CONRAD VETTER CONTRE LUTHER ET LES PREDIGAXTS
Wittemberg, le prophète dit : (tome cinq, feuille b) : « L'Évangile ne nous prescrit pas ce que nous devons faire et ne pas faire, il n'exige rien de nous, au contraire; il ne nous dit jamais : Fais ceci, fais cela; il se contente de dire : Tends ton tablier, reçois l'aumône de la parole de Dieu. 0 homme, vois ce que Dieu a fait pour toi ! Pour toi, il a permis l'Incarnation de son Fils; à cause de toi, il a consenti à sa crucifixion ; il t'a délivré de la mort du péché, du démon et de l'enfer I Crois-le, cela suffit; accepte son bienfait, et tu seras sauvé. » 0 Luther, ô Lucifer, ô menteur, ô misérable! Que fais-tu du ni.sl abundaverit et du nisi poenitentiam? Et comment donc cette bouche infâme ose-t-elle soutenir que l'Évangile ne dise point « fais cela » lorsque les textes les plus clairs lui crèvent les yeux? : Fac hoc, fais cela, et fac slmiliter , fais ainsi! D'innombrables textes de ce genre remplissent les quatre évangiles, et les écrits apostoliques ne cessent de nous tenir le même langage. La loi évangélique n'est-elle plus une loi? Pourquoi donc, alors, s'appelle-t-elle ainsi? La loi de grâce n'est-elle pas une loi, et qu'y a-til dans toute cette loi qui ne nous indique ce que nous devons taire ou éviter, laissant le mal et pratiquant le bien? Que pense, que soutient Luther, sinon que le Christ a tout fait, et que nous, nous n'avoDS plus rien à faire? A la potence, le docteur et la doctrine^ '
«Tout ce queLuther pourra dire pour sa défense au dernier jour,» ajoute Vetter, « c'est que lui-même avait pris soin d'éclairer plus (jue suffisamment ses contemporains sur sa personne et sur sa doctrine; mais le monde, comme il le dit, a voulu à toute force être trompé. Peut-être cette excuse lui servira-t-elleà quelque chose; au lieu que les prédicants n'auront aucun moyen de se justifier, et rien ne les condamnera plus sûrement en ce jour redoutable que d'avoir voulu sciemment, les yeux ouverts, faire passer pour un saint prophète, pour un apôtre, pour un évangéliste, cette brute sans raison, ce pourceau répugnant, cette girouette, ce menteur impudent, ce garçon boucher sans pudeur, ce Thrason furieux, ce Goliath enfié d'orgueil, ce bouffon à la Marcolfe, cet hérétique, ce corrupteur de nonnes ^t »
« Je ne songe pas à blâmer le pauvre peupleégaré, i! marche dans la voie qu'on lui trace, je ne le condamne pas. Mais les prédicants,
' Zweihundert Luther, der antinomistlsche Luther, p. 31, p. 59 : Tom. Witt. p. 215 a Tischreden, löJb et 258 a,
- Conrad Andrea, Academischer Luther, déjà cité par K. A. Menzel (Deutsche Gesch., p. 144, note) CüOime uq triste exemple de la grossièreté de la polémique à celte époque. Hurter, Ferdinand II. Tome I, p. 417, note. Comparez aux épithctes de Vetter les injures adressées à Luther par les théologiens de Wittemberç, au 4« vol. de cet ouvrasre.
446 coivRAi) virrriiK contrk lutiiiîr et les prédicants.
les fauteurs de trouble, certes, ceux-là méritent d'être honnisde tous! Qui pourrait se promettre le retour de la paix avec des gens de ce caractère? Touthommedebien éprouve le besoin de leur donner une bonne leçon. Les Catholiques ont été victimes de leurs perpétuelles calomnies; nos meilleurs auteurs ont été obliges de remplir leurs ouvrages de leurs mensonges, de citer, les uns cinquante, soixante, cent, les autres cinq cents, huit cents mensonges luthériens, afin de les réfuter, de les détruire ^ C'est pour les confondre que je me suis cru obligé de faire encore une fois le portrait de Luther; car il faut qu'on sache bien que les prédicants sont les petits pourceaux, les petits cochons de lait, les marcassins du grand homme. Or qui a jamais entendu dire que la truie ait eu horreur du fumier et de sa puanteur ? 11 importe de remettre souvent sous les longues barbes, sous le nez et sous le museau de ces porchers, de ces charcutiers, l'ordure puante de leur prophète et maître, afin qu'ils voient, qu'ils goûtent au moins une bonne fois, que c'est de la crotte, de la crotte et non de l'or! etc. »...
« Je pourrais vous prouver par d'excellentes raisons,, » continue Vetter, « le dégoût avec lequel je remue, pour ma part, la vase de Martin dans son étang puant; non seulement parce que la raison humaine s'éloigne, se détourne et voudrait s'abstenir d'une telle besogne, mais encore parce qu'il est très probable quelesgensde bien, les bons catholiques, lesbieu pensants me blâmeront, me trouveront grossier, indécent, de m'approcherseulementde pareilles ordures. Cependant que puis-je faire? Les prédicants sans pudeur poussent les choses si loin qu'il nous faut, dans une certaine mesure, dépouiller la modestie chrétienne et naturelle, remuer, bien malgré nous, la mare puante de ces porcs, de ces prédicants tant vantés, bien que, comme je l'ai déjà dit ailleurs, j'aimerais mieux être à cent pieds sous terre que de le faire! Oui, j'aimerais mieux être enseveli au plus profond abîme que de mettre entre les mains de tant de pieux chrétiens de pareilles ignominies -. »
Mais lesécrits de Vetter, comme lui-même l'atteste, étaient entre toutes les mains : « J'ai appris de bien des côtés, » dit-il, « que dès qu'une épreuve de mon Luther tombe sous les yeux de quelqu'un, il est si vite alléché parce qu'il lit qu'il ne peut se reposer ni rien faire avant de s'être procuré tout le reste ; les imprimeurs le savent bien, et ne parviennent pas à multiplier assez les exemplaires pour contenter tout le monde. Quelques-uns ont réuni les petits
* Antwort auf den Unschuld i/jen Luther (1600). Préface jjj. s Vorrede zum säubern Luther. Raüsboane, 1602, Edilioii de Munster, 1606, pp. 445-455.