Ö4 FABLES SUR LES PAPES
schisme (jui, pendant dix-liuit ans, avait eu'' la cause de luttes sanglantes; mais il avait eu le courage de conlesser publiquement sa faute : « Je veux, » s'était-il écrié, « que lu monde entier apprenne par ma bouche qu'à l'instigation d'hommes pervers, peu s'en est fallu que l'IOglise de Jésus-Christ n'ait été ruinée de fond en comble. » Fondant en larmes, il s'était jeté aux pieds du Pape, honorant en lui la majesté de Dieu et sou autorité sur les plus puissants souverains de la terre. Alexandre l'avait relevé en pleurant d'attendrissement, lui avait donné le baiser de paix, l'avait béni, et, plein de joie, avait ordonné aux chantres allemands d'entonner aussitôt le Te Dewn ^.
C'est ainsi que les documents les plus dignes de foi avaient raconté l'histoire. Mais les compilateurs des Centuries donnèrent pour véritables ces récits mensongers plus capables de servir leur haine. « Frédéric, f) rapportent-ils, « fut traité par le Pape de la manière la plus indigne : on le força de s'étendre par terre, de ramper aux pieds d'Alexandre, lequel était assis sur un trône magnifique; le Pape posa le pied sur sa nuque, en disant - : Il est écrit : Tu marcheras sur Vaspic et sur le basilic, sur le lion et sur le dragon. Le bon Empereur, contrarié d'être ainsi humilié en présence de tout le peuple, ne put s'empêcher de dire, tout en se soumettant : « Ce n'est pas à toi que j'obéis, mais à Pierre, dont tu es le successeur. » Mais Alexandre appuyant une seconde fois le pied sur son cou, reprit: « C'est aussi bien à moi qu'à Pierre. » Frédéric, sentant le danger où il était, garda le silence. Et c'est ainsi que la paix fut rétablie '^. »
Dès loio, un livre publié à Wittemberg avait parlé « de la loyauté toute catholique dont le Pape Alexandre avait fait preuve envers l'Empereur Frédéric Barberousse ». Luther avait écrit la préface de l'ouvrage, où se trouve ce passage : « Si ce misérable Pape n'avait pas été un Pape, c'est-à-dire un âne grossier et ignorant, s'il eût été un évêquc instruit, équitable et pieux, il se serait autrement conduit; il se serait gardé d'infliger une pareille humiliation à Frédéric, sachant bien qu'il n'avait pas le droit de fouler aux pieds un Empereur, dont la puissance est l'œuvre de Dieu, et que le Seigneur lui-même nous ordonne d'honorer (II Pierre, 2). Il ne se serait pas joué de lui de la manière la plus humiliante, la plus scandaleuse, puisqu'il a osé citer la Sainte-Écriture, appliquant
' Voy. Reuter, Gesch. Alexander's des Dritten (Leipsick, 1864), t. III, pp. 304
* ... o prostrati Imperatoris collum pedibus conculcans... n ^ Centuria, t. XII, 141".