‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 166 sur 573 · EXCITATION A LA HALNE CONTRE LES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

EXCITATION A LA HALNE CONTRE LES CATHOLIQUES

plus lamentablement trahi. Grâce à lui, nos ennemis se croient le droit d'attacher, pour ainsi dire, tous les Catholiques au pilori, de les traiter comme l'écume et le rebut de l'humanité, de les mettre au-dessous des païens et des Turcs. On ne saurait assez flétrir la manière dont ce scribe impudique bafoue et blasphème les choses les plus sacrées et les livre à la risée de tous, car il les traîne dans la boue, aux yeux des savants et des ignorants. » Quelques Luthériens honnêtes exprimèrent aussi tout leur dégoût pour la Ruche: mais cela n'empêcha point cet ignoble pamphlet d'être mis entre les mains de la jeunesse, ni les colporteurs de le débiter dans les foires, dans les villes et les bourgs, bien qu'il fût accompagné de gravures très indécentes; bientôt on put s'apercevoir, au langage des filles et des garçons, qu'ils en avaient pris connaissance et y avaient appris toutes sortes de grossiers blasphèmes *.

Fischart ne s'arrêta pas en si beau cliemin. L'assassinat du roi de France Henri III parle moine Jacques Clément lui fournit l'occasion d'adresser quelques injures aux ligueurs : « Lorsque l'autorité, » leur dit-il,

Ne contraint pas les consciences

Et refuse de verser le sani^ chrélien,

Elle vous devient aussitôt odieuse !

Le Pape, scion vous, doit l'excommunier,

Et permettre aux moines et aux prêtres

D'en débarrasser le pays.

Alors la main sacerdotale

Peut impunément se souiller du sang' des princes!

Le droit canon est oublié;

Alors le couteau, le poison font leur office.

Car l'important c'est de détruire ce que Dieu a établi.

Qui sait si l'on ne permettra pas un jour aux confesseurs

D'assassiner jusque dansle confessionnal?

Qui sait si un moine

Ne pourra pas bientôt faire d'un sacrement un piège,

Et donner la mort à un Empereur au moyen d'une hostie

S'il n'a pas dit assez vile amen

A tout ce qu'exige le rusé serpent de Rome ?

Le nom de « dompteur des hérésies » convenait admirablement à l'ordre de saint Dominique:

Car entre toutes les races de vipères,

Cet ordre s'est certainement montré le plus sanguinaire.

Comme la clique des Jésuites

Se distingue surtout par la fourberie.

Cependant, toutes ces saintes compagnies

* Von newen calvinischen Giftspinnen und Unßätern, D. 4.

378 KXCrrA'nON A l,A IIALNR CONTRI-: LA PAPALTit

Ne sont-elles p.ns en t^Tand honneur chez les pnpisfes? Ne leur confient-ils pas la mission de trahir, d'empoisonner et de poi«

[çnarder ?

Grand merci à Jacques, qui nous a fait comprendre Ce que nous avons à attendre de cette vile troupe !

Au reste, les « romanistes » devaient être encouragés à conlinuer d'imiter l'Antéchrist:

Ou'ils foulent aux pieds la majesté divine et humaine

Par la parole et par le glaive !

Car bientôt leur mesure sera tellement comble

Et on leur rendra le double

De tout le mal qu'ils ont fait aux autres '.

G'estainsi rju'on excitait contre les Catholiques la population protestante de l'Allemagne.

L'ami de Fischart, Georges Nigrinus, surintendant de Hesse, «l'un des plus vaillants champions du Saint-Évangile, et l'ennemi acharné de l'Antéchrist, » écrivait dans le même style. Le landgrave Guillaume IV était pour lui non seulement un protecteur, iTiais un collaborateur^. Nigrinus appelait le Pape « le roi des sauterelles infernales, le véritable Antéchrist engendré par Satan, et le plus fidèle serviteur du démon ». L'Eglise romaine rendait au Pape les honneurs divins, adorait en lui le dragon^. Parce qu'elle obéissait au dragon, qui a dit: prosterne-toi et adore-moi (Mathieu, vi), l'Égliseavait cessé d'être le bercail du Christ, c'était le repaire des serpents^ A l'imitation des payens qui avaient adressé leurs prières à un grand nombre de dieux, Jupiter, Junon, Neptune, Pluton, Vesta, Apollon, Mercure, Venus, Minerve, Bacchus, les papistes avaient établi quatorze saints pour les protéger dans les dangers: Grégoire, Biaise, Erasme, etc. Marguerite, Barbe, Catherine ^, etc. Nigrinus se plaisait à propager quantité de fables, la plupart effrayantes et bizarres. Parlant du sacrement de confirmation, il écrit: « Quand les papistes font confirmer un enfant, ils le frappent sur la joue : l'enfant hurle; les assistants rient, et plus l'enfant crie, plus la confirmation est bonne et

' ViLMAR, Zur Lileratar FisharCs, pp. 3û-37. Kurz, t. III, pp. 378-380.

* VV ACKERNAGEL, Fischürt, p. 108. ViL.MAR, Zur Lileratur Fischart' s, pp. 4.^-47. 3 G. NiGRiyus, Papistiche InrjuisUion, revers du titre et p. 1. Voy. plus haut.

pp. 358 et suiv.

^ Lehr, Glaubens und Leben Jesu und der Jesuiter, elc. (1581), dernière paf^c, Papistische Inquisition, E. 3^. F, 2''.

* Lehr, Glaubens, H. 3,

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