MOTIFS DE CONVERSION DU MARGRAVE JACQUES DE BAOE
le margrave a embrassé la foi catholique. Au premier de ces motifs, établissant premièrement que la doctrine catholique était toute différente de ce que prétendaient les Protestants *, Pistorius en ajouta un second, qui, de l'avis même du chapelain Jean Zeliender, n'était que trop connu des Évangéliques : la désunion des sectaires. « Mon cœur, écrivait Pistorius sous la dictée du margrave, était déchiré, « lorsque je constatais que le Protestantisme allait se divisant toujours plus, enfantant des sectes toujours nouvelles. Notre foi est devenue un amas si confus de doctrines contradictoires qu'il est difficile de discerner ce qui est luthérien de ce qui ne l'est pas ». Après avoir dressé la liste des sectes, Pistorius ajoutait : « Ce ne sont pas seulement ces nombreuses scissions qui sont cause de nos disputes perpétuelles; ce qui est plus grave, c'est qu'on trouve peu de Luthériens, clercs ou laïques, qui toute leur vie aient gardé leur première manière de comprendre la doctrine protestante. Des pays entiers, des villes, des villages ont changé de foi à différentes reprises. Aucune des nouvelles Églises n'est complètement d'accord avec Luther, et celui-ci lui-même a varié plusieurs fois. Or, dans une si grande confusion de doctrines, il est impossible de savoir qui a raison ou qui a tort, car dans la nouvelle Église il n'existe point d'autorité, point d'arbitre respecté et reconnu de tous. Les hérétiques parlent tous de la parole de Dieu, ils invoquent la sainte Écriture, dans laquelle ils reconnaissent la seule règle de la foi, et qu'ils regardent comme vraiment inspirée par le Saint-Esprit ; mais le grand nombre de sectes qui toutes interprètent différemment cette divine parole prouve assez que la Bible n'est pas aussi claire qu'on le prétend, car le Saint-Esprit ne saurait inspirer tant d'opinions diverses, tant de querelles et de contradictions. Avant Luther, personne, dans la Chrétienté, n'avait cru et enseigné ce qu'il nous donne pour la vraie doctrine; il n'a pas craint d'affirmer qu'il avait reçu cette doctrine du ciel et qu'il était le premier auquel Dieu eut révélé son Évangile ; mais il n'a pas prouvé sa mission par des miracles, et comme chez ces disciples nous ne trouvons autre chose que disputes, variations, fractions sans nombre, nous croyons faire sagement de nous en tenir à l'ancienne Église, visible en tout temps, descendant directement des Apôtres, d'autant plus que les Luthériens ne nous offrent aucune règle sûre, positive, pour nous reconnaître au milieu du dédale où nous nous trouvons égarés, et pour découvrir une Église ayant au moins quelque caractère de vérité ^. »
' Voy. plus haut, p. 426.
^Motive, 127-183.