‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 190 sur 573 · MOTIFS DE CONVERSION DU MARGRAVE JACQUES DE BADE · texte numérisé non relu

MOTIFS DE CONVERSION DU MARGRAVE JACQUES DE BADE

seil, avait cuiitribué dans une grande mesure à la conversion du prince ^. Il était fils d'un surintendant considéré de Nidda, ville de la Hesse. Savant théologien, juriste et médecin distingué, il était rentré dans le giron de l'Église Catholique après de longues investigations (I088). Il avait lu trois fois de suite avec la plus grande attention les œuvres du Luther, et il était devenu évident pour lui que Luther, loin de mériter le nom de réformateur, était un faux prophète, qui avait troublé criminellement l'Eglise universelle. Après son abjuration, Pistorius avait été traité par les Luthériens « d'hérétique, de traître, plus corrompu et plus criminel que Judas». Les princes protestants l'avaient accablé d'outrages, l'appelant mamelouk, hypocrite, imposteur. Pistorius, disait un poète du temps, était le frère d'armes de l'infâme Staphylus, « ce joueur de fïùte de la cour du diable, qui aiguisait ses griffes aux griffes mêmes de Satan; le pays de Bade ne tarderait pas à le vomir avec dégoût, et plus tard il irait rejoindre Judas et le dragon infernal dans l'étang de soufre de l'enfer:

Il s'est assis surletrùne du drac^on;

11 s'enivre du sanç des chrétiens ;

11 veut la mort de ceux qui confessent Jésus 2!

Les écrits de polémique de Pistorius lui attirèrent tant de haines que, douze ans après sa mort, en IGIG, l'auteur d'un virulent pamphlet épouvantait encore les âmes par le récit de l'effroyable jugement de Dieu sur « l'infàmc renégat, mort en proférant d'horribles blasphèmes et en invoquant le démon; la terre avait deux fois rejeté son cadavre, et Dieu l'avait livré à Satan 3. »

Pour arrivera la certitude et sortir de ses doutes, le margrave Jacques réunit à Bade les théologiens les plus autorisés des deux partis : Jacques Andrea, Jacques Heerbrand Pistorius, le jésuite Théodore Busäus et beaucoup d'autres théologiens et docteurs. Avant même que les discussions ne fussent commencées, Andrea s'était mis dans son tort. Dans une séance préliminaire, à laquelle assistaient cinq princes et un grand nombre de courtisans, il soutint que, selon les docteurs catholiques, l'homme ne peut être sauvé par les seuls

' Stiève, Polilil. Baijerns, t. I, pp. 10-11, note 1. Voy. Rass, Converliten, t. II, p. 48R. — HiRN, t. I. pp. 270 et suiv., et Roth. Kleine Beiträge zur deutschen Sprachforschung (Munich, 1850), cahier VU, pp. 62 et 74.

- MoNE, Quellensammlung , t. 111, pp. 163 tt suiv., Kleinscuihdt, pp. loS et suiv.

'Au dire de témoins oculaires Pistorius était mort paisiblement, muni des derniers sacrements. Mais la légende sur les « jugements de Dieu » avait trouvé tant de crédit dans certains cercles que le jésuite Gretser crut nécessaire de la réfuter dans un écrit spécial. Gretseri Opera, t. XI, p. 924.

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