POLÉMIQUE DU CONVERTI FLASCH
il me proposa d'échanger nos épouses; il fit tous ses efforts pour m'y décider, et même pour m'y contraindre lorsqu'il se fut convaincu qu'à aucun prix je ne consentirais à commettre un tel crime. La pudeur m'empêche de rapporter d'autres faits de ce genre, également odieux. » Flasch s'étendait aussi sur « l'ignorance barbare » des prétendus serviteurs de l'Évangile; « elle ne saurait être plus grande, » assurait-il, « car depuis la mort de leurs premiers maîtres, lesquels avaient été instruits par les Catholiques dans leur jeunesse et se faisaient remarquer par une grande érudition, il ne reste plus personne parmi eux de solidement instruit, personne qui soit en état de se rendre un compte exact de la doctrine luthérienne et de la défendre en connaissance de cause. Bien que quelques-uns prétendent au nom de savant, ils mêlent à leurs écrits et à leur enseignement oral tant de choses ridicules que le public rebuté trouve bientôt inutile de les lire ou de les entendre. Ils ne font que ressasser les vieux mensonges rebattus de leurs prédécesseurs, mensonges réfutés mille fois par les écrivains catholiques, et, dans la pénurie où ils se trouvent de gens instruits et cultivés pour annoncer la sainte parole et dispenser les sacrements, ils sont obligés de se contenter des êtres les plus nuls, gens sans considération, sans valeur aucune, moines apostats, tailleurs, cordonniers, bouchers, etc., de sorte que le couvercle est digne du pot, et que le vase et la liqueur se valent. » Quant à Luther, Flasch avait trouvé dans ses œuvres d'innombrables contradictions, une foule d'injures grossières et d'accusations amères contre tous ses adversaires, «et des expressions si ignobles, des plaisanteries si indécentes que l'entremetteuse la plus éhontée, et le front hardi de la prostituée ne pourraient les entendre sans rougir. » 11 n'avait pas voulu citer « pour ne pas blesser les oreilles chastes et pudiques ^ ». Lorsque, « pour avoir attaqué insolemment et calomnié d'une manière infâme « le saint de Dieu Martin Luther », un prédicant eût déclaré Flasch digne de la potence et des châtiments les plus rigoureux, celui-ci, sans s'émouvoir, publia en 1577 l'écrit intitulé : Preuves évidentes tirées des propres ouvrages et des discours de Martin Luther, et démontrant que Luther n'est pas le saint prophète de l'Allemagne, mais bien un simple ordurier ^. Cette foisil fait de nombreuses citations, les accompagne de remarques mordantes, et les fait suivre d'une grêle d'injures. Gaspar Goblerus riposta aussitôt par le Court mémoire contre la criminelle calomnie de l'âne ignoi^ant Flasch, jésuite de Mansfeld, mémoire destiné à défendre Luther contre les enfants de C/îa??i. L'auteur disait avoir pour Luther
' Voy. Räss, Convertiten, t. I, pp. 254-i;6D. * Ingolstadt, 1577.
ii22 CONVERSION DU MARGRAVE JACQUES DE BADE. PISTORIUS
« un respect tout filial », et s'était proposé « d'écrire de son mieux et selon ses moyens pour sa défense * ».
Le livre de Flascli servit de modèle à Jean Pislorius, qui peu de temps après pui)lia son Anatomie de Luther. L'entrée en scène de ce rude jouteur coïncide avec un événement qui fit j,frande sensation en Allemaj:;nc'.: le retour à l'Église Catholique du margrave de Bade-llochberg, Jacques III (1590). Ce princese faisait remarquer parmi tous les princes de son temps par ses dons itilellectuels, par une culture d'esprit solide et variée, aussi bien que par ses mœurs irré- ])rocliables et sa piété éclairée. Pendant longtemps, il avait eu des doutes graves et douloureux au sujet de la religion, se demandant sans cesse si véritablement la Confession d'Augsbourg, dans laquelle il avait été élevé, était l'unique dispensatrice du salut. Il écrivait aux surintendants et prédicants de ses états : « Nous avons découvert, par une réflexion lente et attentive, qu'il n'y a pour ainsi dire pas de règle certaine, pas de chemin sûr chez nos Évangéliques, mais seulement des disputes, des changements journaliers, en sorte que chaque prédicant préconise une opinion particulière et nouvelle, et que tout individu est libre d'avoir sur un point ou sur un autre un sentiment qui luiestpropre. » « Mous nous sommes aussi aperçu, en lisantles écrits de Luther, en particulier ses traductions et ses commentaires sur la Bible, qu'il n'avait pas le sens des choses spirituelles, que ses penchants étaient tout charnels, ce qui fait douter qu'il ait plu au Tout-Puissant de révéler la vraie religion à un homme de ce caractère, car Luther, dans ses ouvrages, a certainement menti au Saint-Esprit. De plus, il est tristement vrai que, dans notre religion, il n'y a point de vraie piété; on n'y a laissé subsister aucune cérémonie qui porte les âmes à la dévotion; la plus grande partie desnotres, ctmôme nos prédicants, auraient honte de s'agenouiller, soit dans les églises, soit même chez eux, pour prier le Seigneur, ce qui l'ait craindre que le remède appliqué aux abus de l'Église Catholique n'ait été pire que le mal. De toute son illustre lignée, le prince était le second seulemeut qui appartînt au nouvel Évangile. Ses ancêtres « avaient vécu, étaient morts, fidèles à la doctrine des Pères de l'Église, des martyrs, des chrétiens illustres des temps passés, et tous avaient obtenu comme eux, ainsi qu'il en avait la confiance, le salut de leurs âmes. Tous ces motifs et d'autres encore avaient éveillé sa conscience et, l'avaient mis « dans une singulière angoisse au sujet de la religion- ».
Jean Pistorius, médecin du margrave, et plus tard admis à son con-
1 Imprimé à « Cliri.sllin<^en », 1591, voy. F. A 3a, A 3i>. B 4b. - Lettre du 23 mars 1Ö9Ü. Voy. Ivleinschmidt, pp. 86, 87.