GÜ FABLES HISTORIQUES DESTINEES A COMBATTRE LA PAPAUTE
ce conte ', et il existe peu d'ouvrages de controverse protestante où il n'ait été reproduit. Même aux plus grands jours de fêtes il servait de thème à beaucoup de sermons 2. a Dieu a permis ce grand événement afin que nous y vissions une infaillible preuve de l'abomination des Papes, » disait Jérémie Victor à ses paroissiens dans un sermon sur la révélation. Le prédicant -de cour Polycarpe Leiser voyait dans le refus des Jésuites d'ajouter foi à la fable de la papesse Jeanne la preuve que le mensonge est le signe caractéristique du Jésuite, in quanto modo. Vergerius était donné comme « un témoin authentique », et le pasteur de Schöngraben appelait Jeanne « la vierge de Babylone ^ ». Miller prêchait dans le même sens, et faisait cette importante remarque : « Cette impudicité, cette honte qui a paru au grand jour à Rome, dans la grande capitale, se renouvelle dans tous les lieux où domine le Papisme *. » En 1562, Cyriacus Spangenberg ne se contente pas d'une papesse : «Les pontifes romains, »écrit-il, c n'étaient souvent, bien qu'extérieurement hommes, que des prostituées ^. »
Une autre « horrible histoire » qui plaçait « une monstrueuse ordure sous le nez de l'Église de Rome », c'est la fable des 6,000 têtes d'enfants, fable reproduite dans un très grand nombre de pamphlets de ce temps. On prétendait avoir découvert ce scandale dans une lettre de saint Ulrich au Pape Nicolas ^^ Cette prétendue lettre, imprimée pour la première fois en 1320 ''jetait depuis longtemps tombée dans l'oubli, lorsque Flacius s'avisa de la remettre en honneur, et l'inséra dans son Catalogue des témoins de la vérité "'. Six mille têtes d'enfants avaient été trouvées dans l'étang d'un couvent de religieuses sous le pontificat de Grégoire 1*='. «Ces infâmes, ces honteux péchés, cette hideuse impudicité, » dit Flacius, « la mort barbare de tant d'innocentes victimes sont, encore aujourd'hui, encouragés et approuvés par Sa Sainteté et par ses prêtres, qui continuent à répandre leur enseignement diabolique sur le mariage, et per-
1 Centuria IX, pp. 333, 337, 501.
« Voy. par exemple les Zehn (/rundliche Predigten d'Erliard Lauterbach (Leipsick, 1611), p. 34.
3 ** Marx, Prolest. Kanzel, pp. 38-39.
* Mylius, Bapslpvediglen, pp. 138-139.
■^ Wider die bösen Sieben.
6 Weller, Repertorium iypograpliicum, n° 1404 ; sur l'origine et la propagation de cette fable, voy. Pistorius, Epist. très ad Pappum, pp. 116, sq.** Sur la non-authenticité de la lettre, voy. Fred. A. Veith, Bibliotheca Augustana (Augustae Vindelicor., 1785 sqq.). Alphabelunt 4, pp. 225, 232; toute la littérature qui se rattache à cette fable y est indiquée.
"^ Voy. Preger, Flacius, t. II, p. 553. ** Le dominicain Jean Fabri,d'Heilbronn, traita Flacius, eu le réfutant, comme il l'avait mérité. Voy. le Katholik, 1892, t. I,