il était assez peu scrupuleux pour arracher ou déchirer des pages entières, ou pour refuser de rendre ce qui lui avait été confié, ce à quoi on peut reconnaître encore culter Flacianus et manus F/acfana». Relativement aux papiers de Flacius légués à la bibliothèque deWolfenbüttel, Salig écrit (t. III, p. 387) : « Je m'aperçois que les ScholasticiWittenbergenses n'ont point fait de tort à Flacio quand ils ont affirmé qu'il avait forcé la serrure de la table à écrire de Alélanchthon, car ses manuscrits et ses correspondances sont ici (à Wolfenbüttel) en grand nombre. Or, dans des manuscrits de Wigand et de Flacius se trouvent beaucoup d'autographes de Mélanchthon. Où ces deux prédicants les avaientils pris? Mélanchthon ne les leur a certainement pas donnés, puisqu'ils étaient ses mortels ennemis ; il faut donc qu'ils les aient tout simplement volées, et qu'ils aient eu sous la main des gens chargés de les leur apporter. » Ce que dit Preger à ce sujet (t. II, pp. 43i et suiv.) pour excuser Flacius ne détruit pas ce qui précède. Un contemporain catholique Gaspard Uleiiberger, écrit : « Je me rappelle avoir entendu dire à un pasteur luthérien qui avait passé quelque temps à Magdebourg, qu'Illyricus avait été publiquement accusé de vol pour avoir vendu des manuscrits prêtés qui ne lui étaient plus utiles, et dont il avait mis le produit dans sa poche. Du moins est-il certain qu'à la foire de Francfort il a vendu le Concile de Nicée à l'un des nôtres, qui a remarqué une rature dans le manuscrit; pour ce seul fait, comme il avait coutume de le dire, un scribe public ou un notaire eût été déclaré infâme. Le manuscrit portait auparavant: assidente Constantino; mais les deux premières lettres du mot assidenle avaient été grattées, et prae écrit à la place, de sorte qu'on pouvait en conclure que Constantin avait présidé le concile.»Au sujetde cette dernière accusation, Preger dit (t. II, p. 433) : oCé reproche, s'il a quelque fondement, est très facile à réfuter. Flacius s'est borné à corriger la falsification que, s'était permise l'ancien copiste du Pape, et il a restitué le texte primitif I » Manière singulière de justifier Flacius 1 Le copiste romain n'avait aucun intérêt à falsifier ; ce n'est pas Constantin qui a présidé à Nicée, mais Osius de Corduba, en qualité de légat du Pape, assisté de deux prêtres romains, Vitus et Vicentius. (Voy. v. Hefel, Conciliengeschichte, 2° éd. Fribourg, 1873, t. I, pp. 39 et suiv., p. 302). Les centuriateurs employaient beaucoup, pour leurs recherches, un certain Marc Wagner, originaire de Friensar, près Gotha, qui, dans ses écrits, s'intitule : « historicus et antiquarum rerum Inquisitor in Europa. » Cet homme était leur agent littéraire le plus zélé, mais il ne se faisait pas scrupule de commettre les falsifications historiques les plus honteuses. {Voy. Sciiulte, Beiträge, pp. 94 etsuiv., pp. 139-148). Un des plus eminent: patrons de Flacius, conseillcrde l'Empereur Ferdinand, Gaspard de Niedpruck, protestant en secret, entretenait d'activés relations avec le roi MaximiJien de Bohème, plus tard Empereur, et avec son cha pelain protestant Sébastien Pfauser (Voy. Schulte, pp. 62, 69 et suiv., pp. lOi et suiv., p. loO). Flacius, aussi bien que Niedpruck, était en rapports suivis avec Georges Cassander et Cornelius Wontus qui travaillaient assidûment à Cologne sous la direction de Flacius. Ce fait explique suffisamment la disparition de trois

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collaborateurs étaient Jean Wigand et Mathieu Judex, « tous deux enflammés de haine contre l'Antéchrist de Home et ceux de son parti, vrais fléaux de la Chrétienté », dont ils ne se lassaient pas de demander aux autorités civiles la prompte-expulsion. « Non seulement, » écrivait Judex, « tous les serviteurs de la parole divine sont obligés d'unir leurs armes spirituelles pour combattre l'Antéchrist, mais les détenteurs du pouvoir politique doivent se servir du glaive pour extirper les papistes, ces homicides féroces, ces bourreaux d'âme *. » D"après Wigand, la doctrine catholique voulait qu'on regardât le Pape comme un demi-dieu, moitié Dieu, moitié homme, qu'on adorât le diable et des idoles d'argent, d'or, d'airain et de pierre; Rome divinisait les saints d'une manière toute païenne. Gardiennes incorruptibles du décalogue, les autorit(;s civiles avaient pour premier devoir de détruire toutes ces idolâtries, toutes ces abominations sodomites 2. Les membres de l'Antéchrist, c'est-à-dire, selon les prédicants du xvi^ siècle, tous les Catholiques, étaient, d'après l'épître II de saint Pierre (verset 2) « les plus impudiques des hommes, une génération desodomites » ; le signe de la bête « avait été imprimé sur leur front ».

Tel est, en général, l'esprit des Centuries. L'œuvre avait pour but, disait Flacius, de révéler au monde chrétien les origines, les progrès, les complots impies de l'Antéchrist de Rome. C'était « une sorte de corne d'abondance, d'oii s'échappaient les preuves évidentes de tous les forfaits et trafics honteux de l'Église a. On y trouvait la preuve, appuyée sur d'antiques témoignages, qu'au commencement de l'Église ce n'était pas la doctrine papiste et antichrétienne qui avait été enseignée, mais la doctrine évangélique ». « Depuis la création du monde, aucun livre d'histoire ecclésiastique plus nécessaire, plus utile à la Chrétienté n'avait été écrit 3. » : (.<. La révélation complète de l'Antéchrist passait pour le signe le plus certain de la tin prochaine du monde ^. »

Pour prouver l'antiquité de la doctrine luthérienne, il avait fallu faire un aveu pénible, c'est que, dès le deuxième siècle, par conséquent peu de temps après la mort du dernier des apôtres, la corruption s'était glissée dans l'Église, et que les dogmes les plus sacrés

Codices de Cologne. » Voy. pour plus de détails A. Nürnberger, Die Bonifatius Literatur der Magdeburger Centurintoren (Hannover, 18SS), t. XI, pp. 29 cl suiv.,p. 35. ** Voy. aussi les notes explicatives de Niemöller, M Flacius, pp. 83 et suiv.

' Voy. notre quatrième vol., pp. 317-320.

"- Dans Schlüsselburg, t. XIII, pp. 238, 278, 303.

■' Centuria, t. II, praef. A A 2b. AA. 3a, pp. 38 et suiv.

< Centuria, t. Ii^, p. 401,

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