‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 177 sur 573 · POLÉMIQUE DU CONVERTI STAPHYLUS · texte numérisé non relu

POLÉMIQUE DU CONVERTI STAPHYLUS

tienne cündaniuc absolument de si graves désordres, et l'Église les a en horreur. Mais parce que ces crimes sont notoires chez nos prêtres, nos prélats, nos évoques, nos prédicateurs, s'ensuit-il que notre doctrineensoitla cause? Gela prouve-t-il qu'ellcsoit viciée, corrompue? A Dieu ne plaise! Ce que les prêtres vous disent et vous enseignent, vous devez le faire; mais vous ne devez pas faire ce qu'ils font^. » « Il en est tout autrement parmi les Protestants; non seulement, chez eux, les vices peuvent être reprochés aux personnes, mais c'est à juste titre qu'on en accuse leur doctrine. » « Luther enseigne, par exemple, qu'une femme peut, dans certaines circonstances, entre tenir un commerce criminel avec le frère de son mari. » « N'est-ce pas là un bel arbre? Quels bons fruits pourra-t-il porter? Ainsi donc. un frère pourra prendre pour femme la femme de son frère encore vivant, à l'exemple d'Hérode, comme la chose se voit fréquemment de nos jours parmi les Luthériens? Une femme pourra appartenir à plusieurs maris à la fois? un homme, à son tour, pourra prendre beaucoup de femmes ? Ne^ sont-ce pas là des mœurs turques? Et pourtant, qu'avons-nous vu non, seulement à Munster, mais aussi, et publiquement, en d'autres endroits? Ces crimes ne sont-ils pas issus de la doctrine? Luther dit encore : « Si la femme refuse, que la servante se présente. » Or chacun connaît les fruits excellents qu'a produits ce noble arbrisseau, car tout le Luthéranisme a été infecté d'adultères et d'impudicités, et le vice est tellement en honneur en Allemagne que les prédicants luthériens s'emportent à ce sujet contre leurs ouailles, et s'émerveillent que, dans le papisme, au temps passé, de tels excès aient été rares^. » « Luther lui-même avoue que, sous le nouvel Évangile, les hommes sont devenus cent fois pires qu'ils n'étaient sous !e papisme. Des crimes innombrables sont nés des enseignements de Luther et de Calvin. Ce dernier prétend que Dieu contraint les hommes à commettre le péché 3. »

Staphylus parle ensuite des falsifications dont Luther s'est rendu coupable dans sa traduction de la Bible '*; il dit, à propos de la lecture de la Sainte-Écriture telle qu'elle est pratiquée chez les Protestants: « Tout laïque, sans avoir besoin d'aucune préparation, avec des mains non lavées, môme tout botté et éperonné, est invité à trouver la lumière dans la Sainte-Écriture, à en découvrir le vrai sens, c'est-à-dire le sens qui lui convient. C'est absolument comme si une troupe de manants chassait d'une pharmacie les médecins et

' Christlicher Gejenbericht C. 3«.

^ V. D. 2a-b, ' F. L. 3 et suiv.

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les apothicaires, chacun d'eux se persuadant qu'il comprend aussi bien que les médecins à quoi servent les pilules et les drogues de la boutique *. »

« Du moment que chacun, sans nul égard pour l'autorité ecclésiastique, est autorisé à construire lui-même safoi d'après l'Écriture, il est impossible que de nombreuses sectes ne se produisent pas. » La liste que Staphylus dresse de ces sectes- passait aux yeux de ses adversaires pourcd'action la plus infâme de l'exécrable apostat».

On s'indignait aussi qu'il eût osé attribuer les malheurs et les revers de l'Empire au nouvel Évangile. « C'est la religion catholique, commune à tous les peuples de l'Europe, » avait-il écrit, (< qui nous a faits chrétiens, nous autres Allemands. C'est grâce à cette religion bénie que nos pieux etblen-aimés parents ont obtenu le salut éternel. C'est grâce à elle que l'Empire romain a été rerais aux princes allemands, que notre noblesse a remporté de glorieuses victoires, que l'Empire s'est étendu, et que nos paysans ont été convertis au Christianisme. Les Hongrois, les Bohèmes, les Polonais, les Wendes, les Slaves, les Prussiens, lesLivoniens, les Danois et les Suédoisontété baptisés par desapôtres catholiques, comraenos anciennes chroniques et nos antiques annales en font foi. Or il n'est que trop certain (jue depuis quarante ans l'Empire semble pencher vers la ruine, et c'est une immense douleur pour nous. Nos grands et nombreux revers rendent le même témoignage : l'Empire allemand s'est amoindri, et nos soldats sont devenus la risée des nations. Qu'est devenue la terre de Dietmarch, domaine, autrefois, de l'archevêché de Brème? le Danemark se l'est appropriée. Qu'est devenue la Livonie, refuge, jadis, de la noblesse saxonne? Les Moscovites la tiennent captive sous leur puissante main. » « La Prusse, conquise par l'ancien Évangile, a été ravie à notre noblesse par l'Évangile de Lutlier; elle a été livrée à la Pologne; de sorte que maintenant les Polonais régnent sur les Allemands, eux qui autrefois étaient tributaires de nos Empereurs ! La Hongrie, à son tour, à cause des disputes religieuses, est aux mains des Turcs; les prédicants ont semé partout le poison, la haine et l'envie^. »

Dans lecamp protestant, le livre de Staphylus souleva une indignation bruyante. L'auteur fut traité « de blasphémateur, d'ennemi déclaré de Dieu et de Jésus-Christ, d'infâme renégat, de vrai cerbère, digne de l'exécration générale ». « Celui qui défend sciemment l'erreur

' F. L. 2 a. Staphylus s'étend au long sur ce sujet dans l'opuscule intitulé : Vom lezten und grossen Abfall, pp. 16-17,28, 43. - Voy. Rass, Converliten, 1. 1, pp. 333-363. 3 F. c. 3 b. 4a, Da.b.

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