‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 187 sur 573 · LES POLÉMISTES NAS ET RITTER. 4I · texte numérisé non relu

LES POLÉMISTES NAS ET RITTER. 4I

prédicants à table ou dans la chaire ». « Ils veulent surtout duper leurs pénitentes, leurs tilles spirituelles. Ils leur chantent, ils leur répètent que j'ai appelé courtisanes les altesses, les princesses, les femmes les plus dignes de nos respects, aussi bien que les luthériennes de moindre condition, et que cela est imprimé dans mon livre, au lieu que ce sont eux qui impriment, chantent et répètent à tous les coins de rue : Toutes les femmes luthériennes sont des courtisanes! On ne trouve pas trace dans mes livres d'une calomnie si abominable. » « Pourquoi, » demande Nas à Ritter, « n'as-tu pas cité exactement le passage de la quatrième Centurie, à la page 372? C'est précisément là le procédé ordinaire de ces hiboux de prédicants! C'est là la sincérité évangélique. Vraiment, toutes les luthériennes devraient se lever et administrer une bonne correction à leurs pères spirituels, qui les traitent publiquement de femmes perdues M »

Dans un écrit publié deux ans avant les Centuries, Nas avait dit en parlant du mariage contracté en dehors de l'Église : « S'il plaît aux Protestants d'appeler de tels mariages un sacrement, nous ne leur donnerons pas raison, car nous ne pouvons pas plus admettre ces unions que les mariages turcs. Non, chrétien, en dehors de l'Église, le mariage n'est pas un sacrement. » Cependant Nas ne regarde pas comme nul le mariage des hérétiques: «C'est un mariage, je le reconnais, mais ce n'est pas un sacrement. » « Quant au mariage des moines et des prêtres renégats, leurs unions pr(''tendues ne sont qu'un dévergondage sacrilège, décoré du nom de mariage 2. »

C'est contre ces renégats, c'est contre leurs compagnes, presque toutes évadées des couvents, que Nas s'était surtout élevé : « Non seulement je n'ai jamais eu la pensée de calomnier toutes les femmes évangéliques, pas plus que je n'ai eu l'idée de parler des juives et des payennes dans un jugement si général, si universel, mais jamais, en parlant des luthériennes, je ne les ai traitées comme les traitent leurs prédicants, et assurément si ces pauvres petites femmes abusées n'étaient pas plus mal jugées par eux que par moi, leur honneur n'aurait subi aucune atteinte. Ce sont ces galants chevaliers qui les compromettent 3. » «Riltera encore inventé là où il prétend que je traite les luthériennes d'adultères. Qui ne voit qu'en parlant ainsi je n'ai pas entendu parler dans le sens littéral et humain, mais dans le sens spirituel? Et pourtant Ritter pousse aussitôt des exclamations grossières et charnelles, et prétend que, pen-

' F. SfJi'^S .

- Drei geschriftfesle Predigten (1566), ff. Si-^^Jo.

'' G. Asiniis, f. 4ij.

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sant au corps, je les ai appelons prostituées. On reconnaît là le plaisir qu'il trouve à tout salir, à tout défigurer. Et de plus, je ne conviendrai jamais que c'est à propos do la parole de Dieu que je nie suis servi du mot d'aiultère, mais seulement en faisant allusion à l'apostasie de ces femmes, à l'homicide d'àraes de Luther ou de Lucifer, dont elles se mêlent de disputer, à l'exemple de leur mère Eve. » « Toute hérésie est un adultère spirituel, et par ces paroles: omnis Lutherana mevetrix, j'ai voulu seulement dire que le Luthéranisme, fondé par SataU;, est un adultère, parce qu'ila abandonné h vérité K »

Nas dit encore à l'adresse des prédicants : « Que penser de leurs faux miracles, qui ne sont que tromperie, et par lesquels le piqueur (''vangélique a fait tomber jusqu'à vingt-quatre épouses? Je vais vous conter la manière dont il s'y est pris : Quand une belle dame venait chez lui et lui parlait de son attrait pour l'Évangile et pour la Cène que le Soigneur a instituée sous les deux espèces, il lui disait : « Chère dame, vous êtes dans la bonne voie, mais il vous manque une chose. Vous avez un orgueil insupportable, dont il faut à tout prix vous défaire si vous voulez devenir parfaite^ car vous n'avez pas encore violé votre vœu de mariage, et c'est pour cela que, visà-vis des autres femmes, vous éprouvez ce sentiment d'orgueil; croyez-moi, ce sentiment vient du démon, et si vous voulez devenir parfaite, il importe de vous en débarrasser. » A cet endroit, Nas, dans une note marginale, renvoyait le lecteur aux Propos de table de Luther, publiés par Aurifaber, citait la page, et ajoutait : « Ce sont les propres paroles de Luther, telles qu'Aurifaber les rapporte 2.» Evidemment, le lecteur qui ne connaissait peut-être pas les Propos de table, qui ne vérifiait pas la citation, et ne pouvait deviner ce que signifiait l'expression de « piqueur évangélique », devait croire que l'anecdote se rapportait à Luther; au lieu que celui-ci n'avait fait que rapporter les torts d'un jardinier d'Augsbourg, l'anabaptiste Hetzer 3, qui avait séduit beaucoup de femmes au moyen de l'argument susdit. De plus (ce que Nas passait sous silence en se contentant de mettre un etc.), Luther ajoutait après avoir conté l'anecdote : « C'est par cet artifice qu'Hetzer a trompé beaucoup de femmes. » Nas s'efforça de justifier son procédé en disant qu'il avait cité les paroles de Luther à la manière dont Galle avait citéjadisles paroles d'Hosius; mais que le surintendant Gallus se fût permis

^ G. A sinus, ff. 60-Gl, f. 48,

2 Centuria IV, ]>. 369.

' Voy. noire 3* vol., p. ^i'6. Le mot Heizer signifie piqueur en allemand.

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