‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 196 sur 573 · LE CONVERTI I»1ST0RIUS CONTRE LUTHER · texte numérisé non relu

LE CONVERTI I»1ST0RIUS CONTRE LUTHER

pires. Je serai pour vous, ainsi que quelques-uns le prétendent, ce qu'a été Élie pour Achab et pour Jézabel. » « Tout ceci n'est-il pas vraiment abominable et impie, et veut-on d'autres preuves de cette impiété ? Reconnaissez-vous là le langage et le ton d'un prophète de Dieu ^ ? » Les autres « esprits » de Luther sont traités de la même manière.

Le quatrième motif de conversion du margrave avait été les perpétuels remaniement de la Confession d'Ausbourg : « Les deux premières éditions de la Confession et de l'Apologie, parues toutes deux la même année, éditées dans la même imprimerie, à Wittemberg, ne s'accordent ni avec la première rédaction remise à l'Empereur, ni l'une avec l'autre; ce sont pour ainsi dire des Confessions nouvelles, des Apologies différentes : a On n'a pas, encore aujourd'hui, le texte original latin de la Confession, ni l'allemand de l'Apologie. Le texte allemand de la Confession n'a été imprimé qu'en I08O; le texte latin de l'Apologie, qu'en 1387; cependant les Luthériens, dans leurs prêches et dans leurs écoles, n'ont cessé de parler pendant un demi-siècle de ces documents, ils ont prêté serment sur eux sans les connaître, tout en enseignant des choses absolument contraires à ce qu'ils renferment 2. »

En développant le cinquième motif du margrave, Pistorius s'attache à prouver que l'Église Catholique est la seule vraie, la seule capable de sauver les âmes ^.

Son livre ne fut pas réfuté.

Presque à la même date, le prédicant Luc Oslander publiait : La couronne embaumée, composée de vingt-huit roses cueillies dans le livre de Conformité des Franciscains, et destinée â mettre en lumière la très excellente dévotion des Séruphiques ''■.

Le Livre de Conformité, publié en 1310 à Milan 5, avait été condamné parle concile de Trente, « et depuis, » écrivait le franciscain Michel Anisius dans sa réfutation du pamphlet d'Osiander, «il est devenu tellement rare que, même dans nos maisons, il serait difficile de se le procurer 6. » D'ailleurs Oslander, comme le constatait Anisius, avait indig-nement défiguré le texte latin, afin d'accumuler le

' Motive, pp. 34 et suiv.,pp. 199 et suiv., pp. 2t2,2ßO, 2G1. - Motive, pp. 271-399.

< Tübingen, 1591.

'" Liber confonnitalum S. Francisci et Christi.

'' Freundliche Zerreissunrf des schönen wohlriechenden Hosenicranzes (Ingolstadt. 1592). Préface A. 2".

43i OSlANDRR ET SES ADVERSAIRES. 1591.

plus d'injures et (le sarcasmes possible sur l'ordre de saint François *.

Mais Oslander ne se laissa pas déconcerter. 11 ne pouvait nier qu'il n'eût falsifié en maint endroit le texte qu'il avait prétendu traduire; aussi se borna-i-il à traiter Anisius « de diable incarné, de bouche inipudi(|ue, et de menteur » : mais il prétendait se soucier fort peu de ces propos : « Qui fait attention, » disait-il, « au cri d'une oie ou à l'aboiement d'un chien ? » Dans son Averlissemenl à tous les chrétiens, il recommande « Anisius le menteur » au juste jugement de Dieu« qui saura bien venger sadivine gloire et son, éternelle vérité. Amen ^ ».

Avant Anisius, le carme Georges Ecker avait déjà réfuté la Couronne d'Osiander en publiant le Miroir du blasphème et de l'ignoble ordure luthérienne (1591) ou la couronne d'orties de l'Alcoran, livre tiré, non des Propos de table, mais d'autres œuvres exquises de l'apostat qui n perdu tant d'âmes, du moine défroqué Martin Luther 3. Ecker disait avoir récolté ces « orties » dans les Sept esprits de Martin Luther ouvrage de Pistorius, qui allait incessamment paraître ^. »

Osiander répondit, sans prendre la peine d'analyser le livre

' Nous n'en citerons qu'un seul exemple. « François avait envoyé deux de ses frères à Florence; ils rcstèreut toute la nuit tout nus derrière un buisson, et l'hiver était très rigoureux ; une femme qui passait les prit pour des voleurs. » Là-dessus Osiander met en marge cette note : « Quelle sainteté répugnante que celle de ces déchaussés I Est-ce qu'un honnête homme serait ainsi resté tout nu devant une femme ? » Anisius, citant ce passage, s'écrie : « Tu mens, Osiander, serpent venimeux et maudit ! Tu mens ! le latin ne dit point du tout qu'ils soient restés toute la nuit tout nus. Se rendant à Florence, dit le texte, ils ne purent pas trouver d'auberge; ils vinrent enfin à une maison qui avait une arrière-boutique, et jjrièrent la femme qui l'habitait de les abriter, et comme elle ne voulut pas y consentir : in portica illa iota nocle steterunt nihil teguinenti habentes, cum esset frigus intensissimuni. » 0 Osiander ! Est-ce que nihii tegumenti habere signifie rester tout nu? Un toit et un vêtement sont-ils même chose?'- Le texte latin dit plus loin ; « Vir eniin dictae niiilieris credebat eos ribaldos esse et fures ; nihil voluit eis accoinmodave. Kt summo marie recedentes a dicto porticu ad Ecclesiam perexerunt, quos mulier predicta videns ovantes, intra se dixit : isti non sunt ribaldi, ut diœit vir meus. >> Cela veut dire : « Et le matin, de bonne heure, ils allèrent de ce buisson vers l'Eglise, et lorsque la femme les vit prier, elle se dit à elle-même : Ce ne sont point des voleurs ni des brigands, comme mon mari me l'a dit. » Tout ce contexte, Osiander, te convainc de mensonge. Où est maintenant la glose souillée par laquelle tu attribues aux déchaussés une sainteté impudique, prétendant qu'ils sont restés tout nus devant cette femme '? »

- Bericht an aile fromme Christen, welche die Wahrheit lieben ; warum diebeide rasende Barfüsser Mönche Georg Eckart und Michel Anisius keiner Antwort werth sein. (Tubingue, 1592), pp, 2, 6, 13, 14.

^ Für ein Messkram zusammen in unterschiedenen A coaras gebunden und auf des gottosen Lucas Oslanders... unsinig alcoranische Haupt zu Ausziehung seiner ehrrügiger lügenhaJJ'ter Dänipf aufgesetzt. Freiburg im Uechtland lôgi.

* Préface A. 3.

PISTORIUS CONTRE LUTHER. 1595. 435

(( qu'on n'était pas obligé de vénérer toutes les paroles de Luther, mais que ceux qui calomniaient les écrits du grand réformateur étaient les enfants du diable )i. Et puisque Georges Ecker et ses amis ont plusieurs fois déjà écume la marmite de Pistorius et de ses pareils^ puisqu'ils en ont levé les meilleures graisses, comme ils se le figurent, j'ai bon espoir que lorsque paraîtra Pistorius avec ses sept esprits, ses frères et confrères en calomnie auront dégraissé avant lui tout le pot.

Pistorius prétend avoir retardé l'impression de son livre sur « la vie et la doctrine abominablesde Luther, » « à cause de la honte qu'il éprouvait à mettre sous les yeux des bons chrétiens des paroles impudiques, indécentes, scandaleuses et ignobles ' ». Ce n'est qu'après la publication des Plaintes wurtembourgeolses et surtout du livre odieux (c de l'ignoble frère Guilaume », qu'il avait mis tout scrupule décote. Guillaume Elolder, prédicant de cathédrale et conseiller de consistoire à Stuttgard, avait fait paraître un traité en latin, approuvé par le consistoire du Wurtemberg, et intitulé : La souris évenirée. Il assurait qu'au lieu d'ôter la paille de l'œil de Luther, au lieu d'interpréter toutes ses paroles avec tant d'acrimonie, Pistorius eût mieux fait d'ôter premièrement de l'œil de l'Église romaine les poutres qui crevaient les yeux de tout le monde. Parmi ces poutres énormes, « facéties papistes, inepties de tout genre, contradictions grotesques, » Holder citait la dispute d'école souvent posée parles scolastiquesdu moyen-àge et assez fréquemment expliquée sous une forme ridicule : Une souris avait mangé une hostie consacrée. On demandait si elle avait communié au corps du Christ, ce (jue devint l'hostie après avoir été dévorée, et ce que l'on devait faire de la souris - ? « Les souris, » remarque Holder en marge, « donnent une rude besogne aux papistes; la sueur en coule de leur front! Prends garde à toi, Pistorius, tu as affaire à bien des souris! Saint François a possédé les sept esprits de Luther, lui qui a eu tant de tentations diaboliques! » « Les souris ont dévoré un saint tout vivant, par pure dévotion ^. »

Pistorius, dans un long mémoire, examine ce que Holder appelait « les pailles de l'œil de Luther ». La première partie de ce travail, d'environ 550 pages, parut à Cologne sous ce titre :

* Anatomie Luthers, p. 39.

- Voy. le titre complet de l'écrit dans Stieve, Die Politik Bayerns, t. II, p. 341, note 2.

=• D'après l'édition de Tubingue de 1388, pp. 128-137. La réfutation citée par Stieve, t. I, p. 3'i2, note 1, m'est inconnue.

436 PISTORIÜS CONTRE LUTHER. 1591.

Anatomie de Luther (1593) *. L'auteur commence par étudier « les trois premiers esprits du réformateur : l'impudicité, le mensonge, la bouffonnerie grossière. Au témoignage même d'un prolestant, ce livre représente un colossal labeur, c'est « un travail d'hercule, un livre digne d'éternelle mémoire 2 ». Pistorius avait lu trois fois les œuvres de Luther, dont à grand'peine il s'était procuré les éditions les plus anciennes el les plus authentiques; il donnait la liste, minutieusement exacte, de tous les ouvrages qu'il citait-^ Chacun des trois esprits de Luther, par allusion à l'Alcoran, se subdivise en Azoars. Les citations empruntées à Luther sont accompagnées de commentaires et de réflexions de la plus extrême violence. A la fin de l'ouvrage, Pistorius résume tous les textes et les condense en quelques pages, qu'il intitule, le Code de Luther. Les Protestants en furent tellement exaspérés que les théologiens de Hesse allèrent jusqu'à écrire « que Dieu réformerait le code de Pistorius par le soufre et le feu, comme il l'avait fait pour Sodome et Gomorrhe ^ ». Ce que cite Pistorius dans le second et le troisième Azoar à propos du troisième esprit de Luther, c'est-à-dire de son goût par l'ignoble, ne saurait

* Anatomiae Lutheri pars prima, das ist aus den sieben bösen Geistern des vil, Seelen verlustigen und also tewren Mannes D. Martini Lutheri die drei ersten Geister : I. Der ßeischlich Geist. IL Der Lestergeist IIL Der Lottergeist. Darinnen, wie auch in den übrigen vier Geistern, der Luther auss seiner eigenenWorten der/nassen lebendig abgemahlt wird, dass menniglich ihn alsobald kennen, und ob er ein Prophet Gottes oder etwas Anderes gewesen ohnfehlbarlig greifen und spüren kann. Cologne, 1595.

* V'oy. Stieve, f. II, p. 344, note 2.

* * « D'abord je déclare devant tous qu'en citant les paroles de Luther je ne lui ai pas fait le moindre tort; je consens volontiers à êtrepuni si j"ai écrit une seule syllabe qui dénature sa pensée. Mais afin qu'en parcourant le livre on ait moins de peine, et que chacun puisse aisément trouver les passages cités, j'ai tenu, pour la commodité du lecteur à indiquer tous les livres d'où j'ai tiré les abominations de Luther, avec la date et le lieu d'impression. » « Bien que toutes mes citations soient tirées de l'édition de lena, il se peut que de temps en temps quelque chose y ait été ajouté de ce qu'a donné au public l'édition de Wittemberg; mais en ce cas j'ajoute toujours le mot de Wittemberg ; là oii le mot n'est pas écrit, j'entends toujours l'édition de lena. Dans le cas où l'on ne voudrait pas ajouter foi à cette édition, que les Protestants regardent cependant comme la meilleure, je m'offre à montrer à tous, afin que les Luthériens n'aient aucun moyen de m'échapper, les premières feuilles d'impression de Wittemberg, que j'ai rassemblées avec grand labeuret où ils pourront voir de leurs yeux ces mêmes passages. » Suit la liste de, ouvrages cités. Pistorius dit la même chose dans la préface. Spangenberg n'eut aucune erreur à signaler, si ce n'est que dans un passage Pistorius avait mis aduUerum pour adultuni, et Spangenberg savait très bien que ce ne pouvait être qu'une faute d'impression. Dans le premier esprit (p. 50), au sujet de la première édition de Captivatis Babylonicae, anno /520, imprimée à Wittemberg. Pistorius remarque : « Le passage suivant a été indignement supprimé dans les tomis Jcnensibus et Wittenbergensis, sans doute parce que les Luthériens avaient honte eux-mêmes de la méchanceté de leur prophète. »

* Nothwendige Besichtigung, voy. plus loin.

PISTORIUS CONTRE LUTHER. 1595. 437

être reproduit ici. Tout le monde, selon Pistorius, devait apprendre à connaître à fond et déplorer enfin l'aveuglement de la pauvre Allemagne, assez abusée pour avoir pris un monstre pour un prophète. Dans ses Motifs de conversion du margrave J acques , Pistorius avait déjà cité les paroles grossières adressées par Luther à l'Em pereur et aux princes allemands; maintenant il y ajoutait, non sans dessein, les calomnies lancées contre l'Électeur Joachim de Brandebourg, traité par Luther « de voleur, de vampire, de fou furieux, de démon papiste, d'assassin, de traître, de coquin maudit, d'homicide d'âmes, de scélérat, de pourceau impur; de fils du diable, de démon, » etc. Pistorius engage les princes du Brandebourg à réfléchir sur les injures où Luther semble se complaire, « flairant de son groin de porc tout ce qui concerne leurs ancêtres ». « On ne peut s'empêcher de se demander, » écrit-il, « ce que les descendants et les parents de Joachim peuvent penser de leur prophète après la lecture de ces injures, adressées à un Électeur, à un prince du Saint-Empire, à leur aïeul, à leur ami. Gomment supporlent-ils de pareilles attaques à l'honneur spirituel et temporel d'un si grand personnage? Comment peuvent-ils croire que l'esprit de Dieu ait inspiré Luther, et qu'il faille ajouter foi à toutes ses paroles^? »

En môme temps que la première partie de V Anatomie, Pistorius fit paraître un écrit contre le professeur de Wittemberg Égidius Hunis:Endix feuilles d'impression, écrivait-il, son adversaire s'était rendu coupable de cent mensonges, de plus de dix-huit falsifications de la Sainte-Écriture, et de quarante conséquences illogiques; il avait démontré, par son propre exemple, l'ignorance complète de la plupart des docteurs luthériens et calvinistes sur ce qui constitue le fond de la dispute sur la justification. « Tous les disciples de Luther et de Calvin, » dit— il encore, « ont suivi l'exemple de leur maître, et falsifient sans scrupule la sainte Écriture; ils rejettent tout l'enseignement de l'Église, et renient les saints. Ils fondent le nouveau culte sur de pures calomnies, ils mettent tout leur espoir dans les mensonges et les ordures qu'ils accumulent contre notre doctrine catholique, afin d'en inspirer l'horreur aux simples et aux petits 2. »

Depuis l'apparition de V Anatomie, Jean Pistorius était exécré des Luthériens. C'était, à les entendre, « le plus ignoble, le plus odieux, le pire fornicateur qu'ait jamais engendré le papisme idolâtre et la synagogue du diable depuis l'avènement de l'Évangile a.

' Anatuinie, der ander böse Geist, pp. 93-94.

^ Ein hundert Unwahrheiten, etc. Constance, 1595. Préface 1» 2l> Z^.

438 CONTRE PISTORIUS. lo9().

Il leur inspirait une telle répulsion qu'ils proposaient « de se saisir de ce démon et de le brûler vif, comme il l'avait si bien mérité ». Samuel Huber fit preuve d'une intarissable verve dans le pamphlet intitulé : Réponse aux sept diables de Jean Pislorius et à son libelle anti-chrétien et anti-humain (1596)*. II ne peut nier l'authenticité des textes cités, et ne s'aventure en aucune manière dans une explication impossible, mais il affirme que Pistorius, en écrivant son pamphlet, a exposé son âme et son salut, qu'il n'appartient plus à aucune Eglise, mais vit « dans un antre de basilics et de dragons » ; qu'il se baigne jusqu'aux genoux dans le sang que l'Église romaine a répandu depuis des siècles , qu'il est ivre de ce sang, et tire sa nourriture du ventre et du sein de la papesse Jeanne 2. Avec une certaine habileté, il accumule tout ce qu'onavait pu écrire jusque-là de plus abominable, de plus grossier sur le Catholicisme 3. Il conclut ainsi : « Quiconque étudie le papisme dans sa structure et son essence a sous les yeux l'étang de soufre de l'enfer, où le diable, caché sous une forme humaine, a établi son royaume terrestre. » « L'esprit des pourceaux, l'esprit des boucs, l'esprit des chiens et de tous les infâmes et impurs esprits et démons ont fait une autre Gomorrhe de ce qu'ils appellent l'Église romaine '*. » Pistorius s'était pl:>int que les superstitions les plus grossières eussent été présentées au peuple comme faisant partie de la doctrine do l'Église : Huber croit repousser ce reproche en écrivant entre beaucoup d'autres inepties : « Tout le monde ne sait-il pas que le Pape, au dire de tous les Catholiques, est Dieu et homme tout ensemble, qu'il peut créer de rien tout ce qu'il veut, qu'il commande aux anges du ciel, qu'il a puissance sur l'enfer même, qu'il peut faire tout ce que fait Dieu, et que tout ce que Dieu opère dans le ciel le Pape l'opère sur la terre ^?)) La doctrine catholique, comme chacun le sait, affirme que le Christ n'est pas le Christ, qu'il n'est ni Sauveur, ni Rédempteur. » « C'est l'Église qui a inventé ce qu'elle représente comme l'institution de Jésus-Christ, la messe, les pèlerinages, l'invocation des saints, le capuchon, la tonsure, les os des morts, le saint chrême, le crucifix, l'eau b(''nite, etc. Par toutes ces farces et mascarades, et non par le Christ, l'Église prétend conduire ses fidèles au salut et à la béatitude éternelle '^. » Huber exhortait les Protestants, s'ils voulaient rester forts, à per-

• Sans nom de lieu. 1596.

2 Huber, AnlvortJ. 2a 2b 3.

3 Voy. par exemple, f. 28, 99, i03, 107, 108, 112, 153 et suiv.

♦ F. 106, 145 et suiv.

CONTRE PISTORIUS. 1396. 4=]9

suader la jeunesse de l'abomination papiste; il déplorait le peu de zt'Ie que montraient ses coreligionnaires sous ce rapport. Aussi, selon lui, la prédiction de Luther n'était-elle pas loin de s'accomplir, car le grand docteur avait dit que l'Évangile ne durerait pas beaucoup plus d'une génération d'hommes dans un même pays K

Syriacus Spangenberg, dans sa Réfutation des sept malins esprits de Pistorius (lo9G), n'essayait pas plus que Huber d'attaquer la partie historique de l' Anatomie ; mais il accusait son adversaire, qu'ilcriblaitdoutragesdans ses commentaires et ses additions, d'avoir poussé beaucoup plus loin que Luther la grossièreté du langage, et d'avoir pris un malin plaisir à reproduire les textes les plus ignobles, répétant avec complaisance des propos grossiers ou violents trois, quatre fois et plus, de façon à rendre les choses aussi révoltantes que possible : « Ce que Luther n'a pas dit ou écrit d'une façon qui puisse faire son affaire, Pistorius l'assaisonne, le corrige à sa guise et ne sait comment le rendre assez répugnant. » Imitant le procédé de Pistorius, Spangenberg, s'appuyant sur des textes de la Sainte- Écriture ^ faisait le portrait du hideux Antéchrist de Hoine, se bornant à reproduire ce que Luther, Flacius. Wigand et autres avaient déjà dit cent fois avant lui, Sur les 116 pages de l' Anatomie, s\yi seulement étaient critiquées : ce n'était pas là une réfutation^.

Même du côté protestant, les efforts de Huber et de Spangenberg pour réfuter Pistorius furent jugés insuffisants ^.

Les théologiens du Wurtemberg entrî-rent à leur tour dans la lice pour combattre Pistorius. Dans leur Mémoire sur un livre de calomnie, ils commencent par dire que Satan a guidé la plume de Pistorius. Ils souhaitentque leur adversaire, criminel envers le Saint- Esprit, soit précipité « dans l'étang de soufre de l'enfer». Cependant il faut les louer de n'avoir pas, à l'exemple de Huber et de Spangenberg, accablé d'outrages l'Église Catholique. Ils ne rangent pas non plus Luther parmi les grands prophètes, mais seulement parmi les petits. Ils avouent qu'il est allé trop loin dans ses affirmations sur la polygamie et le divorce. Ils reprochent à Pistorius d'à voir voulu le faire passer pour un prophète turc et, dans ce but, d'avoir divisé son livre en azoars. par allusion à l'alcoran du prophète satanique Mahomet ; comme pour faire croire à tout le monde que les écrits de Luther ne contiennent autre chose que la doctrine et l'abo-

* Getjenbeiic/it aiiff Doctorn Johann Pistorii Sieben böse Geister, so sich merklich in ihme selbst rerjen ; darneben hundert Merlx'ceichen aus heitiffer Schrift s:usainniengeza(/en, darbey augensclieinlich zu sehen, wer eigentlich der Antichrist sei. (sans nom de lieu, 1596). Préface, F. I, pp. 2, 3, 27, ki-kl .

' Voy. Stieve, t. II, p. 345, note 1 (p. 83, note 1).

440 CONTRE PISTORIUS. 159G.

minalion turques. Ils prennent la défense des Propos de table, auxquels Luther, disent-ils, n'a jamais attaché aucune impürtance, qu'il n'a jamais présentés comme un livie de doctrine et n'a pas même pris soin de faire imprimer. Des paroles insignifiantes, dites dans l'abandon d'un joyeux repas et recueillies en courant, ne devaient pas « être affichées à la porte de la mairie ». Les docteurs de Wurtemberg excusent tout ce qui s'y trouve de licencieux et de grossier en s'en prenant irrévérencieusement à la Sainte-Ecriture, où se trouvent, assurent-ils, des choses bien autrement capables de scandaliser. « Si Pistorius crache au visage de Luther, » disent-ils, « pourquoi ne crache-t-il pas au visage de Dieu? » « En injuriant le Pape et l'Église romaine, Luther n'a fait que suivre l'exemple de Jésus-Ghrit. » Ils trouvent injuste de lui reprocher ses emportements et ses invectives. Est-on obligé de couvrir de Heurs des adversaires qui attaquent et calomnient la vérité divine? Jésus- Christ lui-même n'a-t-il pas appelé hypocrites, enfants d'adultères, race de vipères, les faux docteurs de son temps? Luther avait loué ou gourmande les princes selon que ceux-ci acceptaient ou n'acceptaient point sa doctrine, et l'Empereur, les rois, les princes avaient eu assez d'équité pour ne pas l'envoyer à la mort à cause des paroles échappées à son zèle; ils ne l'avaient même pas cité devant les tribunaux, ils avaient préféré ne pas se souvenir de ces choses*.

Cet écrit, pas plus que les autres, ne réfutait en aucune manière V Anatomie.

L'analyse nécessaire, que quelques théologiens et prédicants de Hesse publièrent en 1597^ la réfutait moins encore. Ce n'est qu'un ramassis de basses injures contre Pistorius et contre les Papes. Ces derniers y sont tout du long traités de scélérats, qui permettent et excusent les vices les plus honteux. Les auteurs du pamphlet recommandent à tous les pieux chrétiens de prendre à cœur le vœu exprimé par Luther : « Que Dieu vous remplisse tous de haine pour le Pape! » Us reproduisent les fables, amplifient les accusations inventées pour rendre le papisme odieux et les « démons romains » dignes d'exécration. Le bâtard d'un Pape est venu au monde avec la fourrure et les griffes d'un ours; un autre, égorgé plus tard par le démon, avait un aspect hideux, la peau d'un maure, la tête et la queue d'un âne, etc. Grégoire VII ayant rencontré un maçon portant une lourde charge de pierres, lui avait

* Ckristlic/ier bescheidenlicher und gründlicher Bericht ül)er das Läsferbuch Doctoris Joannis Pistorii Nidani, welches er Anatomiam Lutheri genennet ähat... durch die würtembergischen Theologen. (Tubinjs^ue, 1596,, pp. 8, i3, oO, 51-52, 54, 62,74, 75, 79, 8a, 93).

LES THKOLOGIEXS DE HESSE CONTRE PISTORIUS. Io07. 441

ordonné d'aller en l'oratoire où priaitd'ordinairel'Emperenr et delui jeter son fardeau sur la tète. Cette « analyse » si sérieuse avait pour but, prétendaient ses auteurs, «de maintenir le peuple chrétien dans la pure doctrine de l'Evangile «.Les Jésuites ne pou valent manquer d'y être attaquésavec une particulière acrimonie. Tous étaicntreprésen tés comme d'effrontéscoquins, des sorciers, des serviteurs d'idoles et du démon, qui préféraient à Dieu les plaisirs et le bien-être, etc. *. Le Jésuite Bellarrain avait reconnu au Pape « le droit indirect » de mettre le pied sur la tête des Empereurs et des rois, et l'Empereur Barberousse avait été obligé de souffrir qu'Alexandre III en usât de la sorte envers lui -.

Pistorius n'honora pas d'une réponse « la paperasse » de Huber et de Spangenberg. Il se contenta de publier en io97 un écrit intitulé : Petit traité de consolation, dédié à la société hessoise et aux prédicants du Wurtemberg^. Il ne mit que quatre jours à l'écrire, se proposant de répondre une bonne fois « au.\. criailleries detousces insensésqui, pour sauver le temple de Diane en proie aux flammes, accourent de tous côtés avec des baquets défoncés sans réussir à éteindre l'incendie». Il prétend leur démontrer le ridicule de leurs misérables efforts, de leurs démarches absurdes, de leurs effarements, qui ne servent qu'à amoindrir et à déshonorer leur soi-disant prophète. Il examine à fond les opinions de Luther sur le mariage, reproduit un sermon publié par celui-ci en 1519 sur ce sujet, sermon que, plus lard, il avait eu la pensée de désavouer. I! démontre que Luther avait, si non conseillé, du moins toléré la polygamie, et conclut en disant : « Je finis là-dessus; le lecteur est sans doute rassasié pour cette fois. Il en sait assez pour juger désormais en toute connaissance de cause la déploi able et funeste institution du Luthéranisme'*. »

La Réplique nécessaire au petit livi et de consolation 5, publiée ensuite par les théologiens de Hesse, n'ofire aucun inlérêt, Pistoriusla réfuta brièvement dans la seconde partie de r Anatomie, qui parut en 1598. Là, il étudie le quatrième esprit de Luther, « le prétendu saint, demeuré si cher à tant d'àmes ». Il traite cette fois de son ce esprit d'erreur », et expose toutes ses erreurs doctrinales ^. Dans les

' Notwendige Besichtig unrj, préface, f. 2a, pp. 46 et suiv. .ol,53, i72, 182, 194, 19S, :224-225, 226, 266.

- Pp. 46, 47. Voy. plus haut, pp. 333 et suiv.

'' Constance, 1597.

''Trostschrift, préface la, f. B-C 3b D. 2b. Zwölf Contradiction zwischen dem Luther und den hessischen Prädikanten f. I. Ein und fünfzig Lügen, so in dem hessischen Buch auf zwei Blatt stehen.

■> Voy. le titre complet dans Stieve, t. II, p, 347 notes.

'"' Cologne, 1298. Pistorius dit (p, 2) qu'à sa connaissance Luther n'a jamais nié

442 CONRAD VETTER CONTRi: LUTHER ET F.ES PRÉDICANTS.

œuvres du « i'aux. prophète », il ne relève pas moins de cent trois erreurs sur le dogme do la Sainte-Trinité, et cite les textes précis, extraits de livres connus de tout le monde.

L'année suivante, il compléta son œuvre par ses Observations impo7'tonfes sur les caractères de rancienne et de (a nouvelle foi^. Il s'efforce d'y établir que les prétendus réformateurs ont été, en général, peu recommandables souslerapportdes mo'urs. Comme pour se venger des odieuses calomnies dont La Casa avait été l'objet, il raconte les turpitudes de Théodore de Hèze avec le jeune Audibcrt et avec sa maîtresse Candide, faits honteux, dont le ministre calviniste n'avait pas rougi de se vanter publiquement^.

Conrad Vetter suivit la voie ouverte par Pistorius; c'est un des rares jésuites allemands qui ait imité le ton et le langage des prédicants, et qui ait acquis dans l'art de l'injure une grande et peu enviable célébrité.

Vetter, né à Engen , en Souabe, n'avait pas été élevé chez les Jésuites. II ne fut ordonné prêtre (1579) qu'apiès avoir été longtemps maître de chapelle à l'abbaye aux Dames, près de Hall. 11 avait acquis rapidement un grand renom comme prédicateur à Munich et à Ratisbonne 3.

A l'exemple des controversistes protestants, qui se plaisaient à pren-

eu termes exprès et clairs le dogme de la sainte Trinilé; que jamais il n'a touclié directement à cette question dans ces ouvrages, mais que, çà etlà, soit par inadvertance soit à dessein, pour pouvoir mieux, plus tard, renverser le mystère, il a glissé, tissé dans le texte des choses abominables, qui atteignent en sous-main le dogme de la sainte Trinilé, et que, par ces insinuations perfides, les gens instruits pourront être jetés dans le doute. « Dans le livre diabolique dont aujourd'hui tous les luthériens rougissent et qu'ils ont gratté admirablement dans leurs dernières réimpressions, Luther dit (art. 27) : Essentiam non generare et generari et animam esse immortalem sont des doctrines abominables, poussées sur le fumier romain, et qui ne se trouvent nullement dans la Sainte-Ecriture. » Pistorius, citant ce passage ajoute : « L'immortalilé de l'âme, aux yeux de Lutlier, est un mensonge papiste. 0 Luthériens, ouvrez les oreilles! »

' Munster, 1599. Le livre, comme le titre l'indique, n'est qu'une édition remaniée des Motiven des Markf/rafen Jacob von Baden, etc., et pourtant « presque un livre nouveau ». Préface, 4*.

2 P. 240. Voy. pp. 239-243 les détails donnés sur la vie des « Évangélistes » Calvin, Knox, etc. Pistorius publia à Munich en 1599 un remarquable ouvrage de controverse, réédité en 16U5. et intitulé Weffweiser vor alle verführte Christen. Quatorze des principales questions débattues entre Catholiques et Protestants y sont traitées de main de maître.

* Agkicola, t. I, p. 171. Kropf, t. II, p. 34o.

CONRAn VETTER CONTRE LUTHER ET LES PREDIGANTS. 443

dre des noms de guerre et à feindre des parentés avec leurs adversaires, Vetter écrit sous le pseudonyme de Conrad Andrea, et se donne pour le propre frère de Jacques Andrefi, «de sainte mémoire». « Flasch et Pistoi:Jus, » dit-il, « ont donné assez de vieux linge sale à lessiver aux jprédicants; ce dernier, dans son Anatomie, en a rempli des puveaux entiers; quiconque a envie de voir, en un seul tas l'abomfnation luthérienne, n'a qu'à acheter et à lire cet ouvrage : les prédicants luthériens sauront l'eu récompenser, notamment Huber, Spangenberg, les Wurtembergeois et les Hessois. » « Ils veulent manger Pistorius tout cru, mais l'homme leur pèsera longtemps sur l'estomac *. Malheureusement l'ouvragede Pistorius coûte trop cher, voilà pourquoi j'ai song('' à le diviser en plusieurs petits traités^. » «Moi aussi j'ai envie de faire un portrait de Luther d'après ses propres paroles et écrits, et ce qui m'y pousse, c'est que les prédicants ne cessent de le canoniser, de l'appeler un grand prophète, un troisième Élie, tandis qu'ils traînent dans la boue et l'ordure tous nos saints, et nous traitent nous-mêmes de blasphémateurs et d'idolâtres, prétendant que nous adorons les saints, les images et les soliveaux, que nous sommes d'abominables coquins, des fornicateurs et sodomites^ que nous ne faisons aucun cas du Christ et de sa parole, que nous nous imaginons pouvoir nous sauver grâce à nos propres mérites, sans parler de tous leurs autres impudents mensonges et calomnies, qu'ils bavent partout où ils prêchent. Ils publient de gros livres qu'ils intitulent : Histoire des Jésuites; il les remplissent de calomnies odieuses; ils disent qu'Ignace, lefondateur de notre Ordre, était un hommesanguinaire, possédéet inspiré par le diable; quetousies Jésuites sontdes voleurs, des homicides, descliiens enragés, des brutes, des disciples de Néron, des boucs impurs, des épicuriens grossiers. Ils regardent tant de mensonges comme innocents et permis, et, tout en les proférant, ils invoquent Dieu et le saint Évangile; ils parlentd'exiler, ou même de brûler vifs, les évêques, les religieux, les prêtres, et quiconque nous est attaché. Et en présencede tant d'outrages, nous resterions tranquilles et soumis? Nous ramperions devant nos détracteurs? Non, non, ils calculent mal, les misérables ! Nous sommes encore là, et nous les payerons de la même monnaie, dussent leurs os en craquer, afin que le peuple comprenne enfin à quelle bande il a affaire, et par quels prophètes il est trompé et trahi. » L'indignation de Vetter avait été portée à son comble par une prétendue Histoire de l Ordre des Jésuites que le théologien Polycarpe Leiser avait tirée des papiers d'Élie Hasen muller, ouvrage

' Der unschuldige, demiithige,etc. Luther (Ed. de Munster, J606), pp. 150, 247. ^ Zwölf unterschiedliche Tracttätlein (Ingolstadt, 1606). Préface.

444 CONRAD VETTER CONTRE LUTHER ET I.ES PREniCANTS.

publié en latin en 1593 et dont plusieurs traductions allemandes avaient déjà paru *.

Entre 1594 et 1509, Vetter publia dix feuilles volantes : « l'innocenl, » « l'humble, » « le véridlque, » « le 1res chrétien, » « le pieux Luther », etc. En 1600, il réunit toutes ces feuilles en un volume sous ce titre: Douze petits traités variés, lires des écrits de Luther, et dédiés à tous les amis de la vérité divine. Après avoir soutenu de longues et violentes disputes avec Jacques et Philippe Heilbrunner, il publia encore les Bouquets plcCuants à voir, recueil d'extraits des œuvres de Luther-. Enfin, en 1G07, il offrit au public le livre intitulé Deux ceints Luther, ou deux cents preuves limpides et claires comme le soleil, par lesquelles l'innocence de Luther est établie, et grâce auxquelles il pourra s'excuser devant le tribunal de Dieu de la perte de tant d'âmes et de la décadence de la nation allemande^. Vetter, dans sa préface, commence par expliquer au lecteur qu'il s'est proposé d'aider les prédicateurs catholiques en leur offrant un manuel très utile, un répertoire alphabétique et portatif, afinque, pour mieux persuader les chrétiens de fuir l'abominable hérésie de Luther, ils aient sous la main tout ce qui leur est nécessaire. Il avoue s'être servi de mots grossiers, de basses injures; il reconnaît que l'emploi d'un tel vocabulaire est contraire à la tradition constante des Jésuites. Il ajoute, lançant à son adversaire Pliilippe Heilbrunner une sorte de déti : « Mon ami, copie dans nos livres toutes les épithètes injurieuses que tu voudras, mets-les dans le plateau d'une balance, et, dans l'autre, place les outrages que vous autres prédicants prodiguez aux seuls Jésuites dans vos prêches et dans vos écrits. Tu les trouveras aisément, ils s'étalent dans de beaux et gros volumes; ils sont passés dans le domaine public, ils sont dans toutes les bibliothèques. Dis-moi, trouves-tu chez nous quelque chose d'approchant? Quant à mes propres bouquins, ilsnerenferment pasune seule injure qui ne soit empruntéejaux écrits de Luther ou de sa progéniture. Souffre que je sois le méchant chien des papistes^ un chien qui ne laisse point de repos aux pieux loups luthériens *! »

Le passage suivant prouve que Vetter avait profité à l'école des prédicants : « Dans l'édition des œuvres de Luther imprimée à

' Nous reviendrons sur ce sujet dans le cliapitre IX du livre II.

* Voy. pour plus de détails, Stieve, Die Politik Bayerns, t. II, p.. 348, note 2. p. .'iSO, notes 3 et 4, pp. 597 note 1, 598 note 1.

3 Ingolstadt, dGü7.

'- Antwort auf den unschuldigen Luther, pp. 47-48. « N'étais-je pas présentie jour ou un predicant luthérien a dit à ses auditeurs que Bellarmin le jésuite était un bacchante i.^norant,et qu'il fallait (il a osé le dire!) lui ôter son haut-de-chausse et... »

Page 1