CONTRE LES CONVERTIS
les touche se rend digne de l'enfer, ainsi que tous ceux chez lesquels on découvre le livre satanique d'un jésuite. Que chacun donc prenne garde à soi, s'il ne veut s'exposer à renier le Christ et à tomber dans la gueule du diable. >) « Je parle ici selon la charité chrétienne et selon la piété, » disait en terminant le prédicateur, « et j'ajoute: Amen, amen, au nom du Seigneur* ! »
Ce Frédéric Staphylus, que le zélé prédicant plaçait au premier rang parmi les ennemis de l'Évangile, était originaire d'Osnabrück. Avant son retour à l'Église Catholique, il avait professé la théologie niversité de Königsberg, De tous les convertis, de cette époque, c'est à rUie premier qui ait mis en réel émoi les théologiens et les prédicants protestants par ses écrits de controverse. Son premier ouvrage est intitulé : Réfutation chrétienne, dédiée aux -pieux chrétiens laïqiies, sur le sens exact de la parole de Dieu, sur la version allemande de la Bible, et sur l'union qui règne présentement entre les prédicants protestants (1589)2. Staphylus disait avoir été converti en constatant les funestes conséquences de la doctrine luthérienne sur la foi sans les œuvres, et en considérant les innombrables sectes qui s'entredéchiraient au sein du Protestantisme. C'est contre ces sectes qu'il dirigeait principalement ses attaques, et son argumentation avait d'autant plus de valeur qu'il maniait avec une singulière dextérité la langue allemande et écrivait de manière à être compris de tous. 11 convenait franchement des regrettables abus de son propre parti, mais il trouvait déraisonnable et injuste d'en rendre responsable la doctrine catholique : « Le plus grand reproche que les laïques puissent adresser à nos prêtres, » écrit-il, « c'est qu'un grand nombre d'entr'eux vivent contrairement à leurs vœux; c'est qu'ils ordonnent aux laïques de mener une vie pure, de craindre le Seigneur, tandis qu'eux-mêmes ne touchent pas du bout du doigt les fardeaux qu'ils imposent aux autres. Et ainsi, disent nos adversaires, les choses se passent comme le Seigneur lui-môme l'a prédit par la bouche des prophètes : J^ai attendu que ma vigne produisit des fruits, mais elle n'a porté que des sauvageons. Que dirais-je de plus ? Malheur à vous qui vous levez de grand matin pour condamner l'ivrognerie, et qui, le soir, avez le visage empourpré par te vin! On entend retentir dans vos festins les cymbales et les instruments de musique, tandis que vous négligez l'œuvre du Seigneur. Oui, cela est vrai; qui oserait le nier? Le fait n'est malhcureusementque trop certain. Vais-je approuver un tel scandale? Est-ce là suivre les prescriptions de l'Église ? Aucun de nous ne le dira, car la doctrine de notre foi chré-
' Die rechte Aasslegung der geheymen Offenbarung, conclusion. * Sans indication. 1561.