LA RUCHE DE FISCHART
avec la chair grossière ; ils sont encore plus goulus que leur maître Satan, car celui-ci s'est contenté de dire à Jésus-Christ au désert : Ordonnez que ces pierres deviennent du pain; mais eux ne veulent pas se contenter de pain sec. Le sang du Christ, le sang qui coulait dans ses veines, leur plaît infiniment davantage. Les prêtres ont un grand avantage sur les simples fidèles, c'est qu'ils boivent le sang du Seigneur do deux manières : avec le corps et hors du corps; cependant, on ne prive pas entièrement les laïques du sangdu Christ, car, puisqu'ils mangent le corps avec la chair et les os, il est clair qu'ils goûtent aussi le sang, et celui qui mange le miel peut aussi le boire *. »
Fischartdisait avoir appris, dansl'ouvragedel'evequeDurand, tout ce qui concernait la messe. Grâce à Durand, il avait compris pourquoi le prêtre, désireux de singeries grands personnages, « s'afi'uble si com iquement avant démonter à l'autel ; «pourquoi <(. il met une corde sutour de son cou comme un vulgaire voleur qu'on conduit à la potence»; pourquoi« il danse et trépigne au pied de l'autel »; pourquoi « il étend ses mains comme un chien paresseux ses pattes, et de nouveau les place sur l'autel comme s'il voulait attraper des cousins »; pourquoi « il chuchottc un secret au pain et au vin, tandis que ses compagnons beuglent à pleine gorge, comme le loup dans le bois ou comme le porc qu'on va flamber ». « Les papistes, » dit-il,« allument des cierges au moment do la messe comme s'ils voulaientconduirelamariéo à son lit; lo clerclèvo la chemise du curé parderrière, comme s'il s'agissait do lui administrer un clystère. » « A l'élévation, messire Dominus à la longue chemise élève au-dessus de sa tête une petite galette et un verre rempli de vin avec une inexprimable majesté et un air de souverain triomphe; chacun, là-dessus, tombe humblement sur ses genoux en se frappant la poitrine; le prêtre commence alors à prendre un air aussi lamentable, aussi piteux qu'un veau prêt à être égorgé, et pleure sur sa petite galette les larmes les plus amères. Enfin^ ayant assez pleurniché et gémi, il lève la jambe, à l'imitation du chien, avant de l'avaler sans la mâcher, à l'aide d'une bonne gorgée de vin; il s'essuie ensuite la bouche, puis il se fait une seconde fois verser à boiro pour mettre la petite galette bien en sûreté, avec de bonnes petites gorgées, prises à la manière des colombes, et envoyées dans sa caisse à vin et sa boîte à bière; il lèche ensuite son verre avec tant d'amour qu'on croirait voir un singe caresser son petit "-. »
' FisciiART, Bienenkorb, chap. 1-6.
ä Chap. XIX, Lob des römischen Königs.
37; /.i nrciiE de fischaut
Tout le livre est écritdans ce style, etFiscliart affirme l'avoir ('•cri t « en bon et intelligible allemand »pour servir la patrie, pour édifier l'Église, pour donner à un grand nombre d'àmes dévotes une récréation honnête; s'il l'avait çà et là commenté et expliqué, « c'est, dit-il, qu'il est permis de mettre des cordes neuves à un vieux violon, de rafraîchir et de badigeonner une idole vermoulue* ».
L'auteur, aprrs avoir insulté la Cène luthérienne, où il ne voit (( qu'un caphurnaïsme grossier », exerce sa verve sur les cérémonies du baptême, l'exorcisme, le signe de la croix, en usage chez les Luthériens comme chez les Catholiques : « Telle est, » dit-il, « la puissance de l'exorcisme accompagné du signe de la croix, que le diable, à l'instant même où il est prononcé, doit déguerpir de l'endroit où il s'est niché pour faire place au Saint-Esprit, et se sauve à sept mille de là, avec le péché originel.» « Ensuite, » poursuit Fischart en parodiant les rites du baptême, « l'enfant est graissé avec la salive du prêtre sur le nez et sur les oreilles; il paraît que cette ordure possède une vertu tout à fait merveilleuse. » « Dieu doit prendre grand plaisir à ces bellescérémonieS; par lesquelles les bigots de Rome ont notablement modifié et joyeusement embelli Tinstilution de Jésus-Ghrit : aussi le prêtre ne fait-il pas tout cela pour rien, il n'agit pas uniquement pour Tamour de Dieu, oh non, non! il est payé en bon argent comptant ^i »
« Les Catholiquesadorentles saints et les images comme les pa'icns adorent les idoles. Le crucifix a chez eux un singulier avantage sur toutes les autres images pieuses, semblable à la vache du sonneur qui a le droit de pâturer jusqu'à l'herbe du cimetière. On suspend le crucifix au mur, tandis que les autres idoles sont placées sur des tables, ou collées sur des feuilles; on l'attache beaucoup plus haut, il jouit de grands privilèges, ou s'agenouille devant lui avec une double ferveur. En un mot, la croix, dans toutes les cérémonies de l'Église romaine, joue le premier rôle. Rien ne se passe sans qu'elle
soit du jeu. Oui, dès qu'une vieille béguine , il faut que de suite
on la bénisse, qu'eUe fasse le signe de la croix, et qu'elle dise par-dessus le marché : Jésus-Maria. »Si l'Église professe un culte si tendre pourlacroix, si ellela presse contre son cœur comme un singe son petit, c'est qu'elle lui attribue une haute intelligence; aussi elle lui parle, ellelaloue, elle lui chantedebeauxcantiques : «0 f/o»ce croia;.' o clous heureux! s'écrie-t-elle 3. » « Quand un bon catholique est sur le point de mourir, pas n'est pesoin de lui rompre la tète en lui par-
' Vorstoss Jesuwalli Pickhnrl, A, 3.
2 Gh. vu.
» Ch. iiî.