LE POLEMISTE NAS SUR LA FOI SANS LES OEUVRES
natistes et les Cathares * . )> Cependant, les sectaires s'accordent sur un point : leur haine commune pour l'Eglise Catholique. Les prMicants soufflent cette hame au cœur du peuple, ils excitent ses colères, surtout contre les prêtres et les religieux. » « Réfléchissez avec moi à la manière indigne dont, fidèle aux leçons de ses pasteurs, le peuple évangélique nous traite. D'où lui viennent ces penchants féroces? Des prédicants, lesquels, dès qu'ils aperçoivent un iroc, un capuchon, une tête tonsurée, crient aussitôt: aux armes, au loup, au loup, pendard, voleur, espion, démon ! Voilà comment ils traitent des gens auxquels ils n'ont parlé de leur vie, qui ne leur ont jamais fait aucun mal! Mais qui pourrait redire toutes les insultes, tous les mépris dont ils accablent même les simples fidèles ? - »
Nas, après avoir cité de nombreux passages des écritsprotestants, dit que, depuis l'avènement du nouvel Evangile, la décence et la vérité ont entièrement disparu de l'Allemagne; que le peuple est devenu grossier, sauvage. La vraie cause du mal, c'est, selon lui, le principe même de la doctrine protestante, c'est-à-dire le dogme de la justification par la foi seule, « Par cette doctrine, destructive de toute vraie piété, » écrit-il, « le zèle charitable, les œuvres de miséricorde ontété abolis; l'Allemagne a été radicalement corrompue. » Répondant aux prédicants qui traitaient la doctrine catholique sur les bonnes œuvres d'invention diabolique, Nas disait : « De même que les Turcs se font une image turque et imaginaire du vrai Dieu, les prétendus serviteurs de la parole de Dieu ont fabriqué aussi un pseudo-Christ, grâce à leur invention satanique et insensée, grâce à leur foi unique. Leur nouveau Christ ne peut rien pour nous, car il s'enveloppe dans le manteau du diable, il est assujetti à sa volonté. Il ne distribue à ses fidèles que le calice et le pain mensonger du démon, et Satan, par ce sacrement d'enfer, les incline comme lui au mensonge et à l'homicide ^. » « 0 Allemagne, ma bien-aimée patrie, ceux qui disent que tu t'es sanctifiée, qui pensent t'avoir élevée jusqu'au ciel par la foi nue, te trompent, aussi vrai que Dieu vit, règne et gouverne! Ils te trompent, tous ceux qui te proclament sainte, qui te canonisent, qui te séduisent, et t'assurent que tu es sauvée! » « Les fruits de cette doctrine s'appellent meurtre, vol, mensonge, tromperie, impudicité, scélératesse sans remords. Aux yeux de tes faux docteurs, la foi purifie tout, justifie tout, aucun péché ne saurait souiller l'âme, et les bonnes œuvres,
' Centaria III, p. 63.
* Centaria II, p. 4.j.
'■' Angclus paraenellciis, der Manungsenel {lo88), p. 173.
4l'j LE POLEMISTE NAS SUR LA FOI SANS LES OEUVRES.
au contraire, sont un ol)slacle au salut*. » « Dès que l'un des nôtres s'émancipe, devient un méchant garnement, un vaurien, dès qu'il a pris à un autre sa femme ou son bien, il s'enfuit chez les Évangéliques, et le voilà soudain devenu honnête homme. Car ils disent qu'il ne faut rien estimer que la foi pure, et plût à Dieu qu'ils se contentassent de le croire, mais il s'en faut bien, ils agissent; ils s'adonnent à toutes sortes de vices : (''meutes^ pillages, vols sacrilrges, brisement d'images, effusion de sang, ces crimes se succèdent chez eux sans interruption 2. » « 0 Allemagne, ma noble et bien-aimée patrie, ne vois-tu pas voir combien leur toile est grossièrement tissée? Les Juifs aveugles, les payens, les Turcs euxmêmes méprisent et raillent cette foi nouvelle! Ne coinprends-tu pas le tort qui t'est fait, et que tu es devenue la risée des nations? Ce qui se passe ne suffit-il pas à t'instruire ? 0 douleur, ne te lèveras-tu pas bientôt, ne feras-tu pas pénitence, et les becs etumiellés, les prédicants doucereux, les prétendus serviteurs de la parole qui t'insinuent tant de flatteries, qui te passent un brin d'herbe dans la bouche pour te mener où ils veulent, ne les renieras- tu pas, ne les enverras-tu pas bientôt au diable 3? »
Tandis que nous sommes en celte vie, '.;
La mort se tient à nos côtés. H
Qui viendra nous tirer d'ang-oisse, 1*
Qui nous fera trouver grâce devant ta face, f
Si ce n'est toi seul, 0 Seigneur ! '■'
Nous sommes accablés sous le poids de ta colère,
Nous gémissons à cause de nos crimes !
Dieu saint, Dieu saint, Dieu fort,
Sauveur plein de compassion ,
Dieu éternel, prends pitié de nous !
Que notre àme ne périsse pas,
Que notre héritage ne nous soit point ravi,
Aide-nous dans nos pressants dangers* !
Nas en revenait toujours au même thème : « La nouvelle foi est tellement forte, tellement puissante, » écrivait-il, « qu'elle suffit pour le salut; aussi toutes les œuvres de miséricorde ont-elles pris fin. » « Quand avons-nous vu plus de pauvres? Quand les hôpitaux ont-ils été moins en état de les recevoir ? Et pourtant, que de couvents confisqués sous prétexte de doter les hôpitaux ! Et ils n'ont jamais été plus endettés! Où s'en sont allés les revenus des écoles ?
' p. i71. Voy. Schöpf, pp. 6d-66.
* Praeladiam in centtirias ho7ninum sola fide perditorum [lb88), p. 23. 3 Widereinewarung (lü17),p. 238. Voy. Schöpf, p. 58.
* Schöpf, p. 08.