LE MARGRAVE JACQUES DE BADE SUR SA CONVERSION
était un converti comme lui. Le colloque avait pour but l'examen approfondi de la doctrinesur l'Église. Jacques st Zehender soutinrent la nécessité d'une Église visible, infaillible, ayant exercé son autorité sans interruption depuis les Apôtres. Jean Fappus, pasteur et professeur à Strasbourg, personnage très estimé des Protestants et grand ami des prédicants de Bade, soutint l'opinion contraire. Poussé à bout, il alla jusqu'à soutenir que l'Église, même en supposant l'assistance du Saint-Esprit, pouvait errer, et pour le prouver il cita l'exemple des Galates, longtemps sous le joug du démon, et quin'enavaient pas moins reçu IcSaint-Esprit. Maison luiopposa ce texte de Luther : «L'Église ne peut meiUir; elle ne saurait enseigner l'erreur, même sur un seul point, car si elle pouvait enseigner une seule erreur, elle serait tout entière hérétique, comme Jésus- Christ lui-même l'a déclaré. »Et plus loin :« L'Église enseigne la pure paroleouvéritédeDieu, sans aucun mélanged'erreurou de mensonge. Et comment pourrait-il en être autrement, puisque la bouche de Dieu est la bouche même de l'Église? » Et ailleurs : « Dieu ne peut pas mentir, donc l'Église ne peut non plus mentir.» « MaisPappus, » lit-on dans le compte rendu officiel du colloque, « continua néanmoins à affirmer que l'Église peut errer sur plusieurs articles importants, être par conséquent souillée, ettoulefois posséder le Saint- Esprit. Invité à citer les docteurs qui, au jugement de Luther, avaient, avant lui, cru conformément à la doctrine évangélique, Pappus nomma saint Augustin. « Si je ne parviens pas d'ici à trois ou quatre mois, » dit-il, « à vous prouver que ce Père de l'Église a été de tout pointunparfaitluthérien, jeconsens, au boutdc ce temps, à me faire catholique. »Georges Hänlin, recteur de l'Université de Fribourg, déclara à son tour que si Pappus pouvait le convaincre du fait, il embrasserait la foi luthérienne, et le margrave se fit le juge et le garant de cette sorte de gageure.
Mais Pappus s'était trop avancé, car sur la doctrine de la justification, celte pierre fondamentale du Luthéranisme, saint Augustin a dit très nettement : « Si l'on peut parvenir à la vie sans l'observance des commandements et par la foi seule, comment le Christ dira-t-il un jour à ceux qui seront à sa gauche : Allez, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le démon et ses anges? Jésus-Christ ne reproche pas aux réprouvés de n'avoir pas cru, mais de n'avoir produit aucune bonne œuvre, car en réalité personne ne peut se flatter d'obtenir la vie éternelle par une foi morte, et sans le secours des œuvres ^ » «Gomment se fait-il, » écri-
' '< Illud quoquenon video cur dominus dixerit: Si vis venire ad vitam, serva mandata, et commemoravitea,quae ad bonos mores pertinent. Si eliamhis non servalis ad
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vait un euro catholique en lo87, « que les Protestants aient toujours Augustin à la bouche, qu'ils en parlent comme s'il étaitdesleurs, saint puisqu'on trouve dans sa doctrine l'opposé de tout ce qu'ils enseignent?» Le même auteur posait aux Protestants ces questions :« Estil vrai, oui ou non, que saint Augustin ait célébré la Messe et qu'il ait enseigné à son sujet conformément à ce que l'Église catholique enseigne encore aujourd'hui? Est-il vrai, oui ou non, que le même Père ait recommandé avec instance à tous les fidèles d'invoquer la Vierge Mario et tous les saints? Est-il vrai, oui ou non, qu'il ait luimême été fidèle à cotte pratique? Est-il vrai qu'il ait déclaré la prière pour les morts salutaire et utile au salut des trépassés, comme le déclare la Sainte-Écriture? Est-il vrai, comme nous l'avons apprisde lui-même, qu'il ait prié pour sa mère après l'avoir perdue? Ses écrits sont sous nos yeux, et nous ne pouvons nous empêcher d'y trouver la preuve qu'il a toujours enseigné et pratiqué ce qu'a pratiqué et enseigné à travers tous les siècles, ce qu'enseigne encore aujourd'hui notre Mère la sainte Église. Cessez donc d'invoquer saint Augustin comme s'il était avec vous, comme s'il avait été le précurseur de Luther -. »
Peu de semaines après le colloque d'Emmending, vers le milieu de juin 1370, le margrave Jacques abjura solennellement le Protestantisme au monastère des Cisterciens de Thennenbach, près Fribourg, et déclaradenouveauque, s'ilse faisaitcatholique, c'étaitparco qu'il avait reconnu par une étude approfondie que la doctrine de l'Église était entièrement différente de ce que prétendaient les prédicants. Dans les Motifs de ma conversion, ouvrage dont il confia la publication à Pistorius et dont il relisait encore la première partie peu de temps avant sa mort, le margrave revient encore sur ce point : « Quedefois, » écrit-il,« n'avons-nous pas constaté, en lisant Luther, les mensonges, les calomnies que lui, ceux de son parti et les théologiens des autres sectes ont impudemment et très peu chrétiennement forgés contre l'Église Catholique! Ils ont complètement défiguré sa doctrine ; c'est par ces inventions, ces imaginations perverses
vitam veniri polest per solam fidem, quae sine operibus mortua est, illud deinde, quomodo verum erit,quod eis, quos ad sinistram posituriis est, dicet : Ile ia içnem aeteruum, qui paratus est diabolo et angelis ejus. Nec increbat, quia in eum non crediderunt, sed quia bona opéra non fecerunt. Nam profecto ne sibi quisquam de fidc, quae sine operibus mortua est, promiltat aeternam vitam. o etc. Augustini Op. (Parisiis. lo31), t. 111, pp. 13-18.
1 Voy. plus haut p. 243, note 1. Mcianchthon et Luther avouaient que la doctrine protestante sur la justification ne concordait pas avec celle de saint Augustin. Voy. notre 3^ vol., p. 195. Pistorius somma Pappus de tenir sa promesse, et dans son Eplslolae très ad Pappuin (Goloniae, 1594) il s'attache à prouver que personne avant Luther n'a jamais enseigné ce (juil enseigne.
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qu'ils sont arrivésà faireexécrerles Catholiques par le pauvre peuple abusé. Si ce que soutiennent tant de livres et de sermons luthériens était réel, on ne pourrait douter que la doctrine catholique ne fût corrompue, et tous les cœurs pieux en auraient horreur. » Le margrave cite un certain nombre des accusations mensongères, portées contre l'ancienne Église sans le moindre fondement: « En premier lieu, » dit-il, « les théologiens luthériens disent et écrivent que les Catholiques ne croient plus à l'authenticité des saintes Écritures; ils n'ont pas honte, malgré tout ce qu'on leur a cent fois expliqué, malgré l'évidente vérité^ de répéter ce mensonge jusque dans leurs chants religieux. » ils soutiennent encore que les i( papistes » (c'est ainsi que, par dérision, on nomme maintenant les Catholiques) n'estiment pas suffisants pour notre salut les mérites de la passion et de la mort du Christ, et s'imaginent que leurs propres bonnes œuvres, leurs aumônes et certaines lois humaines ont par elles-mêmes le pouvoir d'ouvrir le ciel. Et cette calomnie est si répandue, que c'est uniquement à cause d'elle que la plus grande partie des laïques a été séduite et égarée. » « On répète encore au peuple qu'à la Messe le Christ est crucifié de nouveau par les prêtres, que les catholiques font de leurs saints autant d'idoles, et qu'ils leur rendent des honneurs divins ^. »
Aussitôt après sa conversion, Jacques résolut d'user du droit do réforme que lui reconnaissait la paix de religion pour ramener peu à peu tous ses sujets à la foi catholique. Malheureusement, sa mort, survenue le 17 août 1590, changea la face des choses, et donna lieu à des événements qui remplirent tous les cœurs catholiques de la plus amère douleur. L'ini([iiité fut si criante que les Evangéliques honnêtes en furent indignés, disant qu'il n'y avait plus de justice en Allemagne, (|ue la force brutale et la félonie régnaient seules. Un témoin des événements que nous allons rapporter écrivait le 29 septembre : « En vérité, il y a peu d'exemples dans notre histoire d'un fait comme celui qui vient de se passer! Le margrave défunt était un homme juste. Ses adversaires eux-mêmes louent la noblesse de son caractère, sa sollicitude pour son peuple, son grand cœur, sa loyauté sans tache, et voilà que son propre frère foule aux pieds ses dernières volontés, contre tout droit, contre l'honneur, et cela de la façon la plus odieuse! Cela crie vengeance au ciel-! »
' Motive Jacob's, Markgrafen su Baden, etc. (Voy. le tilrc complet dans Stieve, Die Politik Bayerns, t. ïl, p. 339, note 1), pp. 31-12(i.
- Bernaud Permeder, lettre à Christophe Hagemann, membre du conseil ecclésiastique de Mayence, :29 sept. 1590. Communiquée par Böhmer.