POLEMIQUE ENTRE NAS ET RITTER
Combien de malheureux étaient jadis nourris par les couvents* ! » Puis, dans une page éloquente, Nas rappelle l'ancienne libéralité des monastères, surtout en temps de disette et de calamité publique 2.
La dispute de Nas et de Mathieu Ritter, prédicantde Francfort-surle-Mein, nous aidera à comprendre mieux encore le genre et le ton de lapolémique religieuse à cette malheureuse époque. Nas avait ditdans sa quatrième Centurie:« Si, parmi les Catholiques, on a souvent plus à souffrir du caquet des femmes qu'à s'édifier de leur piété, il faut convenir, cependant, que les femmes évangéliques sont infiniment plus bavardes que les nôtres, surtout quand il est question de religion et de parole divine; et cependant saint Paul leur a défendu de s'occuper do ces hautes questions, leur ordonnant de s'en rapporter là-dessus aux hommes; mais elles jacassent et barbottent comme des oies dans le ruisseau, et elles égarent souvent des gens pieux et honnêtes, à l'exemple de leur mère Eve et des maîtresses du roiSalomon. Depuis le jour où Eve écouta le premier prédicant {c'est-à-dire le démon caché sous la forme d'un serpent), le jour où il lui conseilla de rompre le jeûne, la femme a toujours séduit l'homme, comme le prouve l'histoire de Dalila et de Samson. En résumé : omnis Lutherana merelrix ^. »
Furieux de cette dernière parole, Ritter composa le Dialogue sur le jugement calomniateur et infamant porté par le frère Jean Nas, d'ingolstadtjequel a osé dire que toutes les femmes luthériennes sont des courtisanes. Nas, selon Ritter, était un blasphémateur satanique, tout semblable au premier prédicant du paradis terrestre, car il blasphémait et falsifiait la parole de Dieu non moins que le diable, et il avait osé dire que les femmes luthériennes, parce qu'elles s'occupent de religion, étaient toutes des prostituées. « Pourquoi, » s'écriait-il, « Nas, ce nouveau docteur, vient-il mêler Dieu à la prostitution ? Veut-il faire de Dieu le patron d'une maison d'infamie? Le cœur se glace d'effroi à la seule pensée d'un semblable blasphème*! » « Ailleurs, Nas déclare que non seulement plusieurs ou beaucoup de femmes luthériennes ont une conduite scandaleuse, mais que toutes, sans en excepter les reines, les Électrices, les princesses, et les
' Sechs Hanspredifften p. Si:^'».
- Cenlaria 17, pp. 169-177.
^ Centuria /F, p. 2o8b.
' Dialogus,{.2t.
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femmes du plus haut rang, vivent dans l'infamie. Or, où trouver pire dépravation, plus de honte, une vie plus bestiale, plus diabolique que chez les courtisanes? Et cependant le frère Xas, dont les écrits sont répandus dans le monde entier, prétend que les femmes luthériennes du rang le plus élevé, aussi bien que celles des autres classes, sont toutes perdues de vices! Admirez ici un remarquable chef-d'œuvre de la noirceur papiste : De nous autres hommes, Nas ne dit mot; il se tait sur nos vices, il se borne à appeler nos femmes des prostituées, afin de nous déshonorer en même temps qu'elles, et de déshonorer nos enfants. Ainsi, nos femmes sont des créatures de honte, et nous, nous le tolérons; les hommes sont sans honneur, les hommes sont des coucous, et nos enfants sont des bâtards. Qui viendra, maintenant, demander une de nos filles en mariage? Quelle corporation, quelle société honorable nous accepterait nous ou nos enfants? Les princes luthériens et leurs fils ne pourront plus s'éger aux Diètes d'Empire, ils ne pourront pas hériter. Nas les renvoie tous au bourreau, ou plutôt à l'entremetteur. » « Par conséquent les papistes seuls parviendront aux hautes charges, les titres et les honneurs seront uniquement pour eux. Eux seuls dirigeront les affaires publiques et seront les maîtres du monde: dans leurs rangs se trouveront les artisans honnêtes, seuls dignes d'obtenir droit de cité, ayant seuls droit à la protection des lois. En un mot, eux seuls seront des gens de bien ; leurs prêtres entremetteurs seront les favoris de nos princesses; les bâtards de prêtres seront établis au-dessus des enfants de nos pasteurs, et malheur à ceux qui se permettront de les offenser! Gare, pour ceux-là, au bûcher et à la potence! /> Toutes ces conséquences;, selon Ritter, étaient renfermées dans « la calomnie diabolique et féroce exprimée par Nas en trois mots^ v.
Pour répondre au Dialogue, l^sis publia une diatribe surpassant en violence tous ses autres écrits 2; « On voit, on s'aperçoit déplus en plus», dit-il, «que les prédicants luthériens deviennentfous, qu'ils sont aveugles, sataniques, qu'ils ne cherchent, à l'exemple du démon leur père, que des occasions de vengeance. » « Ils ne cessent de me persécuter; ils trament contre ma vie toutes sortes de complots, publics et secrets ;ils soulèvent contre moi, car ils sont puissants, des villes, des territoires entiers, ils vont si loin qu'ils me mettent presque au ban, bien qu'ils n'aient pas même lu mes livres, mais se bornent à croire et à supposer, ou bien à rapporter les bavardages de leurs
' Dialocjus, f. "l'I et suiv. Voy. H. Echartls, Papa pharisaizans {lena, 1605), p. 444.
* G. Asinus Nasi Battimontanas, das ist ein Bericht von Fratris Joannis Nasen Esel, auch von des Esels rechtem Titel, G. N. B. Ingolstadt, 1571.