‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 178 sur 573 · POLEMIQUE DU CONVERTI RABE · texte numérisé non relu

POLEMIQUE DU CONVERTI RABE

et l'idôlàtrie, » s'écriait le surintendant Nicolas Gallus dans un sermon prêché à Ratisbonne, « doit être tenu pour infâme, car il blasphème Dieu dans son cœur. Staphylus défend l'idolâtrie papiste, par conséquent, c'est un blasphémateur ^. » Gyriacus Spangenhcrg déclara à son tour que l'odieux Staphylus « était l'un des principaux agents du diable, qu'une légion de démons habitait en lui, qu'il llattait le dragon de Rome^ conseillait et encourageait l'homicide dans tous les états chrétiens. » Depuis longtemps, cependant, on avait prouvé aux papistes que leur doctrine était fausse, idolâtre, diabolique. Ce n'était pas le nouvel Évangile qui était responsable des malheurs de l'Empire, c'était uniquement le papisme. Spangenbcrg insultaitnon seulement la doctrine, mais le caractère de Luther, « cet homme saint, ce prophète du Seigneur, plus savant, plus sage, plus intelligent dans son petit doigt, que tous les Papes, moines, évêques, et prêtres du monde entier, et que tous leurs Conciles, Universités, écoles et abbayes, sans en excepter rien ni personne ». Ce n'était pasl'Évangile luthérien qui avait engendré tant de sectes, mais bien le papisme, (f cette source d'hérésies ». Staphylus, « le nouveau Judas Iscariote, l'homicide d'àmes, » ne parviendrait pas plus à détruire le nouvel Évangile que Marner, Eck, Emser et autres cervelles diaboliques; mais les Papistes endurcis éprouvaient un tel plaisir à calomnier qu'ils se délectaient et se vautraient dans d'impurs mensonges comme des porcs dans la vase - ». Plusieurs théologiens luthériens tinrent à peu près le même langage.

« Nos nouveaux Évangéliques, » riposta Staphylus, « ont contracté l'habitude de calomnier avec tant d'impudence qu'en considérant la licence de leurs discours, plusieurs trouvent préférable de laisser opprimer la vérité que de s'engager en toutes sortes de disputes avec de si grossiers personnages. » A propos d'un livre où Andrea l'avait pris à partie, Staphylus écrivait: « Qu'a prouvé ce hâbleur? Qu'a-t-il fait autre chose que tempêter, s'emporter, outrager, calomnier, m'appeler scélérat, traître, Judas Iscariote, etc.? » « Quant à ce qui concerne ma personne, » continuait-il, « je sais que je subis les injuresduprédicant nonà cause de mes fautes, mais en haine de notre doctrine catholique. On ne saurait soutenir, en effet, sans blesser la vérité, que j'aie jamais commis un meurtre, un larcin ou quelque autre action criminelle, ou que jamais j'aie fait tort à quelqu'un dans l'emploi qu'il occupe^. »

' Vom bäptischen abjultischen Fest Corporis Christi, etc. Predigt, Ratisbonne, 1561, f. B ^ * Wider die bösen Sieben .

3 Nachdruck, etc. (lo62), F. 6-7-8.

P0M:MIQUE des convertis RABE et KLEINDIENST. 4Û1

« Du moment qu'un luthérien passe au papisme,» écrivait le prédicant Utzinf,^er, « il est plus que probable, pour en parler poliment, qu'il n'a pas un seule partie saine dans tout son être, et qu'on ne peut se fier àlui dans la moindre petitechose.» « Celui qui abandonne son Dieu pour un motif futile ne saurait avoir un cœur honnête, et ne peut agir loyalement envers les hommes, lui fussent-ils unis par des liens étroits de parenté; l'apostat est capable de trahir son pays; aucune fourberie, aucune félonie ne lui coûte ^. »

Cette opinion explique que Jean Fiscliart ait accusé le converti Jacques Rabe, fils d'un surintendant d'Ulm, des crimes les plus honteux '2^ assurant que lui et le converti Martin Eisengrein, vicechancelier de l'Université d'Ingolstadt, avaient signé de leur sang un pacte avec le diable 3.

Contre un sermon prononcé par Jean Marbach à Strasbourg et depuis livré à l'impression, Rabo avait vivement prolesté, traitant l'écrit de pamphlet. Son auteur, le surintendant luthérien, avait, disait-il, calomnié des personnes haut placées, et l'Église Catholique en général; il avait, de plus, soulevé les sujets contre leursautorités légitimes, excité les brebis contre les pasteurs, enfin, au su de tout le monde, c'était un prédicant révolutionnaire, dans le genre de Thomas Münzer ^. Qu'avait-il à voir dans les affaires des Catholiques? S'il avait envie do médire, il n'avait qu'à regarder autour de lui et parmi les siens. Il reprochait aux prélats leur faste; mais où la Sainte-Écriture disait-elle qu'un surintendant évangélique fût tenu d'entretenir dans ses écuries cinq, six, huit ou neuf chevaux de race, de porter des vêtements à plis à la Brunswick, de pendre à sa selle une ou deux armes à feu, de se tenir fièrement sur ses étriers, chaussé de bottes de loutre? Où avait-il vu qu'un dignitaire évangélique eût le droit d'exercer la justice, de prendre, de piller ou de fermer des églises, des couvents, des abbayes, de marcher vêtu de velours, de soie, de porter des bagues à ses doigts, d'être toujours suivi de plusieurs laquais^? Répondant aux calomnies sans cesse répétées contre le clergé catholique, Rabe avait dit : « Je le dis hautement: si quelqu'un tient à avoir pour compagnon un vaurien sans foi ni loi, un être grossier, ivrogne, qu'il aille dans n'importe quel village évangélique, il verra de ses propres yeux quels gens à ma-

' Nothwendige Erinnerung, F. F. 3^. F. 4. ^ Nachtrab oder Nebelkräh, etc. Voy. Kurz, t. I, pp. 1-97. ' Die rechte Aussiegang, etc. F. 4 a.

* Christliche bescheidene wohlgegründetc Ablähnung der vermeinten BischofS' Predigt, so jüngst... den 26. Jenner dieses laufenden 69. Jahrs im Münster zu Strassburg gehallen, etc. Cologne, 1570.

Abiahnung. F. 10 ».

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