EXCITATION A LA HAINE CONTRE LA PAPAUTE
produira de merveilleux effets : précieuse cérémonie * »! « Les pa-^ pistes enseignentencore que le froc d'un racine jouit de propriétés si admirables que, si un laïque meurt en s'en enveloppant la tête et s'il se fait ensevelir avec, il obtient le pardon de tous ses péchés, ou du moins du tiers de ses péchés. » « Les moines vendent les bonnes œuvres, et ceux qui les achètent sontpersuadésqu'ellcs lui ouvriront le ciel. » « Quand un prêtre vit dans le libertinage, qu'il joue, qu'il s'enivre, il se dit que la célébration de la Messe, la récitation du bréviaire effaceront tous ses péchés le lendemain 2. » « Tous les religieux, les Jésuites en particulier, sont de faux prophètes, des serviteurs et des membres de l'Antéchrist ^. »
Non content de répandre toutes sortes de fables sur les Papes, Nigrinus raconte, pour inspirer plus d'effroi, quantité de faits merveilleux, des prodiges singuliers, des anecdotes bizarres. Fischart avait assuré qu'une juive av^it récemment mis au monde deux petits cochons*: Nigrinus, à son tour, affirme-^ (ju'à Erfurt un enfant vient de naître avec des griffes de singe, un nez de cheval et un chapeau très élevé; qu'à Hasmar un ange est apparu dans le ciel une épée nue à la main; qu'à Mansfeld, on a aperçu dans les airs une ville magnifique, avec des murailles et des tours, puis un carrosse splendide attelé de quatre chevaux ; lui-même prétend avoir vu dans les nuages des poutres enflammées, de longs épieiix et des arquebuses. Tous ces prodiges signifiaient invariablement que le Pape était le véritable Antéchrist, et que la fin du monde approchait. «Cette année, tant de signes nous ont avertis, tant de feux ont brillé dans le ciel, que nous n'en pouvons conclure qu'une chose, c'est que le monde, qui doit être consumé par le feu, est tout près de finir*''. »
' Lehr, Glaubans, etc. P. 220.
"* Papistische Inquisition, D. o"^.
* Nous reviendrons plus tard sur ces prétendus prodiges.
* Voy. plus haut, pp. 358 et suiv.
" Papistische Inquisition, pp. 682 et suiv.
CHAPIÏHE III
LA ri:formk du calendrier et ses adversaires.
Le Pape-Antcchrist, l'approche de la fin du monde, ces deux idées curent une grande influence sur les débats passionnés auxquels donna lieu l'introduction du calendrier grégorien.
Depuis des siècles, la nécessité de réformer le calendrier Julien avait clé démontrée par les mathématiciens et les théologiens; une foule d'ouvrages avaient été publiés sur cette question i, mais aussitôt que Grégoire XIII eut parlé d'introduire celte réforme, basée sur la marche du soleil, de violentes protestations s'élevèrent. Le Pape, en prenant
'• Par exemple par le franciscain Roa^er Bacon (f 1291). Dès Icmi'ieu du xiv^ siècle, les Papes s'étaient préoccupés de la rcrorine du calendrier; an Concile de Constance et de Bàle, il en avait été grandement question, et le cardinal de Cusa avait provoqué la discussion sur ce sujet. Le Pape Sixte IV appela l'astronome allemand Regiomontan à Rome pour travailler à la réforme du calendrier. Dans ce même but, le cinquième Concile de Latran avait nommé une commission de savants (iG()7). C'cstalors que Paul de Middelburç, évèque de Fossombrone, asironome renommé, d'accord avec le doyen de la cathédrale Jean Scullali, pria le chanoine de Frauenbund, Nicolas Copernic, de venir à Rome pour aider par ses lumières et sa science à la réforme du calendrier. Voy. Dittricii, Conlarini, p. 280. — Pour plus de détails sur ces premières tentatives et sur la réforme opérée sous Gré2:oire XIII, voy. Kaltenbrltxner, Die Vorgeschichte der Gregorianischen Kalenderreforni (Vienne, 187G) et Beilrärje s:ur Gregorianischen Kalender' reform, Hislor Jahrbuch der Görresqesellschaft, t. III, pp. 388-''ii.", 543-595; voy. l'appendice, pp. 5, 52-87, G. S. Ferrari, // Calendario Grejoriano, Rome. 1882, Grégoire XIII avait commencé par soumettre les plans dressés par le médecin de Rome Aioigi Giglioet par son frère Antonio à l'appréciation de plusieurs princes et Universités. Ensuite il avait nommé une commission de savants, présidé par Giglio, pour discuter à fond la question. Le cardinal Sirleto fit plus tard partie de cette commission. Lorsqu'au janvier 1579 l'Empereur envoya à Rome le mémoire de l'Université de Vienne sur la réforme projetée, il écrivait au Pape qu'il priait Dieu de bénir ses efforts et son zèle, de façon k ce qu'on pût arriver promptemcnt à un heureu.x résultat, pour la gloire de la Chrétienté tout entière. (Kaltenbrunner, p. 50G, note 1). Grégoire, le 11 janv. 1578, dans un rescrit adressé à l'Université de Cologne, lui annonce qu'il a envoyé aux princes chrétiens un plan de réforme du calendrier, et qu'il prie l'L'niversité de le revoir, de le corriger ou de l'approuver ; Bianco, t. I, pp. 699 et suiv. Le duc Guillaume de Bavière pendant l'automne de 1383, demandait instamment, avec l'approbation de l'Empereur et des princes chrétiens, la réforme du calendrier. Stieve Kalenderslreit, p. 21, note 4, voy. p. 39. Luther, dans son livre sur les Conciles et les Eglises, s'était prononcé pour la réforme du calendrier, soutenant que celte question n'avait rien à faire avec la foi, et, par conséquent, regardait uniquement le pouvoir civil.
LA RÉFORME DU CALENDRIER. lo82. 381
l'initiative d'un progrès universellement désiré, le rendit odieux à la plupartdes prolestants d'Allemagne, et Zurich et Berne s'empressèrent de déclarer que le nouveau calendrier était « l'œuvre du démon ^ ». Grégoire n'avait d'abord songé qu'aux seuls Catholiques. Dans la bulle publiée le 15 février 1581, il avait annoncé l'abolition de l'ancien calendrier, ordonnant au bout de dix jours (du 5 au 14 octobre) l'adoption du nouveau système. La bulle portait: « En vertu du pouvoir qui nous a été confié par Dieu, nous exhortons et nous prions l'Empereur Rodolphe et tous les souverains, princes^ et sei-' gneurs de la Chrétienté, et nous leur prescrivons, d'adopter le nouveau calendrier avec le même empressement qu'ils mettaient auparavant à demander la réforme de l'ancien. Avec phis d'instance encore, nous leur demandons de veiller à ce qu'il soit adopté par tous leurs sujets, afin que, parmi les nations chrétiennes, il y ait conformité dans la célébration des solennités religieuses. » « Celui qui s'élèverait ou agirait contrairement à cette ordonnance est averti qu'il encourrait la disgrâce de Dieu et des saints Apôtres Pierre et Paul '. » La réforme avait surtout en vue, écrivait Grégoire à l'Empereur, la célébration de la fête de Pâques au même jour pour la Chrétienté tout entière -'.
Quand bien même, ce qui n'était pas, le Pape eût menacé d'excommunication les contempteurs de la bulle, cette rigueur n'eût regardé en aucune manière ceux qui, depuis si longtemps, étaient excommuniés et séparés de l'Église.
En Italie, en Espagne, en France, la réforme du calendrier ne rencontra aucune opposition. La plupart des provinces protestantes des Pays-Bas l'acceptèrent aussi sans difficulté, tout eu protestant contre la suprématie du Pape ^. Dans l'Allemagne du Nord, la réforme, au commencement, ne futpas non plus mal accueillie. L'Électeur de Brandebourg regrettait seulement que l'Empereur en eût pris l'initiative, persuadé, non sans raison, que, ne venant pas du Pape, elle eût été partout reçue sans résistance. A ce sujet, il donna à Rodolphe les conseils les plus sages et les mieux intentionnés 3. Le théologien protestant Martin Chemnitz reconnut l'uti-
* V. Segesser, Ludwig Pfyffer und seine Zeit, t. II, p. 491.
* Bulle Inler gravissimas; voy. le Magnum Bullariuni Rom., t. II, pp. 454- 435. ** Voy. les réflexions si justes de ISchmid, Nachträge im Hist. Jahrb., t. V, pp. 86 et suiv.
' Dans KALTE.\BRm<NER, Polemik, pp. 582-383.
* Stieve, Kalenderstreif, p. 64.
^ Kaltexbrunner, Polemik, p. 567. ** Le professeur Kaltenbrunner s'occupe en ce moment d'une histoire complète de l'introduction du calendrier grég^orien en Allemagne. Dans les archives d'innsbruck, de Munich, de Dresde, il a découvert des matériaux très importants relatifs à cette question.