LE CONVERTI PISTORIUS CONTRE LUTHER
Comme troisième motif de la conversion du margrave, Pistorius s'étend sur la personne et sur le caractère de Luther. Ce sujet l'entraîna dans une polémique ardente, qui le fit craindre et détester de tous les Protestants.
« En admettant même, » disait-il, « que l'Église Catholique ait erré, il serait encore impossible de se persuader que Dieu ait fait choix de Luther pour rétalilir la véritable religion, car dans ses écrits, au-delà de ce qu'on peut dire, il se révèle à nous comme un esprit charnel, ungrossier personnage, un menteurimpudent, uncalomniateur éhonté, un méchant, un présomptueux, un orgueilleux, un impudique. » A chacun de ces sept « esprits », Pistorius rattachait deux exemples tirés des écrits de Luther. « Quant à la calomnie, on pourrait faire non pas un livre, mais beaucoup de livres rien qu'en rapportant tout ce qu'a proféré cette bouche impure. Si nous devions tout signaler, nous n'aurions autre chose à faire que de ranger tous ses ouvrages à la file les uns des autres, et de prier le lecteur de juger par lui-même ; car il y a peu de ses écrits où Luther n'ait semé des millions d'injures; il semble vraiment possédé du démon de l'invective. Il accable d'outrages Sa Majesté Impériale et les princes de sa famille; il les traite « de brutes, de loups, de porcs, d'assassins, de scélérats, d'aveugles, d'impudiques, de filous, d'insensés, de blasphémateurs », Il soutient que le duc Georges de Saxe obéit au diable, qu'il est damné, et sous la protection du démon, qu'il est possédé dans son corps et dansson âme, que c'est un tyran, un fanatique, un fou; il ne l'appelle que l'assassin de Dresde. » Pistorius cite de nombreuses épithètes de ce genre adressées à d'autres princes contemporains de Luther, mais surtout à ceux qui l'attaquent. « Le Pape est le diable, » avait écrit le prétendu prophète. « Si je pouvais assassiner le diable, pourquoi ne le ferais-je pas, même au péril de ma vie ? » « Tous les papistes sont autant de démons qui adorent Satan le sachant et le voulant, » etc. Et ici Pistorius fait cette remarque : « Le lecteur chrétien trouvera peu de livres de Luther, surtout parmi ceux qu'il a écrits contre les papistes et les hérétiques, qui, à toutes les pages, ne soient à plusieurs reprises souillés parle nom du démon. Dans un de ses ouvrages, il parle de soixante-dix-sept légions de diables; dans sou livre sur les conciles, en quatre lignes il nomme quinze fois Satan ; dans son traité contre Henri de Brunswick, le diable est nommé cent quarante-six fois, ce qui ne doit point surprendre, puisque Luther dit quelque part sans détour en parlant de lui-même : « Je vais donc maintenant commencer ma mission, car j'ai été suscité de Dieu pour être un diable envers vous tous, diables romains, assassins et vam-