‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 165 sur 573 · LA RUCHE DE FISCHART · texte numérisé non relu

LA RUCHE DE FISCHART

laritde Jésus-Christ; on se borne à l'exhorter à recevoir ia communion, et à se laisser bien graisser. » « Ils se sont fait un Dieu qui se laisse très volontiers manger par eux quand ils ont assez longtemps joué avec lui, comme le chat avec la souris. » « Le Purgatoire et l'enfer ne font qu'un seul trou et qu'un seul feu, et plusieurs pensent que le Purgatoire est sans cesse arrosé par des nonnes... etc. « ». Fischart, dans laÄwcAe, touche à tous les sujets^ Dogme, polémique, droit canon, histoire ecclésiastique, anecdotes, il y a de tout dans cette accumulation de calomnies et de basses plaisanteries. De même que tous les préceptes de l'Église sont dénaturés, faussement interprétés, les cérémonies catholiques raillées et tournées en dérision, de même les événements de l'histoire ecclésiastique sont travestis, lesaxiomes des théologiens et polémistes catholiques détachés du contexte et ridiculisés, en un mot l'ouvrage tout entier est peutêtre la caricature de l'Église la plus remplie de liel et de haine qui ait jamais été écrite. Pour servir l'idée fixe de l'auteur, les sujets traités sont disposés de manière à ce que les points de doctrine soient toujours mêlés à ce qui semble le plus capable d'exciter les passions religieuses, politiques et sociales de l'époque. Tout ce qui est saintetdigne dorespect est, commeà plaisir, traîné dans la fange. Ainsi, par exemple, avant de parler du sacrement de l'Ordre, Fishart s'exprime de la façon la plus ignoble sur le célibat des prêtres, affirmant que l'Église enseigne « qu'il vaut mieux pour un clerc jouir de la femme d'un autre que de prendre une femme pour lui tout seul ». H représente les couvents comme des repaires d'impudicité, d'avortements, etc. Il ne rougit pas d'affirmer que l'Église romaine, « pour que les saints ne dépassent pas les bornes de la pénitence par de pieuses exagérations, » a fondé un ordre dans lequel il est permis d'user librement des femmes mariées, et qui autorise la communauté des femmes. L'Église, selon lui,« est heureuse, de voir tous ses chers petits hommes, moines et prêtres, jouir en paix des plaisirs de la vie». Elle trouve qu'il doit en être ainsi, et elle le prouve par un texte très clair de l'Écriture, accompagné d'admirables maximes empruntées aux philosophes païens. Flschart ajoute : « Voilà pourquoi, sans doute, l'Église s'intitule universelle; elle n'est, après tout, qu'une Église particulière, puisque Rome n'est qu'une simple ville; mais elle prend le nom d'universelle à cause de l'aimable société de femmes et d'enfants qu'elle a fondée, à cause de sa génération, disséminée dans le monde entier. C'est pourquoi ou l'appelle avec raison Ecclesia œciimenica, c'est-à-dire qui

' Ch. vu et VIII : Von der rümischen Bienen Verdienstblumen und Schussbretl zwischen Höll and Fegfeuer.

876 LX RÜCHE DE FISCIIART

est répandue et dispersée sur toute la surface du globe, comme la famille des sauterelles ^ » Ce n'est qu'après avoir donné toutes ces explications (|ue Fiscliart parle des saints ordres, dont il ne s'occupe, naturellement, que pour les bafouer. « Je me suis souvent demandé, » dit-il dans un autre de ses ouvrages, « pourquoi les Papes, ces lumières éclatantes du monde, qui se font porter sur des litières, et qui marchent sur des peauxde loutre et de lion de peur que leurs pieds ne heurtent contre quelque pierre, ne font pas bénir, sacrer, huiler, consacrer et sacramenliser leurs pieds, et n'ont pas encore décrété que nul soulier ou pantoufle ne les pourra jamais toucher. Il est probable que le prochain concile soccupera de cette question^. »

Fisharla rendu fidèlement l'original hollandais, avec sa vulgarité, sa licence bouffonne; mais il l'a adapté à l'Allemagne, y ajoutant çà et là quelques injures à l'adresse de la messe ou des Jésuites. Au Père Ganisius, il jette en passant une basse insulte. Les citations empruntées à l'ancienne littérature théologique et au droit canon lui sont si peu familières qu'il ne corrige même pas les fautes d'impression de l'exemplaire de Marnix dont il se sert ■'^. 11 résume enfin toute sa pensée dans cet aphorisme final : « L'Église catholique est aussi bondée de sacripants et de gredins qu'un œuf de glaires *. »

La Ruche obtint un très grand succès: « Ce livre, qu'un huguenot (ou calviniste) a composé, »écrivait le prédicant luthérien Jean Prétorius, « est honoré et propagé par tous les Calvinistes, qui le regardent comme un chef-d'œuvre : nobles et roturiers, ecclésiastiques et laïques le lisent avec avidité etplaisir^. » En I08O, la Ruche fut réimprimée; l'année suivanteparurent la troisièmeetla quatrième édition; en 1586, la cinquième; deux ans plus tard, la sixième et la septième; outre cela, on compte au moins quatre autres éditions sans date g. Un auteur catholique écrivait en 1491 : « Tailleurs, cordonniers, lettrés^ ignorants, tous ceux qui peuvent lire et disputer ajoutent foi à ce que dit la Ruche de Jésuwald Pickardt, bien que ce livre soit le plus abominable et ignoble pamphlet qui ait jamais été composé, depuis l'apparition du nouvel Évangile et du Calvinisme, contre îadoctrine, les usages, les cérémonies delà sainteÉglise. L'ouvrage a été partout répandu, et jamais le pauvre peuple n'a été

1 Ch. xvii.Voy. plus haut pp. 359 et suiv., comment /a /?!;c/ie s'exprime sur les Papes. '^ Geschic/Uklilteninj, p. 6.

3 Voy. ViLMAR, Zur Literatur Fischart's, pp. 15-16.

* Glî. IV. Sur ce que Fishart a ajouté à l'œuvre de Marnix, voy. ViLM.VR.pp. 18-23. ** Voy. ausîi Slu'h.vn, Viertcljahrschrifl, 1889, t. II, pp. 97 et suiv., pp. 108 et suiv. 5 PRäTORius, Calvinisch Gasthaus (1598), f. 8a. 0 YiLM.\n, pp. 1-12.

Page 1