POLEMIQUE RELATIVE A LUTHER
mille citations déloyales, il ne s'en suivait nullement que Nas eût raison de suivre son exemple.
Au dire du professeur de Tubingue Ileerbrand, ce qui prouvait d'une manière indubitable que le châtiment du Seigneur et le Jugement dernier étaient proches, c'était le crime des papistes, qui, «sans pudeur ni retenue, » osaient outrager tous les jours « le plus précieux joyau de la sainte Église, » le docteur iMartin Luther, « l'illuminé de Dieu, ;) et l'attaquer dans sa vie privée comme dans sa doctrine. En multipliant leurs outrages, en répétant que Luther avait varié continuellement, ils espéraient déshonorer le nouvel Évangile. Un petit livre publié à Ingolstadt par le jésuite Sigismond Elirenhofer sans nom d'auteur excitait surtout la profonde indignation d'Heerbrand. Ce livre était intitulé : La girouette évangélique, ou discours contradictoires de Martin Luther sur les principaux articles de la religion chrétienne *. On ne pouvait accuser Ehrcnliofer de s'être permis des citations inexactes, d'avoir défiguré ou falsifié des textes. Pour faire bieo comprendre le but de son travail, il y avait placé cette épigraphe :
Celui qui dit oui et non sur le même sujet N'a certainement pas une foi robuste !
Voilà pourtant ce que faisait Luther, Comme ce petit livre va vous le démontrer. Donc, comme Martin n'est qu'une girouette Que personne ne se règle d'après lui !
L'année suivante, Heerbrand fit [raraitro contre cet écrit un gros volume intitulé : Examen et jugement de la prétendue girouette évangélique nouvellement forgée ^. Sans se mettre en peine de réfuter son adversaire, il se contentait d'accuser le Pape et l'Eglise Catholique des plus épouvantables forfaits. La messe, « instituée contre la pensée du Sauveur, » était, selon lui, une invention diabolique, le purgatoire une fable payenne, une inspiration de Satan. Les papistes détestaient autant la sainte Écriture que le démon déteste la croix; le Pape remettait les péchés pour de l'argent, et l'Église catholique n'était pas l'épouse du Christ, mais celle du diable; son culte était absolument opposé au
* X la fin du livre : Grath, 1587.
•■î Tubingue, 1588.
420 LE POLEMISTE FLASCH.
Cliristianisme,cYtait une idolâtrie plus que payenne, comme l'expérience le prouvait tous les jours. Heerbrand n'attachait aucune importance aux variations de Luther; l'illustre docteur n'avait été éclairé que peu à peu, et n'avait pas immédiatement compris l'origine satanique du papisme. « C'est vous, jésuite menteur, » s'écriait-il, « qui êtes le vrai coq de cette girouette imaginaire! Grattez, fouillez, épluchez les livres de Luther tant que vous voudrez, vous ne parviendrez pas à nous persuader que nous avons ou suivons une fausse doctrine '. »
Onze ans avant la publication de la Girouette évangélique, le converti Sébastien Flasch, autrefois prédicant à Mansfeld, avait déjà excité« l'indicible colère des Évangéliques honnêtes », en exposant au public (( les vingt-deux motifs » pour lesquels, bien que déjà avancé en âge, il était revenu à la foi catholique 2. Des recherches consciencieuses l'avaient convaincu que les Protestants avaient défiguré à dessein la doctrine catholique par un amas de mensonges, afin de la rendre odieuse, et cette découverte avait été le premier motif de sa conversion. Les autres lui avaient été fournis par l'étude du caractère, de la versatilité, des doctrines contradictoires de Luther, des incessantes disputes doctrinales des Protestants entr'eux, enfin de la vie privée des prédicants. Ce qu'il rapportaitsousce dernier rapport dépassait de beaucoup tout ce que Nas avait pu dire, et sa rudesse lui attira les violentes attaques de l'un de ses anciens coreligionnaires et collègues : « Qu'il soit damnéetmaudit, le blasphémateur Flasch, Flasch le mamelouk,rinstrument de Satan I Quesept démons l'empoignent, et mettent son corps en pièces! ».Flasch avait écrit ^ : « Bien que les prédicants soient mariés, ils sont néanmoins si peu satisfaits de leurs chères moitiés que, pour contenter leur insatiable concupiscence, ils abusent fréquemment de leurs servantes, selon le conseil que Luther lui-mêmeleur a donné; et, ce qui est encore plus honteux, ils ne rougissent pasde faire violence aux épouses des autres, eld'établir la communauté des femmes. Jamais je n'aurais eu la hardiesse d'affirmer une chose pareille, encore moins delà publier, si, pendant mes longs rapports avec les prédicants, je n'avais acquis, sur ces faits et sur beaucoup d'autres abominations, une expérience certaine. Je n'en rapporterai qu'un exemple : Un certain prédicant, très haut placé, vint m'ofirir un jour un marché infâme, car
1 Propffang und Abfertigung, pp. S, 7, 9, 12, 14, 16, 38, 46-47; voy. pp. 174,
- Rationes M. Sehast. F/aschii Mansfeldcnsis, cur relicio Lutheranismo ad cathulicain romanam ecclesiain se receperit. Iuj;çolst. lü7G.
^ Voyez le sermon cité plus haut, p. o57, note 3.