LR PEUPLE ALLEMAND EXCITE A LA REVOLTE
de Rome, c'est que le Pape actuel ose modifier ou corriger d'une façon notable les loisétablics, surtout les lois de l'Église, le jus canonicum. « Les vices de cette corne et sa fausse doctrine ont été expliqués avec évidence par beaucoup de pieux docteurs chn'ticns, par exemple par Miistlin, dans son Mémoire, car il a démontré que le changement opéré par le Pape était faux politiquement parlant, scandaleux sous le rapport religieux, faux, inutile, inapplicable sous le rapport matliématique. » « Gomme le dernier jugement est proche, et que le Pape n'en dit pas le plus petit mot, son titre de Calendrier perpétuel donne bien sujet de croire que l'auteur, le Pape, et tous ceux qui approuvent cecju'il fait ne croient pas au Jugement dernier, ne se soucient ni de Jésus-Christ, ni de la lin du monde, et en font moins de cas que les railleurs épicuriens, dont le Pape semble être l'héritier, et dont a parlé saint Pierre dans sa deuxième épître, verset 3 *. »
Or l'Empereur avait approuvé le nouveau calendrier. L'Électeur Louis informa Rodolphe de l'injure qui lui était faite, et lui envoya le mémoire du professeur de Heidelberg.
Le décret de Rodolphe, ordonnant l'adoption du calendrier réformé dans les pays héréditaires d'Autriche, souleva les protestations passionnées de tous les prédicants. « L'Empereur^) déclarèrent ceux de la Basse-Autriche, «fait œuvre de courtisan envers l'Antéchrist. Le Pape et le démon sont une môme chose. Quiconque obéit à l'un ou à l'autre encourt la damnation éternelle '2. »
Croyant pacifier, les esprits, Rodolphe ordonna l'adoption du calendrier en son propre nom, et sans nommer le Pape. Mais il n'at-
' Ausführlicher und gründlicher Bericht, elc.Yoy. en le titre complet dans Stievb, p. 90, n" 5, Ka.lte>brunxer, pp. 5U-518. Stieve, p. 27. En J586, Masllin publia un second Examen du nouveau calendrier, où il affirmait qu'il clail plein d'erreurs, et que très certainement les anciens calendriers ne contenaient aucune faute que n'eût aussi le nouveau travail présenté par le Pape. Ses preuves lui paraissaient si fortes qu'il défiait tous les défenseurs du nouveau système de les réfuter, ce qui n'empêcha point le jésuite Antoine Possevin d'affirmer, dans un ouvrage plus coasidérable publié à Cologne en IS87 {Moscovia, et alla opéra, de statu hujus sœculi, etc. Voy. DE Bäcker, t. II, pp. 2113-2H6), que les arguments de MastJin avaient été depuis longtemps réfutés, et que ses déductions, bien contrairement à sa volonté, étaient toutes eu faveur du calendrier grégorien. Là dessus Miisllin entra dans une violente colère et écrivit en I088, principalement contre Possevin, la Déjense du second examen. >i {Defensio alterius sui examinis, etc. Tubingue, 1588.) II y accuse son adversaire de « malice venimeuse ». Il affirme que l'auteur du calendrier aussi bien que son propagateur Grégoire XIII ne veulent qu'abuser les chrétiens; il appelle le nouveau calendrier « le bourbier de toutes les erreurs.» (Voy. pp. 1, 14-15-16, 20). On trouvera la liste des savants qui ont écrit pour ou contre le nouveau calendrier dans 'Wolfi'.js, Lectiones, U, p. 944. — ** Voj'. auss ScuuSTER, Joh. Kepler, pp. 4',) et suiv.
- Voy, notre 4« vol. p. 550.
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teignit pas le but qu'il sYtait pi'oposé. « La réforme du calendrier, » disait en chaire un prédicant, « est évidemment du ressort ecclésiasti{iue, et, dans les choses ecclésiastiques, l'autorité laïque n'a rien à voir. Le calendrier nous vient du Pape et des Jésuites; ils ont essayé un nouveau moyen de mettre encore une fois l'Allemagne sous leur joug, et se pavanent avec orgueil dans leur science prétendue. Leur nouvelleastronomieest pitoyable, comme aussi tout ce que Copernic a enseigné contrairement à l'Écriture sainte, et que, par conséquent, Luther avait rejeté ^ » « L'Antéchrist de Rome et les Jésuites recommencent à juger toute chose par la raison; or la raison est la concubine du diable, comme l'a si bien nommée Luther. Les papistes renversent tout ce que la parole divine a établi; cest ainsi qu'eu employant la ruseils veulent nous imposer le beau calendrier qu'ils ont fabriqués, dont ils sont amoureux, et qu'ils donnent pour une œuvre divine ^. » En lo84 parut le Portrait très véritable des quatre jésuites blasphémateurs et séditieux et des prêtres impies qui ont imaginé et préparé le nouveau calendrier dans le but de troubler le monde 3. » Le prédicant de Saxe Gaspard Füger publia la même année V Entretien de deux paysans de Mesnie sur le nouveau calendrier papiste. L'auteur soutient qu'à Rome on regarde les dogmes de la résurrection et de la vie éternelle comme des fables ; que le Pape ne songe qu'à se procurer de l'argent au moyen de la « fable de Jésus-Christ », comme il appelle l'Évangile; mais qu'il sera bientôt précipité tout vif, ainsi que l'a prédit l'Apocalypse, dans « l'étang de soufre et de feu, avec tous ceux qui le suivent» ; il recommande de faire chanter tous les jours dans les églises le cantique protestant :
Maintiens-nous, Seigneur, dans ta sainte parole, Délivre-nous du Pape et des Turcs homicides.
« Car, » dit-il, « le Pape et les Turcs sont des scélérats, des assassins, des brigands, des vampires; ce sont de vrais Antechrists; ce que le Christ a ordonné et établi, ils le défigurent. La date de la naissance du Christ a été fixée selon l'ancien calendrier; mais parce que le Pape a peur d'être appelé trop vite en jugement, il a inventé ce nouveau système, afin que Jésus-Christ se trompe, qu'il ne sache
' Lulher lui-même avait traité Copernic de fou : « Ce fou prétend bouleverser l'astronomie tout entière ». Mélanchthon, lui aussi, avait combattu le système de Copernic. Voy. Hipler, Nicolaus Copernicus und Marlin Luther ^Braunsberg, 1868) p. 8, note 16.
^ Die rechte Auslejang der geheymen Oßenbarang, p. 14.
' Weller, Zeitungen, n° 5'J9.