FABLES SUR LES PAPES PROPAGEES PAR LES CENTURIES
avaitdonné à l'Empereur le perfide conseil d'entreprendre une campagne contre les Turcs, dans l'espoir que Frédéric périrait pendant l'expédition. L'Empereur, contre son attente, ayant été victorieux, Alexandre avait envoyé à la cour impériale un peintre chargé de faire secrètement son portrait. Dès que le Pape avait eu ce portrait entre les mains, il l'avait fait parvenir au sultan avec une lettre dans laquelle il l'assurait que, s'il voulait vivre obéi et tranquille, il devait prendre garde à l'homme dont il lui envoyait le portrait, ajoutant qu'il ferait bien de s'en débarrasser. Frédéric, après l'heureuse issue de la campagne, avait repris le chemin de l'Allemagne : un jour qu'il traversait une forêt, accompagné de quelques cavaliers seulement et séparé du reste de l'armée, il avait voulu se baigner dans une rivière, mais tout à coup il avait été assailli par une troupe de Turcs qui l'avaient fait prisonnier et l'avaient amené devantle sultan. D'abord Frédéric avait voulu cacher son nom; il avait essayé do se donner pour un simple particulier, mais il avait été trahi par le portrait que le perfide Pape avait envoyé, et par la lettre de celui-ci, qui lui fut lue. Cependant le Turc débonnaire consentit à remettre l'Empereur en liberté, « Voyez, » s'écriait ici Flacius, « voyez ce Turc, que nous appelons l'ennemi des hommes, et l'ennemi de toute piété; ce jour-là, il se montre pourtant plus juste, plus équitable que le Pape romain *. »
Les Centuries contribuèrent à propager ce conte, qui d'ailleurs n'était pas nouveau 2. Dans une foule de sermons et de livres de controverses, il fut reproduit, amplifié, enjolivé, et servità démontrer, « par un très véridique et effrayant exemple, » la férocité des Papes et leur déloyauté. Une autre fable sur ce même Alexandre eut encore plus de succès.
La réconciliation du Pape Alexandre 111 et de Frédéric Barberousse est l'un des plus beaux faits de l'histoire du moyen-âge. L'Empereur avait déchiré l'unité de l'Église, il avait provoqué un
la date seule est exacte), en partie remaniées sans scrupule », Trois cents ans auparavant, le jésuite Gretser sigualalt déjà à Aventin les plus grossières deces falsifications (Voy. Gretseri opp., t. VI, pp. 242-243). Tout cela n'empêche point von We2;cle d'écrire (pp. 261 et suiv.) qu'Aventin « est le père de la science historique bavaroise et que, parmi ses contemporains, il est au premier rang des investigateurs scientifiques ». Il vante « le point de vue scientifique où se place Aventin, son talent pour reproduire avec exactitude la vérité historique, sa haine pour les empiétements de la hiérarchie, o haine qui lui a ouvert les j'eux, qui a rendu son regard pénétrant »; plus loin, il parle de « sa sainte colère, de sa conscience scrupuleuse, » etc.
* « Ecce Turcam, Turcam dicimus, pietatis honestatisque hostem, ipso Romano Pontifice aequiorem et justiorem. » Centuria XII, 1il6.
- Luther, Samnitl. Werken, t. XXXII, pp. 388-39S.