‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 180 sur 573 · POLÉMIQUE DU CONVERTI JEAN NAS · texte numérisé non relu

POLÉMIQUE DU CONVERTI JEAN NAS

delà comprendre, lorsque, par hasard, 'nous l'avons entre les mains; que nous avons plus de confiance dans l'eau bénite que dans le sang de Jésus-Christ. Voilà quelques-uns des innombrables mensonges et blasphèmes horribles, inouïs jusqu'ici, qu'ils inventent contre nous. Les gens d'expérience savent bien que le grand art des sectaires, c'est de rendre le papisme abominable aux chrétiens crédules, gràceà un habile système de calomnie». Un aveu échappée Bucer en 1044 montre combien Kleindienst avait raison sur ce point : « On est allé si loin de notre côté, » écrivait Bucer en 1544, a qu'on attribue aux Catholiques, dans nos livres et dans nos sermons, une foule de choses dont ils sont parfaitement Innocents, et que nous serions fort embarrassés de prouver ^ ». La façon dont les « maîtres sectaires » défiguraient la doctrine catholique inspirait à Kleindienst une grande indignation ; il s'écriait : « Je prends Dieu à témoin, sur le salut de ma pauvre âme, que si les choses dont on nous accuse n'étaient pas autant de grossiers, d'horribles et palpables mensonges, je m'enfuirais de toutes mes forces d'une religion telle qu'on dépeint la nôtre et je serais autant l'ennemi du Pape et du papisme que Luther lui-même, ou le diable en personne. C'est pour cela que je ne puis assez déplorer que notre pauvre cher peuple ait été si longtemps mené par la corde des fous, et si lamentablement abusé. Sansaucundoute, si l'homme du peuple, simple et bon, était mieux instruit, mieux informé, il détesterait bientôt autant les sectes qu'il hait maintenant le papisme. »

JeanNas, de tous les convertis, fut celui qui attaqua les prédicants avec le plus de violence; aussi était-il haï plus que tous les autres ; on l'appelait « l'impure écume de l'idolâtrie papiste ». Les polémistes protestants affirmaient qu'il avait propagé les exemplaires de ses livres par des maléfices dont il avait le secret. Beaucoup d'ouvrages de Nas avaient eu trois, quatre et jusqu'à cinq éditions 2.

Jean Nas 3, originaire d'Eltmann, en Franconie, était né de parents catholiques. Tailleur de son état, il avait fait son tour de compagnon, et, durant ses voyages, s'était attaché à la doctrine de Luther. « A Nuremberg, à Ratisbonne, à Augsbourg, » écrivait-il plus tard, « j'ai été le fervent adepte de la prétendue parole de Dieu,

'**Len'z, Brief Wechsel Land(/raf Philipp's des Grosmathigen vûii Hessen mit Bucer, X. II, p. 240. Voy. Hisi. pol. Blätter, t. GIX (1892), p. 497.

^ Voy. Schöpf, p. 73.

3 ** Avec le savant travail de Schöpf, voy. Hirn, t. I, pp. 235 et suiv., pp. 252, 262. Une courte autobiographie latine de Nas a été publiée récemment par J. ZiNGERLE dans la Zeiischrijt für deutsche Philologie (Halle, 1886), t. XVIII, pp. 488 et suiv.

ili COMMKNT JEAN NAS DEVINT POF.KMISTE.

telle qu'elle est interprétée dans les livres de Luther. » Il lui arrivait, le dimanche, d'entendre jusqu'à quatre sermons tout entiers; il écoutait avec enthousiasme le cantique : Maintiens-nous, Seigneur, dans ta sainte parole, et confonds Vhomicide du Pape et du Turc, chanté avec ardeur et comme d'une seule voix. »Les injures dont les prédicants accablaient les Catholiques faisaient sur lui une telle impression que, sans autre réflexion, il eût, dit-il, ramassé des pierres pour les jeter à la tête d'un prêtre ou d'un évéque qui se fut trouvé sur son chemin au sortir du prêche*. II avait gardé un ineffaçable souvenir des innombrables outrages, des mensonges, des calomnies qu'il avait si souvent entendus dans la chaire; il souffrait pour le pauvre peuple égaré, victime d'une haine si amère. La lecture assidue de Vlmiiation de Jésus-Chi^ist le porta à réfléchir ^ », 11 rentra dans le giron de l'Eglise Catholique, et, peu après, quitia le monde pour entrer dans l'ordre de Saint François. (1Ö52). 11 commença par y exercer son métier, qu'il continua toute sa vie à tenir en grand honneur. Devenu plus tard évéque deBrixen, il tint à mettre dans ses armes une paire de ciseaux, en souvenir de son ancien état 3. Après qu'il eut achevé ses études, ses supérieurs l'envoyèrent à Ingolstadt, foyer actif de théologie et de controverse catholique dans l'Allemagne du Sud. Sous la direction des Jésuites, il étudia la Sainte-Écriture et les Pères de l'Église, apprit l'hébreu et le grec, tout en obtenant de grands succès comme prédicateur populaire. Ses sermons et ses écrits de polémique révêlent un habile écrivain, un orateur à la parole puissante, à l'éloquence vraiment populaire. Comme Luther et Geiler, il puise à la source populaire, mais la modération et la décence, chères à Geiler, sont loin d'être toujours observées par lui. Au début de sa vocation, il ne se sentait aucun penchant pour la polémique : « J'eusse préféré, » dit-il, « enseigner tout simplement au peuple la foi catholique, soit dans la chaire, soit dans les écoles; j'aurais aimé servir notre cher peuple au confessionnal ou dans les hôpitaux; mais les pamphlets atroces des prédicants m'ont pour ainsi diro traîné sur le champ de bataille; il faut maintenant que je quitte tout pour me battre avec eux, me voilà forcé de me servir de leurs armes, de parler leur langage, puisqu'ils n'en comprennent et n'en veulent pas entendre d'autre. » Pendant qu'il livrait ce combat, Kleindienst était loin d'être « d'humeur joyeuse ». Qui pourrait faire quelque progrès dans la piélé, écrivait-il, « en entendant, en lisant habituellement tout

' Schöpf, pp. G-7.

- Nas, Centuria II. p. 14Ö.

^ Schöpf, pp., 8-19.

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