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LE POLÉMISTE NAS SUR LA FOI SANS LES CEUVRES

(Ces plaies que sans cloute il s'était faites lui-même,)

S'avisa d'un stratagème,

Ouvrit cinq blessures dans sa chair,

Puis prétendit que, pendant une extase,

Marie elle-même les lui avait imprimées.

Par là, elle fit au pauvre saint homme

Un affront et un tort sensibles,

Mais elle ne s'en fit aucun scrupule,

Bientôt un grand concours de pèlerins.

De prêcheurs, de moines, de peuple,

Vint admirer sa sainteté.

Louant Catherine au lieu de François,

Et l'on se moqua du pauvre moine !

Décide entr'eux qui a envie de se mêler

A cette sublime querelle '.

Bientôt, dans les différentes branches de la famille Franciscaine, on avait vu surgir des disputes du même genre:

Tous les jours, à toute heure,

François était stigmatisé et blessé.

Bien qu'il eût cinq plaies

Qui l'affaiblissaient déjà passablement,

Ses compères voulaient encore

Le martyriser davantage en l'imitant 2.

Le second « poème » de Fishart a pour titre : De saint Dom> nique, le frère prêcheur, et de saint F^'ançois le déchaussé ; de leur belle vie et grandes abominations, dédié au fi'ère gris Nas d' Ingolstadt, afin qu'il se souvienne et réfléchisse à ses calomnies indécentes sur Luther^. Fishart insulte aussi saint François dans la pièce bouffonne intitulée : la Chasse aux puces.

« 11 est rapporté dans la légende de saint François, » dit-il, « que cet homme de Dieu a toujours regardé comme ses frères les poux et les puces:

Aussi avait-il défendu à ses religieux De verser le sang de leurs parents, De jamais tuer une puce ou un pou 4.

(( Il est certain, » dit-il ailleurs, « que le capuchon, le froc et la tonsure du moine ont ramassé l'ignominie et l'ordure du monde entier. Et pourquoi cela? Parce qu'ils ont entendu la confidence de ce que le monde entier renferme de plus ignoble. Les

' Vers 225 et suiv.

* Vers 99 et suiv.

ä Kurz, t. I, pp. 121-252.

* Kurz, t. II, p. 3â, ver.s 1 1 19 et suiv.

412 LF. l'Dr.KMlSTK NAS.

prêtres mangent et avalent l'ordure; ce sont des écureursd'égoût, des mangeurs d'excréments. Dans leurs retraites, couvents, monastères ou presbytères, ils vivent aussi séparés de toute société que s'ils étaient enfermés dans des latrines, ou dans des maisons de prostitution '. »

Évidemment, comparé à des pages si ignobles, le langage de Nas pouvait encore passer pour modéré. Fishart et son compagnon d'armes Nigrinus raillaient les querelles, à la vérité puériles et sans dignité, des ordres religieux; mais qu'étaient-ce que ces disputes à côté des violences de ces sectes innombrables qui, au sein du Protestantisme, s'entredéchiraient, se maudissaient réciproquement au sujet des dogmes les plus sacrés? « Tout est bouleversé en Allemagne, » écrivait Nas, « car en dehors de lÉglise Catholique, il n'y a nulle part de stabilité dans les dogmes, mais au contraire des innovations perpétuelles et des querelles amères. » « C'est une honto pour nous aux yeux de toutes les nations chrétiennes, » écrivait-il en io81, « que nous autres Allemands, nous nous regardions comme obligés de nous maudire, de nous damner continuellement les uns les autres. 11 est humiliant pour ceux qui nous gouvernent de constater que plus ils vont, moins ils sont fidèles à eux-mêmes; car tous les ans ils publient de nouveaux édits de religion ; les temporels prétendent condamner les spirituels, les brebis conduisent les pasteurs. Depuis longtemps déjà les Luthériens se sont alliés aux Calvinistes de France, d'Angleterre et des Pays-Bas, ils en ont fait l'éloge, ils ont exposé pour eux leur sang et leurs biensj et maintenant, voilà qu'ils les mettent tout à coup au même rang que les papistes 2! » « Chaque secte pense être seule en possession de la vérité, et ne songe qu'à opprimer toutes les autres. Les faibles sont scandalisés, car ils entendent dire à tout nouveau chef d'école: « Le Christ est chez nous, et il n'est pas chez le voisin. » Les Flaciniens crient que le monde entier est dans l'erreur, eux seuls exceptés; les Adiaphoristes les traitent, naturellement, de menteurs; mais ils mentent avec tout autant d'impudence, affirmant qu'eux seuls constituent l'Église de Dieu ; les disciples de Schwenkfeld disent la même chose; les Anabaptistes soutiennent que tout le monde a renié Jésus^Christ, que tous sont tombés, qu'eux seuls composent la vraie communauté chrétienne. Chaque secte chante le même petit refrain, et ce refrain n'est pas nouveau, car il a été chanté par tous les hérétiques du temps passé, surtout par les Do-

* Geschischtklitterung, pp. 479-483.

- Examen Concordiae (lo81),Jpp. 403 i04.

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