FABLES HISTORIQUES DESTINEES A COMBATTRE LA PAPAUTÉ
aucun doute, le Pape, les cardinaux les évoques, les prêtres, les moines, les religieuses seront un jour jetés par le diable dans l'étang de soufre empesté et brûlant de l'enfer. Ainsi l'enseigne la véritable doctrine évangéliquei.» Conformément à cette «doctrine», dans une comédie de Nicodème Frishlin, représentée en 1580 en présence d'une assemblée de princes et de seigneurs, on voyait Lucifer et ses démons entraîner dans l'enfer le Pape^un cardinal et un évoque^ tandis que Jésus-Christ, entouré de ses fidèles serviteurs, entonnait le cantique protestant ;
Maintiens-nous, Seigneur dans ta sainte parole ! Préserve-nous du Pape homicide, et du Turc* !
Les fables historiques présentées continuellementaupeuplecomme des faits incontestables et très véridiques fournissaient d'amples motifs aux écrivains protestants et aux prédicants d'appeler la foudre, les éclairs, et même le feu de l'enfer, sur « l'Église idolâtre et antichrétienne de Rome ^ ».
L'une des plus répandues était celle de la papesse Jeanne. Elle avait été propagée et accréditée dès le xiv^ siècle *, et le jésuite Georges Sherer passait pour un grand criminel, avoir osé en contester l'authenticité. « Piien qu'à ce signe, » disaient ses adversaires, « il est facile de se convaincre que les Jésuites ne sont que de vils hypocrites, car ils nient avec une incroyable impudence que la prostituée anglaise, Agnès, ait été réellement Pape, et soit accouchée d'un garçon pendant une procession publique, événement qu'il importe de rappeler fréquemment au peuple dans la chaire et dans les livres, dans les rimes populaires et par les images, pour la honte éternelle de la Papauté inventée par l'enfer. » Hans Sachs avait, dès 1558, offert au public une Histoire rimée de la Papesse Jeanne '>. Les Centuries de Magdeboutg reviennent trois fois sur
1 Wölfe im Schafspelts, 21 b. 22 a.
* Strauss, p. 128.
ä DöLLiNGER, Die Papstfabeln des Mittelalters {Manich, 1833), pp. 2 et suiv.
* Ein hochnottürfßige Predig. Voy. Eybe.nhold, Confirmalio gegen und wider die Jesuiter, p. 13.
^ Hans Sachs, t. VIII, pp. 632-635. Oq lit à la fin ces vers ignobles :
Depuis ce temps quand ou veut élire un Pape, On lui présente un siège;
Dans le siège il y a un trou où il doit s'asseoir De façon à ce qu'on s'aperçoive qu'il est bonime, De peur qu'encore une fois une femme ne soit élue.