‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 154 sur 573 · Ï2 LES FABI.es SUR LES PAPES · texte numérisé non relu

Ï2 LES FABI.es SUR LES PAPES

temps, la BC'le hideuse de Rome avait élevé toujours plus haut son trône. Flacius faisait de Gn'^goire VII « le plus abominable monstre que la terre ait jamais porté * ». Ce Pape était sorcier, il avait conclu un pacte avec le diable; il avait mis à mort plusieurs pontifes romains avant de monter lui-même sur « la chaire de pestilence »; « car le dragon ne devient véritablement dragon que lorsqu'il en a dévoré d'autres ». Le hideux portrait de Grégoire, que les Centuriatcurs accusent de tous les forfaits imaginables, servit plus tard de modèle aux polémistes protestants dudix-septième siècle, et bien audelà. Dans son Catalogue des témoins de la vérité, Flacius avait eu soin de peindre sous les plus noires couleurs « le très pudique Hildebrand », qui lui aussi était sorcier : de ses longues manches, on avait vu souvent s'échapper des llammes. Il avait jeté une hostie consacrée dans le feu en évoquant le diable; il avait prédit un jour, en présence de tous les cardinaux, que l'Empereur mourrait avant la fêle de saint Pierre, et il avait envoyé chez lui un assassin 2.

Les signes de l'Antéchrist étaient également visibles dans Alexandre III. Ce Pape, selon les Centuries, avait adoré les dieux étrangers, fortifié la doctrine du démon, et remis en honneur le culte de Baal. La protection qu'il avait accordée aux juifs blaspbémateurs prouvait surabondamment qu'il n'était autre que l'Antcchrist. Non seulement il avait toléré les juifs, mais il leur avait permis de relever leurs synagogues. Sur les querelles de l'Empereur Frédéric Barberousse avec le Pape, des détails, des récits calculés pour inspirer l'horreur et l'épouvante étaient prodigués ^. Alexandre

1 « Monstrum omnium qua) htec terra porlavit, monstrosissimum. » * Gatalogiis, p. 219. ** Voy. Niemöller, M. Flacius, pp. 100-104. 3 Quant on lit de pareilles fableset beaucoup d'autres du même ^enre dans les Centuries, on s'étonne du jugement porté par le professeur F. X. von Wegele dans son Histoire de l'historiographie allemande depuis l'avènement de l'humanisme (Munich et Leipsick, 1885, pp. 333-334.) « Pour combattre le papisme et montrer combien il était opposé au véritable Christianisme,» écrit-il, « les Centuriateurs forgèrent d'abord, puis employèrent les armes de la critique historique, dont jusque-là on avait à peine soupçonné l'importance. Leur exemple a été fécond, et depuis, cet ouvrage est devenu une source inépuisable et précieuse pour l'investigation historique. On vit alors le principe critique, qui est la base même du Protestantisme (en quoi il se sépare absolument du Catholicisme), apparaître dans le domaine de l'histoire... En ce qui concerne l'histoire du papisme, la critique doit à Flacius son premier chef-d'œuvre. « Le jugement porte par Wegele sur Aventin n'est pas moins surprenant. A. Nürnberger, l'érudit si au fait de la littérature relative à saint Boniface, écrit dans l'article cité plus haut. « Les annales de l'historiographe bavarois Jean Turmair, plus connu sous le nom d'Aventin, ont été très exploitées par Flacius, qui a eu la bonne fortune de puiser dans les papiers de cet auteur. Aventin connaissait fort bien les correspondances et les biographies de saint Boniface écrites par de Willibald et Othon. La première de ces sources est vraiment partiale, et destituée au plus haut point de tout sens critique. Les lettres citées sont en partie compiètement interpolées (de l'épitre douce, par exemple.

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